‹ L'hérédité morbideChapitre 27 sur 40 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Hérédité des maladies du système nerveux

(suite).

Névroses : le tempérament névropathique est souvent familial et s'hérite selon les lois de Galton-Pearson ; l'hystérie se développe à la fois du fait d'influences héréditaires et d'influences incidentelles ; dans la genèse de Tépilepsie, on peut le plus souvent mettre en relief l'absinthisme, parfois la syphilis d'un des parents ; la neurasthénie, les convulsions ne se développent guère que sur un terrain névropathique ; pour la chorée, l'influence rhumatismale prédomine.

Psychoses : l'hérédité est de beaucoup l'élément étiologique le plus important des psychoses. A ce point de vue la criminalité est assimilable aux psychoses^

D. — Névroses.

Sous le nom de névroses, on groupe un certain nombre d'affections du système nerveux survenant sans lésions décelables, ni à l'^œil nu, ni au microscope, des éléments nerveux. Il faut bien cependant admettre qu'à tout trouble fonctionnel correspond une modification matérielle, mais cette modification est dans les névroses assez subtile, assez légère pour ne pouvoir être décelée par les moyens d'in-

!^26 L^UÉRÉDITÉ MORBIDE

vestigation dont nous disposons. Obserrons toute^ fois qu'on a signalé dans l'épilepsie-néTrose une fine sclérose néTroglique, c'est-à-dire une fine induration du tissu interstitiel des centres nerveux, mais qui ne peut être vue que sur des coupes microscopiques à un très fort grossissement et grâce à des colorations spéciales.

Parmi les névroses, on distingue un certain nombre de types morbides bien neisiVhystériey Vépilepsie, les convulsions infantiles^ la tétanie, les iicSy la chorée. Il faut y joindre un état moins caracrisé par des phénomènes morbides spéciaux, mais d'observation courante et de réalité évidente, et décrit sous le nom de tempérameni nénropaihique. Souvent il préexiste aux aceidents qui caractérisent les névroses proprement dites. II doit être décrit tout d'abord.

!• Tempérament névropathique.

Dans certaines familles, dites familles névropathiques, les manifestations morbides, fonctionnelles ou organiques, frappant le système nerveux, sont fréquentes, mais revêtent selon les individus, selon leâ circonstances d'âge, de vie et de milieu, des formes très variées; ainsi, dans ces familles, les enfants sont sujets aux convulsions ; il suffit pour les provoquer d'une élévation de température aux environs de 39^ ou de 40'', eomme cela est fréquent au début de nombreuses affections bénignes de Tenfance: augines simples, grippes, bronchites, rougeole ; au cours de rhumatisme articulaire aigu,

les eûfants de ces familles feront facilemenC de la Chorée ; les adultes des mêmes familles feront faei* lement des accès délirants en cas de fièyre quelconque; chez les membres de ces familles, tes maladies infectieuses provoqueront facilement des localisations sur le système nerveux : foyers d'encéphalite ou de sclérose cérébrale, foyers de myélite, névrites, méningisme ; s'ils prennent la sypfai** lis, ils seront plus exposés que d'autres Syphilitiques au tàbes ou à la paralysie générale ; s'ilssubissent des chocs moraux ou physiques gravés, ils auront des manifestations hystériques (hystérotraumatisme), ou des crises neurasthéniques, ou des accès de psychoses ; ils se laisseront aller facilement à s'intoxiquer, et les intoxications provoqueront facilement chez eux des phénomènes nerveux (delirium tremens, névrites, hallucinations visuelles et psychoses meurtrières chez les alcooliques, hystfirosatumisme chez les saturnins, hallucinations chez les cocaïnomanes, chez les morphinomanes]. Enfin, même en l'absence de toute manifestation morbide, les membres de ces familles se distinguent par leur émotivité, leur caractère changeant, bizarre, difficile, impulsif, leurs colères promptes, leurs pleurs aussi faciles que leurs rires ; ils sont ce qu'on appelle des nerveux.

