‹ L'hérédité morbideChapitre 10 sur 40 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Influences héréditaires Incidentçlles.

Distinction des influences qui agissent sur les élémentfj sexuels et des influences qui agissent sur l*ovuIe féconde'*. Mécanisme de Taction des influences héréditaires incidep« telles sur les éléments sexuels. Mécanisme de Taction d^ q?s mêmes influences sur Tovule fécondé.

A. -^ Inlnenoes héréditaires inciëenteJUes. DistinoUon 4m InflueBces portant sur les élémants seznels isolés ft fl09 ûifloeii^ea qui ajrisseiit aor l'oyola fécondé.

Jusqu'ici, notre étud^ de Thérédité morbide a'eat limitée ji la seule considératioa des influences anceitridea lointaines, mais une telle simplification n'est possible que dans le cadre relativement rea* treint des maladies familiales, affections qui, par définition m^me, apparaissent indépendamment de tonte influence extérieure; nous allons pénétrer Quaintenantdans un domaine beaucoup plus vaste et beaucoup plus varié ; beaucoup de maledîes de développement) amorcées peut-être il est vrai par des infiuences ancestrales prédisposantes, ne se eonstituent que comme conséquences d'influences nuisibles plus prochainesi qui pont venue?^ la tr»^

62 L^HÉR^DITÉ MORBIDI

verse du déyeloppement du jeune être, soit dans sa Tie indépendante, extra-utérine (alors elles n'intéressent plus rhérédité morbide), soit plus souvent et plus efficacement au cours de la vie intra-utérine ou même au cours des stades primitifs du développement (elles rentrent alors dans le vif de notre sujet).

Dans ces faits plus complexes, les lois de l'hérédité telles que nous les avons] exposées dans notre premier chapitre demeurent vraies, mais comme Pearson Ta fait remarquer, les résultats statistiques ne correspondent exactement à la loi de Galton qu'en applicant à la formule de Galton un coefficient correctif, variable du reste avec chaque cas parti* culier.

Quand il s'agit de caractères dits mendéliens, opposables deux à deux, exclusifs l'un de l'autre, la loi de Galton s'applique exactement, le coefficient est Tunité et peut être supprimé dans la formule. Il en est de même quand il s'agit de maladies familiales obéissant intégralement aux lois de Mendel.

Quand il s'agit de faits (normaux ou morbides) auxquels la loi de Mendel s'applique moins strictement, le coefficient prend une valeur qui, dans les cas extrêmes peut être considérable. Ce coefficient représente l'action des influences incidentelles susceptibles d'agir sur le développement des éléments sexuels d'abord, puis de l'œuf et du jeune oi^anisme, et d'adjoindre leur action à celles des influences ancestrales. Il exprime l'influence du milieu prise dans son sens le plus large : niilieu extérieur après la naissance, milieu maternel pendant la vie intra-utérine, milieux paternel ou maternel pendant

INFLUENCES HÉRÉDITAIRES INCIDENTBLLES 63

la formation du spermatozoïde ou de ToTuIe. Ces deux dernières influences de milieu sont encore des influences héréditaires, bien qu'il faille les distinguer des influences ancestrales. ^Ëlles sont très importantes. «

B. — Mécanisme de raotion des influences héréditaires iaddentelles sur les éléments sexuels.

L'homme, de même que tout être vivant à reproduction sexuelle, provient à l'origine d'une cellule unique, l'œuf» formée elle-même par la fusion d'une demi-cellule d'origine paternelle, le spermatozoïde, avec une demi-cellule d'origine maternelle, l'ovule. Quand la reproduction se fait dans des conditions normales, quand aucune influence nuisible, aucune maladie du père ou delà mère n'a troublé l'évolutioA naturelle des deux demi-cellules sexuelles, spermatozoïde et oyule, l'œuf formé par leur réunion a une constitution normale, et, si, au cours de son développement dans l'utérus maternel d'abord, puis au cours de sa vie extra-utérine, il continue à trouver des conditions normales de développement, il réalise le type spécifique normal, en y adjoignant des caractères de variété ou de race dont moitié est d'origine paternelle, moitié est d'origine mater* nelle. Selon que le père et la mère appartiennent à une race robuste et belle, ou à une race moins bien douée, il peut lui-même être plus ou moins bien constitué, mais il ne s'écarte :pas du type de son espèce et de sa race.

Hais nombreuses sont les circonstances qui peuvent venir à la traverse de cette évolution nor-

64 l'hérédité morbidk

maie, en agisgant soit sur l'une ou l'autre des demi* cellules sexuelles avant leur fusion en une cellule unique, soit sur cettQ cellule-œuf une fois cong* tituée. *

Les demi-cellules sexuelles masculines ou sp^rma-^ tozoides sont produites à partir de la puberté par bipartitions gaccessives des spermatogonm^ cellules provenant elles-mêmes directement des cellules mésodermiques primitives du mésothélium germinatif. Tandis qu'un grand nombre de cellules du corps se différencient au cours du développement pour constituer les diverses espèces cellulaires qu'on rencontre dans notre organisme, les cellules des^ tinées à former les éléments reproducteurs con-* servent sans se différencier les qualités de la celluleœuf primitive. Pendant toute la longue période qui s'étend de leur apparition à la puberté, ces cellules sommeillent dans le revêtement des tubes testiculaires ; elles peuvent y subir le contre-coup des vicissitudes que subit l'organisme. Néanmoins leur faiertie même les rend moins vulnérables qu'ultérieurement.

