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NUTRITION ET ACCROISSEMENT DE LA CELLULE

La nutrition qui, au sens large, a une signification très étendue, se réduit ici à Y assimilation puisque nous avons parlé, à propos des produits cellulaires et des mouvements, de la désassimilation et de la respiration. Nous y joindrons Y accroissement parce que, s’il se rattache à la division comme condition causale, il dépend de la nutrition dont il est la conséquence.

a* Assimilât ion.

L’assimilation est le phénomène par lequel la cellule puise dans un liquide nutritif banal des substances qu’elle doit faire identiques à celles qui la constituent. D'une dissolution de substances albuminoïdes, ternaires et salines, dont aucune n’a la composition exactement convenable, elle doit tirer de quoi faire des nucléines, des nucléo- albumines, des globulines, des graisses, des sucres, des substances salines déterminées, de la pyrénine pour son nucléole, de la linine pour son réseau achromatique, etc., etc., et non pas une nucléine, une globuline, une pyrénine quelconques, mais celles de la variété précise qui est en elle et les déposer hacune à sa place. C’est là un merveilleux travail et le pouvoir de le faire est un des caractères les plus remarquables de la matière organisée.

Malgré sa complexité, l’assimilation se ramène à une combinaison de réactions chimiques et de phénomènes osmotiques, ceux-ci chargés du triage des substances, celles-là de leur transformation. Pendant long-

1 Wortmann(87) et Godlevski (88) ont montré que les tropismes sont dus à ce que, dans les cellules, le protoplasma s’accumule du côté de la cellule tourné vers l’excitant ou du côté opposé, selon que cet excitant l’attire ou le repousse, et que, là où il s’est accumulé, la paroi s’ac-

croît plus en épaisseur que du côté opposé, devient moins extensible et s’allonge moins, en sorte que la direction de l’allongement s’écarte de l’excitant ou se rapproche de lui : cela ramène les tropismes des organes à un tactisme du protoplasma de leurs cellules.

(*) Sur le mouvement du protoplasma, voir Ivassowitz (99 : V, 627).

NUTRITION DE LA CELLULE

temps on n’a guère tenu compte que des derniers ; aujourd’hui on tend à méconnaître leur importance pour tout rapporter aux premières. Ces conceptions exclusives sont également inexactes h Nous verrons dans la quatrième partie de cet ouvrage que la nutrition

1 Haacke (93), adoptant et modifiant quelque peu les idées de Yerworn, voit dans l’assimilation la série des phénomènes suivants :

(1) N + S= SK02 S + N'

(2) N' + K = Ii' = 2 K + N"

Ce qui veut dire :

(1) La substance nutritive venue du dehors N, unie au sarcode S (partie amorphe du cytoplasma, intervenant seule d'abord), forme une substance nouvelle S' qui se dédouble en sarcode primitif, mais en quantité plus grande 2 N, et en une substance nutritive modifiée Y'.

(2) Celle-ci pénètre dans le noyau K et, de la même manière, accroît sa substance 2 K et se transforme en N" .

(3) La substance nutritive Àv/ repasse dans le cytoplasma P et, s’unissant à lui, le transforme en P'.

(4) Enfin ce cytoplasma P' reçoit de l’oxygène Opar la respiration et se transforme en P" qui se dissocie en 2 P , identique au cytoplasma primitif, mais en quantité plus grande, et E qui représente les excreta de la cellule.

On voit que l’osmose est censée n’intervenir en rien. La conception est incomplète, mais elle contient certainement du vrai.

Remarquons ici que l’assimilation porte toujours sur des substances liquides (ou parfois gazeuses comme CO2 dans la fonction chlorophyllienne); mais l’osmose s'exerce aussi bien sur les gaz que sur les liquides. Chez les êtres supérieurs (pii ont un sang ou une sève, cela ne fait aucun doute pour les cellules baignées par cette sève ou par ce sang. Il en est de même pour les racines des plan-

tes et pour les bactéries pour lesquelles le liquide où elles plongent est nutritif par lui-même. Mais il semble que les êtres unicellulaires ou certains pluricellulaires inférieurs opérant ce qu'on a appelé la digestion intracellulaire fassent exception. Une amibe, un infusoire, une cellule à collerette d’éponge, une cellule digestive de cœlentéré incorporent des particules solides sur lesquelles l’osmose semble n’avoir aucune prise. Il n'en est rien. Lorsque l’on examine le phénomène de près, on voit que toujours la particule alimentaire est contenue dans une vacuole. Or, le liquide de cette vacuole n'est pas de l'eau, c’est un suc digestif sécrété par la paroi de la vacuole, le tonoplaste de De Yries (85). La particule alimentaire est partiellement dissoute dans cette vacuole et le liquide nutritif provenant de cette dissolution est absorbé par osmose à travers la paroi tonoplastique. La cavité de la vacuole est pour le cytoplasma une partie du monde extérieur; tout se passe donc comme si cette digestion préliminaire avait lieu en dehors de lui, comme si la cellule avait baigné par sa surface externe dans le liquide nutritif.

