CHIMIE DE LA CELLULE
C’est par ces substances que le cytoplasma peut être rendu beaucoup plus riche en phosphore, in loto , que le noyau, bien que sa matière albumineuse constituante le soit beaucoup moins1. Si l’on ne tient compte
1 Cette division du phosphore en deux catégories, selon qu'il appartient à la molécule albumineuse ou qu’il lui est étranger, appartient à A. Danilevsky (communication verbale). Elle est très importante; sans elle on serait exposé à croire que la teneur du protoplasma en phosphore est très variable et que le cytoplasma est tantôt plus tantôt moins phosphoré que le noyau, selon les points de l’organisme et selon les aléa de l’alimentation. Tandis que ces variations portent, d’abord et surtout, sur la proportion de&jsubstances non albumineuses phosphorées incorporées au cytoplasma et extractibles par l’éther.
D’après Lilienfelü, la substance nucléaire serait un sel, le nucléo-histone , formé d’une base protéique, Yhistone, et d’un acide, la leuconucléine, composée elle-même d’une substance protéique et d’une forte proportion d’acide nucléique.
D’après les recherches de Kossel (81, 82), lorsque l’on traite la nucléine par un acide minéral dilué, l’acide nucléique se décompose, de l’acide phosphorique est déplacé et met en liberté des bases azotées cristallisables. Ces bases sont Y adénine C5H4AZ4,AZH, polymère de l'a-
cide prussique CAZ H, et la guanine C5 H4Az40, AZH. La première, remarquable par l'absence d'oxygène et par le fait qu'elle paraît être présente réellement dans toutes les nucléines et ne pas être un simple produit artificiel de dédoublement, donne de Y hypoxanthine C5H4AZ4, O par oxydation et abandon d’un groupe AZH. La seconde donne par une modification identique de la xanthine C3H4AZ4 O, O. Or la xanthine et Y hypoxanthine sont des produits de désassimilation de la famille de l’acide urique (*).
Partant de ces faits, on pourrait considérer ainsi les choses, ramenées à leurs traits essentiels. On aurait d’une part l’albumine, de l’autre l’acide phosphorique; celui-ci uni à des bases azotées formerait une substance organique, acide, l’acide nucléique. L’acide nucléique uni à de l’albumine donnerait la nucléine, et la nucléine unie à des quantités plus ou moins grandes d’albumine donnerait les autres substances albumineuses phosphorées de la cellule. A ces substances s’uniraient, pour former le protoplasma cellulaire ou nucléaire, des matières variées, phosphorées ou non, corps gras, alcools, sels.
L’acide thymique est lui-même composé de thymine et d’acide phosphorique. La thymine (acide guanylique de Ivar Bang) a été isolée par Kossel. C’est un dérivé de la pyrimidine, dont la destruction fournit surtout de la guanine.
La seconde classe est formée des acides paranucléiques ou pseudonucléiques, qui ne donnent par hydrolyse ni bases nucléiques, ni thymine. Les paranucléines contiennent 3 à 5 % de phosphore et se rencontrent dans le cytoplasma. On en rencontre surtout dans la caséine, dans la vitelline de l’œuf de poule. Elles sont encore très mal connues.
Les nucléines vraies sont surtout les nucléines du noyau et les paranucléines sont les nucléines du cytoplasma. Les nucléines végétales se forment par synthèse complète à partir des substances minérales simples. En ce qui concerne la formation des nucléines dans l’organisme animal, Bukian et Schur (97 : III, 370) sont d’avis que l’hypothèse la plus vraisemblable consiste à admettre que celles-ci se forment aux dépens des nucléines des aliments. L’acide nucléique dans le processus d’assimilation des albuminoïdes prend à ceux-ci des groupements chimiques entiers qui viennent figurer comme partie constituante des bases xanthiniques de la molécule de nucléine.
(*) La base mère de toutes ces substances est la purine, C4H4Az4, isolée par Émile Fi-
LES FAITS
que de cette dernière, les éléments de la cellule se classent ainsi par ordre décroissant d’acidité et de richesse en phosphore : 1° la chromatine, 2° le nucléole et les substances achromatiques du noyau, 3° les portions figurées du cytoplasma. Toutes ces substances sont acides. Le suc nucléaire et le hyaloplasma du cytoplasme sont basiques. Pris en masse, le noyau est acide parce qu’il contient une quantité dominante de substances acides et le corps cellulaire est basique parce que la substance dominante en lui, non pour l’importance, mais par sa masse, est la globuline du hyaloplasma. Cette acidité diflérente et l’affinité différente pour les couleurs basiques ou acides qui en est la conséquence, sont la principale cause de l’électivité des diverses couleurs par les diverses parties delà cellule1. Mais à cette cause s’en joignent d’autres qui nous sont encore absolument inconnues et c’est pour cela que l’histochimie des couleurs n’est encore qu’une technique, un recueil de formules empiriques et non une science. Cette science, si elle était connue, serait d’un intérêt immense pour la biologie, car elle seule peut nous permettre d’avancer dans la connaissance de la constitution du protoplasma.
minéraux, etc. La conception a l'avantage d’être simple et claire, mais il ne faut pas oublier qu’elle comporte une forte part d'hypothèse (*).
Voir aussi la note de la page 58.
K C’est aussi l’acide nucléique qui fixe les couleurs d'aniline dans le noyau.
En opposition avec la théorie exposée ici, il faut faire remarquer que H. Fol (84) attribue au noyau et en particulier à la nucléine une réaction basique en faisant remarquer que, lorsqu'on la traite par une couleur qui change de teinte selon qu'elle est acide ou basique, elle donne à cette couleur sa teinte basique. Ainsi elle se teinte en vert par la ma-
tière colorante du chou rouge qui est une des substances les plus sensibles à ce genre de réaction. Nous ferons ici la même réserve qu’à la fin de la note de la page 49. 11 y a dans le noyau des substances vraiment basiques, ce sont les globulines en solution dans le suc nucléaire, qui peuvent bien donner au noyau coloré in toto les caractères d’un corps basique.
Metchnikov(89) a montré, par l’emploi du tournesol, quele cytoplasma est alcalin chez certains protozoaires, mais que les vacuoles alimentaires contiennent une sécrétion acide. Ce résultat a été confirmé par Le Dantec (91).
scher et dont dérivent tous les corps du groupe de l’acide urique et du groupe de la xantliine, par substitution de radicaux hydroxylés, amide, etc... dans le corps primitif.
Schafer, Ray-Lankester, IIalliburton, Bourne, Macallum (00), ont étudié la localisation du phosphore dans la cellule et admettent qu’il y existe sous cinq formes : forme nucléine stable, forme nuclénoïde, moins stable, dérivée de la forme nucléine, forme de sel inorganique de l’acide orthophosphorique, forme de sel inorganique de l’acide métaphosphorique, forme lécithine (éther de l’acide glycéro-phosphorique).
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