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CHAPITRE VI

Hérédité toxique (suite). Hérédité de carence.

Tabagisme. Morphinomanie et intoxications par les stupéflants. Saturnisme. Autres intoxications. Hérédité de carence: béribéri.

A. — Tabagisme.

L'usage de fumer du tabac, quand il reste mo^ déréj ne paraît pas avoir de conséquence funeste sur la postérité. L'usage immodéré semble plus nui* sible au sujet lui-même (hypertension artériellef angine de poitrine) qu'à sa descendance. Cet usage immodéré ne se voit guère du reste que chez des gens tarés d^autre part. L'abus extrême de la pipe et de la chique s'allie le plus souvent à Talcoolisme ; comment faire la part des deux intoxications? La manie de rouler constamment la cigarette, et de la m&cber constamment, se voit surtout chez les névropathes agités, et, s'ils engendrent des agités, c'est, semble-t'il, plus par transmission d'une tare ancestrale que du fait du tabac. Le tabac est puant et sale, il fait, du mal au fumeur, mais on ne peut le charger de conséquences mauvaises relativement à la descendance. Il fait à ce point de vue une heu-

reuse exception parmi les autres toxiqnes du même genre.

Il faut toutefois noter qu'en ce qui concerne les ouvrières de manufactures de tabac on a relevé la fréquence des avortements, la fréquence des accouchements prématurés, la faiblesse de constitution des nouveau-nés, même quand ils arrivent à terme, la grande mortalité des enfants en bas âge. L'innocuité du tabac en ce qui concerne l'hérédité paternelle ne parait donc pas devoir être étendue à l'hérédité maternelle.

B. — Morphinomanie et intozicationi par les stnpélianta*

La morphinomanie intense et prolongée entraine le plus souvent la stérilité tant chez l'homme que chez la femme. Elle ne tarde du reste pas à entraîner le défaut d'appétence sexuelle et l'impuissance. Si les couples de morphinomanes sont fréquents, c'est qu'ils restent unis plus par la communion en la drogue que par l'amour sexuel. D'après Lutaud les règles deviennent rares et douloureuses chez les morphinomanes. Il y a une véritable régression de la vie sexuelle. Après sevrage de la morphine, les règles redeviennent régulières (6 cas).

On voit cependant quelquefois des morphinomanes devenirenceintes.M. Baravuchezune morphinomane trois grossesses successives, les deux premières se terminèrent avant terme par l'expulsion d'enfants morts et macérés, la troisième donna lieu à la naissance à terme d'un enfant qui était très faible et s'éleva très difficilement.

On peut du reste retrouver la morphine dans le sang du cordon ombilical.

Fabbri injecte en deux jours 90 centigrammes de morphine à une lapine pleine ; il n'en résulte aucun dommage pour elle, mais elle met bas des fœtus morts. Il répète l'expérience avec même résultat chez d'autres lapines et chez des chattes.

Pourtant M. Giraud (Th, de Paris, 1915, Morphine et puerpéralité) a réuni six observations de grossesses menées à bien par des morphinomanes. Mais il importe de continuer le toxique tout le temps de la grossesse. Si on le supprime brusquement, la femme est prise de coliques utérines et accouche avant terme. Pendant la période de sevrage, le fœtus proteste contre la privation de morphine par une grande agitation perceptible à la main à travers la paroi abdominale maternelle. Les enfants nais* sent souvent endormis ou étonnés; il faut parfois leur faire quelque temps la respiration artiflcielle. Mais au bout de quelques heures, comme ils ne reçoivent plus de morphine par l'intermédiaire du sang maternel, ils présentent des phénomènes de sevrage brusque, s'agitent et crient désespérément; ils ne recouvrent le calme qu^une soixantaine d'heures après la naissance.