L'hérédité joue le rôle primordial dans la genèse du tempérament nerveux. L'hérédité ancestrale y a une part, et d'autant plus grande que, selon la loi psychologique qui veut que qui se ressemble s'assemble, les sujets nerveux ont tendance à se rechercher et à s'unir entre eux. Leurs descendants cumulent et multiplient l'hérédité paternelle et l'héré^

228 l'hérédité MORBIDB

dite maternelle. Il parait très cerlainque cette hérédité se fait selon les lois de Naudin-Mendel et de Galton-Pearson. On comprend toutefois que quand il s'agit d'une tendance comme c'est le cas, on ne peut établir cette proposition aussi péremptoirement que quand il s'agit d'affections bien définies comme nous l'avons tu pour la plupart des maladies familiales. Le coefficient de Pearton (influences incidentelles) a une valeur élevée, c'est-à-dire que les maladies, les intoxications, les chocs nerveux paternels et surtout maternels, avant et pendant la grossesse, jouent un grand rôle : selon les individus hérédité ancestrale et hérédité incidentelle ont combiné leurs effets en proportion variable pour produire le tempérament névropathique à un degré plus ou moins accusé.

Ultérieurement, les incidents de la vie jouent encore un rôle important pour déclancher ou non, sur ce terrain prédisposé, des phénomènes morbides plus accusés, caractérisant Tune et Tautre des névroses et des psychoses.

2* Hystérie.

Sous le nom à*hystérie^ la médecine moderne désigne un état morbide consistant en une aptitude à présenter des troubles pathologiques à physionomie très variée (crises convulsives, anesthésies, paralysies temporaires, troubles sensoriels), mais qui ont tous ce caractère commun de pouvoir éventuellement être reproduits par la suggestion et de

pouvoir éventuellement être guérU par la seule persuasion.

Les plus saillants de ces troubles, en particulier les crises convulsives, étaient autrefois considérés comme ayant pour point de départ un état d'excitation de la matrice dû au besoin sexuel, d'où le nom d'hystérie (uaTcp-utérus). Ainsi pensait-on l'hystérie spéciale à la femme pubère. Il n'en est rien. Charcot a montré qu'on rencontre avec une fréquence guère nîoiadre chez l'homme des phénomènes équivalents et les pédiatres ont cité chez des enfants très jeunes des manifestations se rapportant incontestablement à l'hystérie. ^P. Janet et Babinski nous ont finalement éclairés sur la nature de ces phénomènes, sur le rôle de l'idée fixe subconsciente et de l'autosuggestion.

Dans les antécédents des hystériques, on trouve presque constamment des influences héréditaires multiples. On trouve avec une très grande fréquence chez les parents des intoxications variées, la tuberculose, l'arthritisme, ou encore des troubles moraux, ou des chocs émotifs graves dans la période qui a précédé la conception, ou, chez la mère, pendant la grossesse. On note aussi la fréquence des maladies nerveuses chez les ascendants et les collatéraux, ainsi que celle des troubles mentaux. D'après Briquet, la moitié des enfants d'hystériques seraient atteints de troubles nerveux. Le rôle des maladies du jeune âge, et des troubles de nutrition au cours du développement n'est pas moins évident. En somme, rhystérie apparaît généralement comme la conséquence de la combinaison de multiples influences troublant fâcheusement le déveFoppement

230 l/llÉRÉDITK MOBBlhE

du système nerveux : il y a à la fois iofluence^ héréditaires et influences incidentelles. '

3« Epileptie.

Dans Vipilepiie^ le r61e de Thérëdité apparaît beaucoup plus net. Dans environ la moitié des observations d'épilepsie essentielle, on note l'into^iication alcoolique, et spécialement rintoxication par les essences (absinthe, vermouth, amers, vulné?» raire), ou par le vin blanc pris à jcao, soit che? l^ père, soit chez la mère, ou chez les deux ; ou encore combinés ou non avec Talcoolisme parental, les infections graves de la mère ou du père au moment de la conception, ou de la mère au cours de la grossesse, ou les chocs moraux, ou la vie pénible, la misère, la tristesse. La fréquence des névropathies chez les ascendants ou les collatéraux doit aussi être notée. Les enfants d'épileptiques sont souvent des névropathes ; mais Tépilepsie elle-même n'a été notée par Echeverria que 78 fois sur 553 enfants d'épileptiques ; en revanche, les enfants d'épiieptiques sont sujets aux convulsions de l'enfance, à rhystérie, à la migraine, aux psychoses. Leur mortalité en bas âge est énorme (54 p. 100 d'après Martin, dont 20 p. 100 morts avec convulsions).

