‹ L'hérédité étude psychologiqueChapitre 46 sur 63 · I.ES LOIS · texte numérisé non relu

I.ES LOIS

l’ctat actuel de conscience, la disproportion entre les causes et les effets dépasse toute limite assignable. L’afflux au cerveau d’un peu de sang alcoolisé, les vapeurs de l’opium ou du haschisch, peuvent produire dans 1a machine mentale les plus étonnants résultats. Quelques gouttes de belladone, de jusquiame, amènent d’effrayantes visions. Un peu de pus accumulé dans le cerveau, une lésion si légère que le microscope la découvre à peine, engendrent ces désorganisations mentales qu’on appelle délire, folie, monomanie. Bref, on peut poser, à titre de vérité générale et solidement appuyée sur l’expérience, que plus un mécanisme est compliqué, et plus les effets que les causes accidentelles y produisent sont en disproportion avec ces causes.

L’étude des anomalies et la production artificielle des monstruosités, nous fournissent des preuves convaincantes en faveur de cette vérité. Lestravaux deGeoffroy-Saint-Hilaire et ceux de Dareste, ont montré qu’il est possible de produire des monstres à volonté, et que ces déviations du type sont amenées par des causes très-légères. Les œufs de poule, dressés sur la pointe ou dérangés d’une manière quelconquc,donnent des poulets monstrueux. Le même fait se produit quand les œufs sont secoués, perforés, recouverts partiellement d’un vernis. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire constate que les femmes des classes pauvres, obligées de se livrer, lors même qu’elles sont enceintes, à de pénibles travaux, et les femmes non mariées, forcées de dissimuler leur grossesse, donnent, beaucoup plus souvent que les autres, naissance à des monstres. « Certaines monstruosités, dit-il, sont souvent causées par des lésions survenues à l’embryon, dans l’utérus ou dans l’œuf. Toutefois, il semble que les monstruosités complexes soient

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plus fréquemment déterminées à une période tardive qu’au commencement de la vie embryonnaire. Cela peut provenir en partie de ce qu’un point qui a été endommage à l’origine du phénomène, affecte ensuite par sa croissance anomale les autres points de l’organisation ayant à se développer ultérieurement. » Son Histoire des anomalies, à laquelle nous renvoyons le lecteur, est pleine de faits curieux, bien propres à faire réfléchir. On verra qu’il suffit des causes insignifiantes pour amener, soit une fusion des parties homologues, soit des inégalités de développement, des arrêts « qui font que les êtres anomaux sont à quelques égards des embryons permanents, chez qui la nature s’est arrêtée en chemin. » Est-il possible, quand on connaît ces faits, de s’en tenir à des explications vaines, qui n’ont pour elles qu’une apparence de simplicité, comme « tel effet, telle cause ; il doit y avoir dans la cause au moins autant qu’il y a dans l’effet? » Ces explications ne sont bonnes que pour des cas très-simples, tout au plus pour les cas compliqués, quand ils sont d’un ordre purement mécanique. Suivant une remarque profonde de Stuart-Mill, toutes les fois (|u’un effet est le résultat de plusieurs causes (et rien n’est plus fréquent dans la nature), il peut se présenter deux cas : tantôt l’effet est produit par des lois mécaniques, tantôt par des lois chimiques. Dans le cas des lois mécaniques, chaque cause se retrouve dans l’effet complexe, absolument comme si elle avait agi seule : l’effet des causes concourantes est précisément la somme des effets séparés de chacune. Au contraire, la combinaison chimique de deux substances en produit une troisième dont les propriétés sont complètement différentes de chacune des deux autres, soit séparément, soit prises ensemble :

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