La cocaïnomanie, qui se répandait si calamiteu* sèment quand la tutélaire loi de 1916 est venue y mettre obstacle, est moins étudiée au point de vue de ses rapports avec la grossesse. Je n'ai pu trouver de documents sur ce sujet. Je possède un document personnel sur la cocaïnomanie paternelle. Un jeune homme qui depuis de longues années prisait des doses énormes de cocaïne, et avait du être enfermé

■^ , l'ïiérédité morbide

i plusieurs reprises pour délire cocalnique, fut marié à une jeune fille robuste et saine» qui devint enceinte presque aussitôt. L'enfant naquit cependant robuste et bien constitué. Il est vraj que )a période des fiançailles avait été pour le jeune homme un temps de sevrage relatif: il était très surveillé par ses proches, qui tenaient à le marier !

La tendance h s'intoxiquer indique une hérédité perveuse chargée. Parfois elle est même héritée en nature. Le cocaïnomane dont je viens de parler était fils d'une morphinomane, Il avait une sœur qui usait également de toxiques, mais avait rintelligençe de varier souvent ses plaisirs et de ne pas tomber dans les doses excessives. Celle-ci eut elle-même quatre enfants qui tous présentèrent des manifestations nerveuses (tics, chorée, convulsions, incontinence nocturne d'urine).

M. Marfan a rapporté l'histoire démonstrative d'un homme qui s'était mis à priser plus de trois grammes de chlorhydrate de cocaïne par jour. Il avait eu, de sa femme, qui était de santé parfaite, tout d^abord une fille intelligente et bien portante née antérieurement au début de l'intoxication ; ensuite une fiifette intelligente, mais pâle et chétive, conçue deux mois après le début de l'intoxication; puis un idiot com* plet, conçu en plein cocaïnisme; enfmun idiot micro* Céphale [Revue des maladies de l'enfance y 1901),

G. — Satumisme.

/J intoxication pat te plomb ou saturnisme est sur* tout fréquente chez les ouvriers de fabriques de

flilioium [vonge ie plomb) et de blanc de -céru$e, çhQj, ceui: qui extraient ou qui traitent les minerais de plomb, et plus rarement chez les peintres en bâtiment, les ferblantiers, les compositeurs et les clicheurs d'imprimerie qui manient les caractères et les clichés en plomb, les plombiers, etc. Actuel* lement en France ces professions insalubres n'emploient plus que des hommes, mais en Angleterre les femmes sont encore exposées à Tintoxication professionnelle saturnine et Legge {Journal of HygUne, 1903) a pu réunir la statistique suivante qui montre à quels désastres l'intoxication saturnine de la mère expose la progéniture.

Sur 77 ouvrières mariées, i7 avaient été stériles (22 p. 100 au lieu de 15 p. 100, proportion normale), 60 avaient eu 212 grossesses (78 p. 100). Les 212 grossesses avaient donné 90 avortements (42,5 p, 100), 10 naissances prématurées (10 p. 100), 61 enfants morts dans la première année (28,8 p. 100) et seule-* ment 40 enfants ayant vécu plus d'un an (18,7 p. 100).

L'intoxication saturnine du père n'est du reste piats moins nuisible que celle de la mère. Constantin Paul a pu réunir, en 1860, d'une part 70 cas de grossesses chez des femmes intoxiquées p4r le plomb avec 54 avortements ou accoucbements pré^ nvUurés (77 p, 100), 7 mort-nés (10 p. 100), 3 morts dans la première année par faiblesse congénitale (3 p. 100) et 7 enfants paraissant normaux (10 p. lOO), et, d'autre part, 141 grossesses chez des femmes dont le mari était intoxfqué, ayant abouti à 86 avor** lements et naissances prématurées (61 p. 100), 5 morts*nés (3,5 p. 100), 45 enfants nés en élat de faiblesse congénitale dont 20 morts dans leur pre-