Lhote, qui a relevé les antécédents héré4itaires de nombreux épilcptiques, note l'hérédité névropathiquc 54 fois sur 100, l'hérédité tuberculeuse ^ fois sur 100, l'alcoolisme d'un au moins des parents

46 fois SQr 100. Qaand oa connaît les relations de l'alcoolisme avec la néyropathie, et combien Tusage habitael de l'alcool dispose à contracter la tnbercuiose, on ne saurait s'étonner de la fréquence avec laquelle on retrouve la coexistence de ces trois états dans l'ascendance des épiieptiquçs. Si on analyse les cas particuliers, on se rend facilement compte que ce qui joue le plus grand rôle, c'est l'aicoo- Htme du père ou de la mère à l'époque de la conception, spécialement l'abus des liqueurs à essence (Bsquirol, Lucas, Morel). Il n'est pas exceptionnel de voir dans une famille des enfants épilepttques et des enfants sains alternant selon la coïncidence de leur conception avec des périodes de débauche alcoolique ou de sobriété relmtive.

Quant à l'influence de la syphilis, elle est dans certains cas indéniable, et mon regretté maître Dieulafoy a montré comment certaines épilepsies firustes de Tenfance, révélées surtou par les mictions nocturnes involontaires intermittentes, peuvent être guéries rapidement et radicalement par un traitement iodomercuriel intensif. M. Babonneix, ayant recherché la réaction sérosyphiiitique de Bordet chez 10 sujets atteints d'épilepsie paraissant essentielle, à trouvé deux fois une réaction fortement positive, 7 fois une réaction faible, 1 fois une réaction négative, mais dans ce dernier cas, le père donnait un résultat franchement positif. Il conelut que l'épiiepsie essentielle relève souvent de lésions méningo-corticales discrètes, reliquat d'altérations hérédosyphilitiques ; il s'agirait de séquelles, et non de lésions évolutives, ce qui explique-

rait que^ le plub souvent, la séro-réactiou est attënaée.

Nous ne pouvons pas terminer ce chapitre sans dire un mot d'une expérience de Brown-Séqnart, qui a fait grand bruit ; elle concerne des cobayes sur qui Tillustre physiologique avait pratiqué la section du nerf sciatique, et qui, à la suite de cette lésion nerveuse, étaient devenus épileptiques. A côté de r c( épilepsie essentielle » ou « épilepsie névrose », il existe en effet des c< épilepsies symptomatiques m consécutives à des lésions irritatives des centres nerveux ou des nerfs sensitifs. Donc, rien que de normal jusqu'ici. Voici oh la chose devient plus étonnante. Ces cobayes atteints d'épilepsie acquise du fait d'une cause accidentelle ont donné naissance à de nombreux petits ; parmi eux, plusieurs ont présenté des crises épileptiques.

Cette observation a été citée comme l'exemple le plus probant d'hérédité d'un caractère acquis. Au point de vue spécial de l'hérédité morbide, elle serait particulièrement intéressante, puisque le caractère considéré est justement un caractère morbide. Malheureusement, Brov^n-Séquart n'avait pas tenu compte de ce fait que Tépilepsie spontanée est fréquente chez le cobaye ; il est donc possible qu'il y ait eu dans son cas coïncidence d'épilepsie spontanée chez les petits et d'épilepsie symptomatique chez les parents. En fait, les physiologistes qui ont cherché à reproduire Texpérience de Brov^a- Séquard n'ont plus noté la transmission aux descendants de l'épilepsie qu'ils provoquaient chez le cobaye.