Les travaux de Fabre Domergue (88), Metchnikov (89), Le Dantec (91) ont; parfaitement montré qu’il y avait sécrétion d'acides et de ferments dans ces vacuoles alimentaires. La digestion et l’absorption s’y font comme dans un estomac d’animal supérieur. Le Dantec nie que la paroi de la vacuole soit aucunement différenciée. Cela d’ailleurs n’a pas d'intérêt dans la question actuelle et sans doute deVries (85) n’a pas eu l’intention de dire que toutes les vacuoles sans exception étaient des tonoplasles.

cellulaire doit se comprendre comme une succession graduée de triages par voie d’osmose et de modifications chimiques par double réaction, qui rapprochent progressivement ia constitution du suc nutritif de celle des diverses parties qu’il doit nourrir, jusqu’à l’amener à l’identité. V assimilation est une ad-similation graduée et progressive. Elle ne pouvait être mieux nommée 1 (*).

Nous ne savons pas gland’ chose sur la nature des réactions assimilatrices (**). Tout ce que l’on peut dire, c’est que des fermentations interviennent parmi elles, puisqu’on a trouvé des ferments dans des cellules autres que celles chargées de les sécréter, et qu’elles sont réductrices. A. Gautier i81 et 94), en effet, et d'autres ont constaté que beaucoup de cellules ne constituent jamais un milieu oxydant et que, dans celles où se manifestent des oxydations, la fixation d’oxygène n’a lieu que pour le travail dynamique ou matériel 2.

1 Cependant Y ad-similation ne va pas jusqu’à l’identification complète. J’espère montrer, dans la 4e partie de ce livre, que, réciproquement, la cellule est modifiée elle aussi quelque peu par son aliment et qu’il peut y avoir là une explication des phénomènes si obscurs de la différenciation cellulaire dans l’ontogénie

et de la variation générale des espèces.

2 Le fait est démontrépour le muscle par une intéressante expérience de Chauveau.

Une aiguille d’acier poli, piquée dans un muscle, reste brillante tant que le muscle est au repos; elle se ternit par oxydation dès que le muscle entre en action. Voir la note de la page 62.

p) Depuis quelques années, l’attention des biologistes s’est- fixée avec un intérêt croissant et bien légitime sur l’osmose. Ce serait trop allonger ce chapitre que de dire ici tout ce qui conviendrait à ce sujet. Je renvoie à un article fort bien fait du Dl Stéphane Leduc de Nantes, indispensable à ceux qui veulent s’initier à ces questions (00 : V, p. lxO.

C‘) La question de l’assimilation et de la formation des matières albuminoïdes chez les plantes a fait depuis quelques années de très grands progrès.

Un des échelons de l’assimilation de l’azote pourrait bien être l’acide cyanhydrique CAzIL Treub (96) a constaté chez Pangium la formation de quantités importantes de cet acide. Hansteen (97) a montré que Lemna minor , cultivé à l’ombre et stérilement, absorbe simultanément du glucose et jifi-J’ asparagine pour former de d’albumine. Cette actimVéVndécti ve , car l’asparagine en présence de saccharose ne s’assimile pas. L’urée s’assimile en présence de saccharose et de glucose. Le gly cocolle va avec le saccharose seulement. Les sels ammoniacaux s’absorbent en présence des deux sucres. Godlewski (97) a constaté de même une absorption des nitrates et leur transformation à l’obscurité en matières non protéiques qui, sous l’action de la lumière, se transforment en matières protéiques.

Mazé (97) a constaté du reste l’absorption directe de l’ammoniaque.

Stoklasa (98) montre que l’hydrolyse des matières albuminoïdes dans la plante, lors de leur utilisation, donne naissance aux mêmes produits que ceux que l’on obtient in vitro. C’est le cas des plantes tenues à l’ombre et utilisant leurs réserves ou des plantes en germination. Dans ce cas, Schulze (97, 98) montre que les produits azotés de l’hydrolyse, arginine, tyrosine, leucine, phénylalanine, vernine, acides amidés, etc., tous produits inutilisables pour la digestion albuminoïdique, sont rapidement transformés en, produits (asparagine, glutamine), I rl ont, l’union avec les sucres peut, ainsi que l’a montré Hanst ïmipV v g > (né rejy 1 e s albuminoïdes, dans les parties en voie d’accroissement.

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