‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 49 sur 300 · GEMMIPARITÉ · texte numérisé non relu

GEMMIPARITÉ

Le bourgeonnement diffère de la scission par plusieurs caractères. Dans celle-ci l'individu engendré s’approprie une partie des organes qui ont fonctionné comme tels chez l’individu primitif; il est formé de deux parties, l’une ancienne ayant appartenu à l’individu primitif, l’autre nouvelle formée plus tard par accroissement ou régénération. Le bourgeon, au contraire, est tout entier de formation nouvelle. Il a pour origine une certaine masse de tissus maternels, mais cette masse est petite et ne comprend jamais d’organes différenciés qui puissent persister comme tels; elle est formée d’un petit groupe de cellules d’un caractère embryonnaire, qui ont tout à faire pour se différencier en un individu nouveau.

Il est beaucoup plus répandu que la scission.

Indépendamment des protozoaires, le bourgeonnement se rencontre très fréquemment chez les éponges, les cœlentérés (hydraires, polypiers, gorgones, corail, siphonophores,etc.), chez les bryozoaires, les tuniciers et chez certainsvers distomes b La question importante au point de vue de

1 Des phénomènes à peu près semblables se passent chez le Chætogasler. qui est un distome. Chez les protozoaires, le bourgeonnement se rencontre quelquefois.

Ainsi chez les vorticelles, qui sont des infusoires, on voit se former, à la partie opposée au pédoncule, de petits mamelons qui s'étranglent et se séparent, emportant chacun un fragment du noyau qui s’était avancé à leur intérieur. Certaines éponges donnent naissance à des petits bourgeons ciliés qui se détachent de la mère et vont se fixer ailleurs pour grandir et se développer en un animal nouveau (Vasseur [79, 80]). Les statoblastes des spongilles d’eau douce ne sont, malgré leur aspect particulier, que des portions de tissu abritées sous des enveloppes spéciales et capables de se développer en un individu nouveau. Ce sont donc des bourgeons. Chez l'hydre, Trembley (1744) avait fort bien observé de jeunes individus qui bourgeonnent sur la partie

moyenne du corps des vieux. La multiplication des polypiers actiniaires se fait en majeure partie et celle des alcyonnaires exclusivement par des bourgeons. De même fait celle des bryozoaires : ici, l’individu meurt dans sa logette et, du bout du pédoncule qui reste au fond de la loge, bourgeonne un nouvel habitant.

Chez les tuniciers, les clavelines bourgeonnent par un long stolon vasculaire au bout duquel se forme un jeune. Pendant longtemps on n'avait pas su que l’endoderme fût présent dans ce stolon.

Van Beneden et Julin (86) ont montré qu'il y est représenté par un tube partant du fond de l’estomac de l’individu mère. Il en est de même chez les salpes et le Doliolum, mais ici le stolon est un petit tubercule ventral d'où se détachent indéfiniment des individus nouveaux. Chez les ascidies composées, le bourgeonnement peut avoir lieu par l’individu non adulte. Mais cela est surtout frappant

la biologie générale est encore ici celle de la différenciation histologique et anatomique. Pourquoi certaines cellules, en apparence toutes semblables à leurs similaires des tissus où elles sont noyées, se mettent-elles à se multiplier énergiquement, tandis que leurs voisines ne changent rien à leur évolution tranquille? Comment surtout vont-elles former des tissus nouveaux et des organes disposés d’une façon complexe et régulière, tandis que les autres continueront à fournir seulement de nouveaux éléments à leur propre tissu? Pour être en état de discuter plus tard ces questions, il faut examiner ce que sont ces cellules qui servent de point de départ au bourgeon.

Cela est très variable.

Dans bien des cas ce sont des éléments appartenant aux trois feuillets primordiaux. Le travail de la différenciation est alors moins considérable puisque chaque cellule n’a à former que les éléments du feuillet dont elle provient (*). Tantôt ces éléments se trouvent tout disposés dans les rapports convenables, comme chez beaucoup de cœlentérés, ou un simple diverticule, comprenant les trois couches de la paroi du corps, forme le premier rudiment du bourgeon. Tantôt ils sont au contraire éloignés, et un travail préparatoire devient nécessaire pour la réunion de ces trois sortes de cellules dans un organe commun, le stolon. Cela se voit surtout chez les tuniciers, clavelines, salpes, Doliolum.

Chez beaucoup de plantes supérieures, 1a. zone génératrice de l’extré-

chez d'autres tuniciers, les Pyrosomes, où l'embryon lui-même commence à bourgeonner et donne naissance à quatre individus .qui sont la souche de la colonie.

Parmi les vers, le bourgeonnement est surtout remarquable chez certains trématodes où l’adulte se transforme, à un moment donné, en une sorte de sac qui bourgeonne à son intérieur de nombreux individus (rédie, sporocyste) et chez quelques cestodes où la vésicule du cysticerque peut bourgeonner à son intérieur de nombreux individus, représentés soit par des tètes (échinocoques du foie de

l’homme), soit par les vésicules acéphales (acéphalocystes).

Chez les plantes, la ramification est tout entière due au bourgeonnement.

Dans le cas le plus simple, chaque bourgeon axillaire a une cellule terminale qui fera tous les frais de son accroissement et qui provient elle-même de la cellule terminale du bourgeon terminal.

La chose est au fond la même quand, au lieu d’une cellule terminale unique, il y en a trois, une pour chacune des assises principales de la tige (épiderme, écorce, cylindre central) ou même lorsqu’il y a trois groupes de ces cellules-.

(*) Comme pour la régénération, la question a été soulevée pour le bourgeonnement, de son parallélisme avec l'ontogénèse. Les observations ont montré que ce parallélisme n’existait pas. Seeliger (96 : II, 132) l'a montré par l’étude des tuniciers et von Bock (97 : III, 153) l’a confirmé et a montré par l’étude de Chœtogaster l’intervention des conditions mécaniques qui empêchent ce parallélisme.

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