Maciesza et Wrzosek, qui ont fait systématique-

ment des expériences de contrôle, n'ont jamais constaté cetfB hérédité. Us ont toute foifiT signalé ce fait intéressant, que, si, aux descendants de cobayes opérés par section du nerf sciatique, on faitultérieu* renient subir la même opération qu'aux parents, répilepsie se produit chez eux plus rapidement après l'opération que chez les descendants de sujets sains. Il y aurait donc, non pas hérédité de l'épilepsie elle-même, mais production d'un état de prédisposition.

4® NeuTdsthénie.

Dans le langage médical, le terme neurasthénie a un sens précis, beaucoup plus restreint que celui que lui attribuent les profanes dans la conversation ou la littérature. Cette extension abusive est un peu la faute des médecins. Cotnme dans les idées du profane, il est bien porté d'être neurasthénique, infamant au contraire d'être hystérique, ou épileptique, ou dégénéré, ou mélancolique, ou surtout aliéné, les familles adoptent volontiers le premier terme vis-à-vis de l'entourage, avec la complicité tacite ou explicite du médecin. Il importe ici de prendre le terme neurasthénie dans son sens réel, qui est du reste celui de l'étymologie, faiblesse nerveuse. La caractéristique de la neurasthénie est que le sujet se sent affaibli, diminué tant au point de vue intellectuel qu'au point de vue du caractère, tant au point de vue de la puissance mentale qu'à celui de la force physique. Le malade devient incapable de travail suivi ou d'aucune occupation nécessitant

234 i/héréoité morbide

quelque peine, quelque effort^ quelque attention si minime eoU-elle; cette iocapacitë codIUtne Vasikénie» L'asthénie est nn état qui existe dans certaines maladies touchant profondément l'organisme: le cancer, la tuberculose, et anssi et surtout dans les maladies destmctlves des canules surrénales. Mais dans la neurasthénie, Tasthénie a ceci de paiticulier qu'elle s'accompagne d'un étal norreux (nourasthénie) se manifestant par l'irritabilité facile, les préoccupations sans cause bien définie, la perplexité, la tristesse, les craintes vagues. A ces symptômes se joignent des sensations douloureuses, maux de tôte en casque, ou uniquement frontaux, sensation de fatigue physique et de courbature, perte d'appétit, enfin troubles intestinaux, spasmes, ballonnements localisés, gargouillements, état flasque du ventre, alternatives de constipation et de débâcles diarrhéiques, selles glaireuses ; ces troubles intesti* naux sont si fréquents qu'il est logique d'établir un rapport entre la neurasthénie et l'entérocolite sans qu'il soit le plus souvent possible de dire lequel des deux états engendre l'autre, ou si tous deux ne sont pas plutôt la manifestation d'une déchéance générale du système nerveux organique (névrose du Grand Sympathique).

La faiblesse du système nerveux dont témoigne la neurasthénie est le plus souvent une faiblesse congénitale, mais plus ou moins aggravée par les circonstances de la vie. Les auteurs qui ont écrit sur la neurasthénie ne manquent pas de distinguer la neurasthénie accidentelle et la neurasthénie constitutionnelle, la première survenant à Toccasion de quelque violent choc moral ou physique (perte de

situation, grande douleur, maladie grave, traumatisme violent) et guérissant complètement au bout d'un temps plus ou moins long, la seconde survenue «ans cause bien apparente, ou pour des causes insignifiantes, récidivant à chaque instant et constituant en somme' Tétat mental habituel de Tindividu» ëb réalité, la disposition à la neurasthénie suppose toujours une faiblesse nerveuse qui empêche de supporter les incidents pénibles de la vie, mais selon que cette faiblesse «st plus ou moins accentuée, il suffira pour la faire éclater d'incidents légers ou il y faudra des chocs graves. Dans de rares cas, la faiblesse nerveuse est le reliquat de maladies graves de l'enfance ou de la jeunesse, niais le plus souvent elle est congénitale et héritée et témoigne des tendances névropathiques ides parents. On a signalé aussi combien le diabète, la goutte, l'obésité, Teczéma, en un mot les affections arthritiques sont fréquentes dans Tascendance des neurasthéniques. De tout cela résulte que la neurasthénie étant souvent d'origine héréditaire, il de* vrait être fréquent de la voir transmise aux enfants, sinon en nature, du. moins sous forme de disposition névropathique.

