LA GREFFE
De là découlent deux conditions que doit réunir la greffe pour être possible. Il faut : 1° que la pièce à greffer soit vivante et puisse rester
ulcère, T. Bryant greffa quatre petits morceaux de peau de nègre sur la jambe d’un blanc. Ces morceaux grandirent, se réunirent et formèrent une large plaque de peau noire. Ces fragments de peau s’étaient donc accrus par multiplication de leurs propres éléments.
La greffe peut être considérée simultanément dans les deux règnes où elle est parfaitement similaire dans ses traits essentiels, sauf dans un cas que nous examinons à la fin de cet article, celui delà greffe de. bourgeons végétaux à végétation indéfinie qui n’a pas son homologue dans le règne animal.
On peut répartir les faits de greffe en quatre catégories :
1° La pièce excisée est remise à sa place primitive. Les exemples fourmillent de jiez de mentons, de morceaux de doigts . remis en place et parfaitement soudés.
Même, Cadiat (84) cite, d après ses propres observations, le cas d’un doigt qui rétablit des connexions vasculaires. Le doigt tut remis en place sous un pansement chaud et le lendemain nn appliqua à son extrémité plusieurs sangsues qui successivement se gorgèrent de sang.
Ce sang ne provenait pas évidemment du doigt coupé. Des anastomoses capillaires s’étaient donc établies en moins de 24 heures. Si des organes trop gros comme un bras ou trop délicats comme un œil ne peuvent se greffer, c’est que des connexions capillaires même fortement dilatées ne suffisent pas à nourrir les premiers et que les connexions vasculaires et nerveuses nécessaires au fonctionnement des seconds ont besoin de trop de précision pour pouvoir être suppléées par à peu près.
La greffe de la pièce excisée à une place correspondante chez un autre individu de la même espèce ne diffère de la précédente en rien d’essentiel. La transfusion du sang d’homme à homme appartient à cette catégorie. Mais, sauf ce cas très particulier, la coaptation des parties affrontées ne saurait être aussi parfaite. Dans la greffe par approche , qui se fait aussi d’espèce à espèce et en changeant la place de la pièce greffée, celle-ci n’est détachée du sujet qui la fournit qu’après s’être soudée. On élimine ainsi les chances d'insuccès dues à l’insuffisance de vitalité de la partie excisée.
2° La pièce excisée est transplantée à un autre endroit chez le même individu ou chez un individu de même espèce.
C’est ici que prennent place, comme opérations chirurgicales, la greffe épidermique, la rhinoplastie, etc. Comme expériences scientifiques, on a réussi les transplantations les plus bizarres : un ergot de coq sur sa crête, une queue de rat sur le nez du même animal, du périoste, des fragments d’os avec (Ollier [60]) ou sans (Adamkiewicz [89]) périoste, ou même la queue ou un membre entier écorché (P. Bkrt [66]) sous la peau d’individus de même espèce. Hunter aurait même réussi à greffer les testicules d’un coq dans l’abdomen d’une poule. Mais il faut se méfier de la réalité de ces greffes merveilleuses rapportées par des auteurs anciens (*). Ces greffes n’ont guère été tentées sur les végétaux, où l’on cherche surtout à fixer des fragments sur des individus d'une autre espèce. Elles réussissent néanmoins. J’ai obtenu ainsi des soudures de pièces d’écorce.
Si les parties mises en présence ne
(*)Fo v (00 : V, 205) a réussi, en prenant la pièce à greffer sur des individus très jeunes, à greffer un ovaire de lapine dans la cavité abdominale d’une autre lapine, et, quand celleci est adulte, la glande greffée mûrit et donne des produits. Des expériences de ce genre auraient, si elles pouvaient être poussées jusqu’au bout, une grande importance pour les (juestions des hybrides de greffe.
THÉORIES DE I.’hÉRÉDITÉ.
LES FAITS
vivante jusqu’à la reprise 1 ; 2° que les tissus mis en présence soient d’espèces histologique et taxinomique non incompatible. La première condition se comprend d’elle-même. La seconde consiste en ce fait que deux cellules ne se soudent que si elles sont suffisamment semblables. Ainsi on n’est jamais arrivé à greffer de l’épiderme sur du tissu musculaire ni une légumineuse sur une rosacée 2.
sont pas suffisamment semblables, la soudure ne peut avoir lieu. Une patte écorchée peut se greffer sous la peau parce que le tissu conjonctif vasculaire qui l’entoure se marie au tissu conjonctif sous-cutané, mais un nerf ne peut se Souder à un os ni un muscle à de l’épiderme.
3° La pièce excisée est fixée au point correspondant sur un individu d’une autre espèce. A cette catégorie appartiennent la plupart des greffes opérées par les jardiniers. L’organe enlevé ou greffon est placé sur l'individu nourricier appelé sujet, sinon au point anatomiquement correspondant, du moins dans une situation homologue au point de vue des tissus auxquels il doit se souder. Ici prennent place certains faits de transplantation animale opérés par des chirurgiens, lames osseuses empruntées à des animaux pour remplacer des portions d’os enlevées, surtout au crâne, cornée de chat -greffée sur une cornée humaine pour fermer une perte de substance (Hip.pel), etc. Ici prend place aussi la transfusion du sang d’espèce à espèce (*).
4° La partie excisée est fixée sur un individu d’espèce différente à une place différente. P. Bert (66) a souvent réussi à faire vivre des queues ou des membres écorchés de rats sous la peau de surmulots ou d’autres individus du genre
Mus (**). Je rappelle ici le cas de Mantegazza (65) cité plus loin d’un ergot de coq greffé sur l’oreille d’un bœuf.
1 Chez les animaux, on a replacé des bouts de doigts ou de nez plusieurs heures après leur séparation. P. Bert (66) a greffé des queues de rats morts de la veille et a montré que leur vitalité résistait à des actions physiques ou chimiques assez énergiques. L’action du froid est avantageuse en ce qu’elle retarde la décomposition. Après la suture, au contraire, la chaleur est nécessaire. Chez les végétaux c’est ordinairement la dessiccation qui exerce la première une influence fâcheuse sur la vitalité du greffon.
2 Chez les végétaux, la greffe réussit à merveille entre les variétés d’une même espèce, assez facilement entre les espèces d'un mêmœgenre. De genre à genre, on obtient parfois des succès, parfois une soudure temporaire qui finit par se détacher, le plus souvent un échec absolu. On n’a pas d’exemple de greffe entre deux espèces appartenant à des familles différentes.
Chez les animaux, la latitude paraît beaucoup plus grande puisqu'on a pu greffer des os ou des cornées de mammifères carnassiers ou rongeurs sur l’homme, et même un ergot de coq à l’oreille d’un bœuf (***).
(*) On pourrait , pour abréger, distinguer avec Foa (00 : Y, 205) les greffes en autogreffes sur e même individu, homogreffes (sur un autre individu de même espèce) et hétérogreffes sur un individu d’origine différente.
On pourrait aussi distinguer les greffes en homosexuelles et hétérosexuelles , caractère qui prend de l’importance dans les greffes génitales.
(**) King(98 : IV, 230-232) a réussi à souder deux demi-astéries coupées au milieu du disque.
(***) Born (97 : III, 223) a reconnu, par des expériences sur les larves d’amphibiens. que la différence de couleur oppose un obstacle presque aussi grand que la différence d’espèce.