A partir de la puberté, elles entrent en prolifération active, prolifération qui est saisonnière chez la plupart des animaux sauvages, et aussi chez l'homme des tribus arctiques, dont Tinstinct gênéflique sommeille durant l'hiver polaire, mais qui est devenue* permanente chez certains animaux domestiques et chez l'homme des régions chaudes et tem^ pérées, lequel, a dit VoUaire, se différencie de la bête en ce. qu'il boit sans soif et fait l'amour en toute saison. Pendant cette période d'activité, plus facilement les spermatogonies sont altérées par les

INFLUBNGES HÉRÉDITAIRES INCIDBNTBLLBS 65

modifications que peut subir roçganisme^ et les spermatozoïdes qui en proviennent peuvent alors subir les conséquences fâcheuses des mauvaises conditions dans lesquelles ils ont été produits.

Pour l'ovaire, pour les ovogonies et pour les ovules j les choses se passent comme pour le testicule, pour les spermatogonies et pour les spermatozoïdes, avec cette seule différence que, tandis que le testicule fabrique journellement des myriades de spermato* zoîdes, l'ovaire émet seulement un ovule à chaque saison du rut chez les animaux, à chaque période menstruelle chez la femme (chez les femmes des tnbus arctiques les menstrues cessent pendant l'hiver polaire). Gomme le spermatozoïde, l'ovule est donc susceptible de ressentir les conséquences des altérations fâcheuses qu'ont pu subir les ovogonies tant avant qu'après la puberté.

Enfin quand la fusion de la demi-cellule mâle, ou spermatozoïde, avec la demi-cellule femelle, ou ovule, a constitué l'œuf, cet œiif lui-même, qui se greffe sur les parois de l'utérus maternel, et qui reçoit des humeurs maternelles sa nourriture, peut ressentir les conséquences de modifications survenues dans le milieu maternel du fait de maladies, d'intoxications ou d^infiuences quel-» conques.

De cet.exposé résulte cette conséquence que les influences vicieuses d'origine paternelle ne peuvent agir que sur le seul spermatozoïde, tandis que celles d'origine maternelle peuvent agir de deux façons : 1^ sur l'ovule avant son union avec le spermatozoïde ; 2® sur l'œuf fécondé pendant son séjour

06 L HÉBÉDITÉ «OmBfOS

de neaf mois Torgaoîsme maternel. H dods reste à étudier ces dernières.

G.-— MécanîsBe de ractkn des inflMBeas mcjdiBtiile»

sar l'ovule fécondé.

Pour bien comprendre l'efficacité de ce^ dernières influences, il est nécessaire que pous rappelions certaines données sur les condi^ tioQS de déyeloppement de Tœuf chez les mammifères.

Sitôt constitué par la fusion du spermatozoïde et de Tovule, l'ceuf, dès qu'il trouTe des conditions favorables, s'accroît par multiplications cellulaires successives. Cet accroissement se fait selon une évolution qui est toujours la môme dans la môme espèce, et qui reproduit pour un œuf douoé l'éyolu-» tion qu'ont subie de même les aucèlres dans les généfatioDS antérieures. Cependant rideutité absolue n'existe pas; elle n'existerait que si les conditions ambiantes du développement se rencontraient identiques, ce qui n'est pas; toutefois deu^ raisons font qu'4 défaut d'ideotité absolue, une très grande similitude est réalisée; la première raison» ç'çst que, du moins dans les échelons supérieurs de Téchelle des êtres vivants^ tout est disposé pour que les conditions de dév^oppement de Tœuf soient aussi constantes que possible ; ainsi l'œuf humain trouve dans l'utérus maternel une température oscillant très peu aux environs de 37<', et un milieu nutritif, le plasma sanguin maternel, dont la composition chimique est maintenue constamment iden-^

INFLUËI^IGES ri}^.RÉPITAI|\B£ INCIDENTELLES 67

Uqiiô 4 elle-p)èipe par ^e^ mécanismes autor^gulateurs Taries ; la seçop4e raiçQni c'est que 3i des é76Qtu9,Iités viennent p^r trop troubler ce dévelpp-^ pepoiept, les perturbations qui en résultent sont telles que rambryon meurt. II est pris dans ce dilemme, ou se développer sur le type normal, ou mourir.

Il ne faut pourtant pas exagérer la nécessité de cette alternative. [Entre [la croissance complètement normale, et les anomalies du développement assez importantes pour entraîner la mort de l'embryon, il existe une zone frontière, un no man*s land, répondant justement aux cas oiiles influences anor* maies, subies au cours du développement, créeront des états s'écartant plus ou moins du type caractéristique de l'espèce. Ces états (morphologiques, ou simplement fonctionnels, ou encore psychiques) constituent une bonne part des tares qui ont été groupées sous le nom d^états de dégénérescence et de stigmates de dégénérescence. Leur élude est très importante. Mais, pour les exposer de façon plus concrète, il ipe paraît indispensable au lieu d'en faire dès à présent une étude d'ensemble, qui serait forcément très générale et par suite très vague, d'envisager d'abord des faits bien spécifiés ; au lieu d'énumérer d'ensemble les effets nuisibles des in-» toxications et des toxi-infections sur la descendance, nous étudierons d'abord une intoxication en particulier. Cette manière de voir est d'autant plus jus-* tifiée que nous allons débuter par une intoxication des plus fréquentes, Valcoolisme ; eUe est tellement typique pour le cas qui nous occupe que certains 8[Uteurs, comme [Magnan, ont considéré pratique^

68 l'hébédité morbide

ment la dégénérescence et Thérédité alcoolique

comme deux conditions le plu^ souvent équivalentes.

J (Voir la communication de Magnan et Fillassier.

j Alcoolisme et dégénérescence, au P' Congrès inter-

1 national eugénique de Londres, 1912, dont les

Comptes rendus sont publiés sous le titré Problems in Eugenics, London, 1912, vol. I, p. 354.)

Page 1