Eh bien, cela n'est pas. La neurasthénie est malheureusement tellement répandue à notre époque que tout médecin ayant quelque temps d'exercice n'est pas sans avoir dans sa clientèle des neurasthéniques, j'entends de grands neurasthéniques constitutionnels. Pour ma part, je soigne de nombreux enfants dont le père ou la mère est foncièrement neurasthénique. Ils ne sont pas spécialement atteints de névropalhie, ils sont bien conformés et bien por-

230 L*HéRéDlTÉ VORBIDB

tanU, sains de corps et d'esprit. Ils seront appelés à le rester si j'en crois ce que j'ai vu dans quelques familles, où le grand-père ou la grand'mère neurasthéniques n'ont engendré la neurasthénie ni chez leurs enfants devenus adultes, ni chez leurs petitsenfants.

5"* ConvulsioM de Fenfance.

Certaines convulsions de l'enfant traduisent le début d'une maladie encéphalique dont l'évolution entraîne, soit la mort (méningite tuberculeuse), soit au moins des lésions définitives du cerveau ayant pour conséquence l'idiotie ou la paralysie (encéphalites, méningites aigués, hémorragies cérébrales ou méningées). Ces convulsions «symptomatiques », c'est-à-dire apparaissant à titre de sym^ptAme d'une maladie plus importante, sont très différentes des convulsions « essentielles » qui nous occupent ici, et je ne les rappelle que pour qu'on se garde d'une confusion funeste.

Les convulsions essentielles, bien que ne différant des convulsions symptomatiques que par des détails (généralisation plus complète, persistance moindre, réveil plus prompt) n'en ont aucunement la signification grave. Certains enfants chaque fois que pour une raison quelconque, leur température atteint 40^, ou chez quelques-uns seulement 39^, 39^, sont pris de convulsions; leurs membres, leur figure, leur corps entier se raidissent, sont agités par des secousses se répétant à quelques secondes d'inter-

fies, la respiration devient bruyante ; au bout de quelques minutes, le corps se détend, mais l'obnubilation persiste quelque temps, Tenfant reste abattu, hargneux, somnolant durant quelques heures ou toute une journée. Puis Tenfant sort de cette somnolence, et aucune trace ne subsiste de Tincident, mais la convulsion peut se renouveler dans la soirée ou le jour suivant si la fièvre atteint de nouveau un degré élevé. Chez certains enfants, la convulsion est liée tellement à la température, qu'on évite Taccès en maintenant artificiellement une température basse au moyen d'antithermiques (cryogénine, antipyrine, pyramidon) ou par des bains frais. Certains enfants font aussi des convulsions sans élévation de température, à l'occasion de douleurs (éruption dentaire), de peur (chute, surprise), d'intoxication (indigestion), de contrariété, de colère, mais c'est plus rare, et cela doit faire craindre plus tard des crises mieux caractérisées d'hystérie ou parfois d'épilepsie. Sauf ces derniers cas, la disposition aux couvylsions disparait vers Tàge de 6, 6 ou 7 ans. Plus grands, les mêmes sujets, quand leur température s'élève, ne font plus des accès convulsifs, mais du délire.

Au point de vue hérédité, les convulsions ne se comportent pas autrement que l'hérédité névropathique en général. Tantôt la série des enfants d'un même couple a la tendance convulsive, tantôt un seul ou deux enfants sur plusieurs sont atteints, selon que sont échus à l'un ou Tautre enfant les éventualités de transmission de par la loi de dissociation de Naudin, et selon que des influences accidentelles ont pu agir ou non sur les parents à Tépoque

23i hnÊRÛhnû uûUBiDE

de la conceptioDy sur la mère pendant la grossesse, et sur Tenfant lui-même dans les premiers mois de la vie.

e*» Chorée.