mière année (14,2 p. 100) et 15 dans la seconde ou la troisième année (10,6p. 100), et seulement 25 enfants paraissant normaux (67,8 p. 100). L'intoxication paternelle est moins nuisible que Tintoxication maternelle, mais elle est néanmoins terrible. Oui a rapporté une observation caractéristique : une femme, après avoir eu trois enfants robustes, a eu de la quatrième à la onzième grossesse une série d'enfants morts in utero et macérés. Cette mortalité étant inexplicable par la syphilis dont la mère, ni les œufs ne portaient aucune trace, on fit des recherches du côté du père. Ce dernier était devenu clicheur d'imprimerie entre la conception du troisième et du quatrième enfant, et c'est depuis lors que sa femme ne pouvait mener une grossesse à bien. 11 avait eii du reste à plusieurs reprises des coliques de plomb* Roques {Th. de Paris, 1873) et Bourneville [Progrès médicaly 1901^ p. 164) ont noté fréquemment, chez les idiots internés à Bicètre et à la Salpètrière, l'influence du saturnisme du père, très souvent il est vrai allié à l'alcoolisme.

Oliver a raconté que dans un district industriel de l'Angleterre, certaines femmes, à la suite des discussions sur les méfaits du travail du blanc de céruse et sur les avortements qui en résultaient chez les ouvrières, s'étaient mises à employer comme moyen abortif des pilules de diachylon à base de sels de plomb, si bien qu'on n'avait jamais observé autant de coliques saturnines et de paralysies saturnines chez les femmes que depuis que le travail du plomb leur avait été interdit. Le corps médical de la région fut obligé de réclamer que la formule du diachylon fût modifiée, de

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manière à ce qu'il fût exempt de sels de plomb. M. Porak expérimentant sur des chiennes pleines intoxiquées par le carbonate de plomb a vu qu'on retrouvait du plomb dans les organes du fœtus; les centres nerveux, le foie, et la peau contiennent du plomb en proportion à peu près égale; chez la mère au contraire, et chez Tadulte en général, le plomb se localise surtout dans le foie.

D. — Antres intoxications.

Nous avons passé en revue les intoxications chroniques les plus fréquentes et les plus susceptibles d'agir sur la progéniture. Mais beaucoup d'autres substances sont susceptibles de modifier, soit l'embryon (c'est alors l'intoxication maternelle seule qui est en cause), soit l'un ou l'autre gamète (l'intoxication paternelle est alors, elle aussi, nuisible pour les enfants).

Un très grand nombre de substances passent de l'organisme maternel dans le sang de l'embryon où on peut les déceler en recueillant ce sang lors de la section du cordon ombilical au moment de la naissance. D'autres s'accumulent dans les organes, foie, rate «t cerveau surtout, et peuvent être retrouvés par l'analyse chez les mort-nés.

Tous les sels solubles traversent plus ou moins facilement le placenta, en particulier les chlorures, bromures et iodures alcalins, les chlorates, phos phates, et salicylates de soude et de potasse, les sels d'arsenic, de plomb et de cuivre. Au contraire les sels de mercure sont eu grande partie retenus et

s'accomulentdans le placenla (Porak) ; les sels de fer ae passent pas en nature ; il faut qu'ils soient d'abord transformés par l'organisme maternel; seuls les composés ferrugineux de la série de l'hémoglobine passent de la mère au fœtus et aident à la formation des globules sanguins fœtaux.

L'étber et le chloroforme traversent le placenta de même façon que l'alcool. Toutefois î'éthéromanie maternelle a sur la progéniture des effets moins néfastes que l'alcool.

Parmi les matières calorantes« la garance passe à travers lé placenta, et, comme on le sait depuis les expériences de Flourensi elle se localise dans le fœtus sur la substance osseuse en cours de forma* tion; le bleu de méthylène passe de la mère au fœtus; l'acide chrysophanique ne passe pas.

Leis alcaloli'des traversent le placenta ce qui expli« que les effets ficheux sur la progéniture de la mor* phinomanie, de la cocaînomanie, de l'béroXno* manie.