La curieuse névrose, connue sous le nom de chorée ou danse de Saint Guy^ se manifeste entre 5 et 15 ans, pour une durée de 2à 6 et 8 mois, avec rechutes possibles, par des gesticulations s'accentuant à l'occasion des mouvements Tolontaires, et cessant pendant le sommeil. Deux choses paraissent nécessaires pour les produire : d'abord le tempérament névropathîque par hérédité ancestrale ou incidentelle, puis une infection qui est le pins souvent la fièvre rhumatismale polyarticulaîreaignë. 11 faut, d'autre part, noter la prédisposition' du sexe féminin : les filles sont atteintes deux on trois fois phis que les garçons. Quelque temps après le début de la puberté, la prédîsp*osîtion à la chorée disparaH, mais, chose curieuse, les femmes enceintes deviennent susceptibles de devenir choréiques, comme si leur symbiose avec leur 'enfant leur donnait quelque chose des dispositions pathologiques de Tenfance.

L'hérédité similaire est très rare, puisque Barthez, sur 334 observations de chorée, a retrouvé 10 foîsseulement la chorée dans Tascendance; Babonneix, SUT 66 observations, noie 2 fois la chorée chez la mère, 1 fois chez le père, 1 fois chez un gfandparent. Le même auteur trouve 14 îoï^ la mère et 9 fois le père signalés comme « très nerveux »y

HÉRÉDITÉ DES MALADIES DU SYSTEME NERVEUX SSd

3 fois le père avait succombé à rhémorragie cérébrale. Beaucoup plus fréquent est le rhumatisme articulaire aigu des parents, noté 45 fois sur 100 par Garod, et 7 fois sur 66 cas par Babonneix. Les faits forcent à admettre une parenté étroite entre le rhumatisme et la chorée.

E. — Psychoses.

L'hérédité est de beaucoup Télément causal le plus important des maladie» mentales ou psychoses. Toutes les statistiques le démontrent.Woods et Butchinson, d'après les registres statistiques des asiles anglais, américains et allemands^ trouvent que dans 22,6 p. 100 des cas de maladies mentales ayant nécessité Tinternement, un au moins des parents avait présenté aussi des troubles meut&ui ; ee chiffre est un minimuu), car bien des tares des ascendants ou des collatéraux peuvent échapper dans une statistique recueillio de cette façon.

Briseoë ( Tke Journal of thé Mental Sciences^ oet. 1895), dans une statistique pius restreinte, mats plus fouillée) {non numerandœ sed computandœ nunt observationes) trouve que sur 100 aliénés, 70 avaient dans leur ascendance ou chez leurs collatéraux des sujets atteints au point de vue mental.

La statistique suivante^ due à Diem, donne une idée de tares mentales qui se rencontrent le plus souvent chez les parents des aliénés. Examinant les pères et les mères de 1.563 aliénés d'une pari, de 2.220 personnes saines d'autre part, il

240 L'HÉRéoiTÉ MORBIDE

trouve pour 100 sujets les chiffres que voici :

Parents Ptients f d'aliénés, de sajets saSns.

Psyehop&thies • • • 19,57 2,34

Suicide. • • . 0,76 0,36

Bizarreries de caractère. • . • • 15,16 4,37

Excès de boissons 16,69 7,65

Démence sentie 1,21 0,99

Apoplexie • • • 5,36 5,04

Névropathies • • 2,75 5,67

Les psychopathies sont plus de huit fois plus fréqueutes chez les parents d'aliénés que chez les parents de sujets sains ; les bizarreries de caractère, qui sont comme une ébauche de psychopathie, sont plus de trois fois plus fréquentes; le suicide, les excès de boissons, qui témoignent aussi d'une anomalie cérébrale, sont plus de deux fois plus fréquentes. On remarquera que pour les maladies lésionnelles du cerveau, comme Tapoplexie, les chiffres sont au contraires à peu près identiques. Enfin, il est curieux que les névropathies soient plus rares, comme si la débilité nerveuse se traduisait sous dés formes différentes, névroses ou psychoses selon les familles, l'hérédité des premières ne prédisposant pas aux secondes.