Parmi les substances albuminoïdes^ de grandes différences s'observent ; tandis que les peptones sont retenues, la plupart des matières albuminoïdes passent à travers le placenta, ainsi que la généralité des ferments solubles; on sait en particulier que le fœtus est soumis à l'action des toxines^ antitoxines, Iysine6,,agglutinine8 qui existent dans le sang de la mère. Ainsi, quand une typbique enceinte accouche en cours de maladie, on peut vérifier que le sang de l'enfant agglutine le bacille typbique presque à l'égal du sang de la mère.

Le passage des immunisines est prouvé par ce fait que l'enfant d'une femme vaccinée au cours

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de la grossesse reste quelques mois, quelquefois quelques années, réfraetaire à la Taecine. De la même manière s'explique le fait que Lueain rapporte dans la Pharsale (si on admet toutefois qu'il n'est pas du domaine des fables). Les Psylles^mithridatisés contre le Tenin des aspics abondants dans leur pays, ayàient coutume d'introduire de jeunes aspics dans le berceau de leurs enfants nouveau^nës et eeux-el résistaient le plus habituellement aux morsures. Quand il n'en était pas ainsi la mère était réputée s'être livrée à un étranger, et ils la suppliciaient.

Le passage des substances produisant Vanapky- ULxie ou ioxogénineSj a été étudié par M. Belin qui a sensibilisé des cobayes femelles pendant la ges«^ taliOtt en leur injectant sous la peau du sérum ani* mat. H a tu que les petits de ces femelles Mtà eneore, à Tàge deux mois, hypersensibles à i'in'< jei^ton sous-dure-mérienne de sérum. Le phéno* mène se produit même quand la sensibilisation des mères a préeédé la gestation. Il n'est pas spécifique en ce sens qu'il se produit eneore quainl le sénim injecté aux petits provient d'une autre es* pèee (bœuf) que eelui injeeté à la mère (àne), maie dans ce cas^ la réaction est atténuée.

Le passage de la mère à l'enfant des substances tojtiques que les maladies infectieuses de la mère ▼erSMt dMs le sang de oeUe*ci sont pour une part dan& l'action néfaste des maladies infectueuses sur les rejetons. Mais la plus grande part revient an passage des microbes eux-mêmes. Ceci n'est plus l'bérédiié toxique, mais l'hérédité infectieuse pro< ^meni dite dont nous allons aborder l'étude dans le chapitre suivant. L'étude de l'hérédité de Yim^

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muniié aux maladies infectieuses viendra ensuite. Avant de clore celui-ci, nous devons parler de rhérédité d'une curieuse maladie, le béribéri, qui, après avoir été considérée tantôt comme une ma* ladie toxique, tantôt comme une maladie infectieuse; est devenue le type d'un groupe morbide spécial, celui des maladies par carence. L'étude de leur hérédité mérite un paragraphe spécial.

Hérédité de carence. Béribéri.

Le béribéri est une maladie qui s'observe surtout dans les milieux misérables d*Extrème*Orient, en Malaisie, aux Philippines, en Indochine, au Japon; mais on a pu en observer aussi des cas isolés ou de petites épidémies dans d'autres régions du globe, en particulier sur de petits groupes d'individus soumis à une mauvaise hygiène et à un mauvais régime, sur des prisonniers par exemple.

Le sujet atteint de béribéri présente d'abord des troubles des extrémités qui deviennent insensibles, se cyanosent facilement, se tuméfient par un œdème dur, résistant. Puis s'ajoute une faiblesse extrême^ des palpitations au moindre effort, de la difficulté de la respiration, des signes de dilatation du cœur, des nausées, des vomissements, des syncopes. Ces symptômes sont liés à l'existence de lésions de dégénérescence des nerfs spécialement localisées sur les nerfs des extrémités et sur le nerf pneumogastrique, ce nerf si important qui innerve à la fois le cœur, les poumons, le tube digestif. Quand elles s'accentuent, elles entraînent la mort par aifaiblissement progressif du cœur et des muscles respiratoires.

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