Il importe du reste de distinguer parmi les malheureux fous qui emplissent les asiles d'aliénés ; un certain nombre doivent leurs troubles mentaux à des maladies accidentelles qui ont porté leurs coups sur les centres nerveux, qui les ont plus ou moins lésés ou en ont plus ou moins troublé le fonctionnement. Dans ces cas, l'hérédité ne joue plus le rôle principal : elle n'est pourtant pas négligeable. Si le mal s'est porté sur le cerveau, c'est en gêné-

HÉnÉDlïÉ DES MALADIES Dlî SYSTÈME NERVEUX 241

rai que celui-ci était en étal de réceptivité. Nous avoQS déjà vu que -la syphilis ne frappait sur le cerveau pour causer la paralysie générale que daiis les populations civilisées, qui font fonctionner exagérément leur cerveau. Plus typique est le cas des délires infectieux ou toxiques qu'on observe au cours des maladies infectieuses, des intoxications ou des autointoxications (urémie) chez certains sujets : ils apparaissent avec une bien plus grande fréquence et une bien plus grande intensité chez les sujets prédisposés héréditairement et manquent en général chez les autres. L'alcool provoque chez certains des délires violents, des hallucinations, des impulsions homicides, à des doses qui chez des non« prédisposés seraient facilement supportées. On peut en conclure que, même dans les psychoses dites secondaires, la prédisposition due h l'hérédité joue nn rôle important.

Dans les psychoses proprement dites, dans les folies évoluant sans lésions apparentes du système narveux, et sans causes décelables autres que les causes occasionnelles qui ont simplement déclanché OD mal latent, le rôle de l'hérédité est encore plus net. Les publications des aliénistes le confirment journellement. Certains faits sont tout à fait impressionnants tel celui apporté par Hammond : un homme, à Tàge de 35 ans se suicide en se tranchant la gorge avec un rasoir dans un bain ; il laisse trois enfants, deux garçons et une fille, qui se suicident tous trois de la même façon que leur père, les deux garçons à35 ans, comme leur père, la fille à 34 ans ; cette dernière avait un fils ; à 31 ans, il se suicide par Is même procédé que sa mèrC) son grand'-père

242 l'hérédité morbidi

et 868 deux oncles. Mabille a publié les observatious de trois sœurs qui se suicidèrent à quelques années d'intervalle en se jetant dans le même canal. Dans une famille dont Maccabrani a signalé la triste histoire, le père se suicide d'un coup de pistolet à 62 ans, deux de ses fils font de même à 22 et à 28 ans, un troisième ûls meurt assassiné laissant un garçon qui se suicide à 17 ans avec la même arme que son grand-père et ses oncles ; un quatrième enfant, une fille, s'empoisonne à 26 ans.

Les recueils consacrés à l'aliénation mentale sont emplis d'obsenrations d'aliénés, de délirants, de détraqués, dans lesquelles on trouve noté qu'un délire ou un travers analogue existait chez le père ou chez la mère du sujet, ou parfois chez un grandparent, un oncle, des cousins. Plus souvent encore,, c'est une hérédité à transformation qui est notée. Ainôi un homme enfermé pour un délire de persécution avec idées homicides laisse plusieurs enfants, un est faible d'esprit, tiqueur, un autre s'habille de façon bizarre, porte des coiffures de forme particulière, a la manie des voyages, de l'instabilité. Dans Tascendance, la descendance, ou la famille collatérale des aliénés, on rencontre assez fréquemment la neurasthénie, Tépilepsie, l'hystérie, et surtout les anomalies de caractère et les bizarreries, plus encore que les formes mentales caractérisées et. obligeant à l'internement. Plus exceptionnelle est l'hérédité similaire, c'est-à-dire la répétition chez les individus d'une même maladie mentale revêtant la même forme morbide. Demay, qui a consacré sa thèse aux Psychoses familiales^ en a réuni cependant une série d'observations concernant le plus

souvent des manies-mélancolies ou des démences précoces. H fait remarquer toutefois que ces psychoses familiales n'offrent dans leur symptomatologie ou leur évolution rien qui permette de les différencier des psychoses qui atteignent des individus isolés. On ne peut donc envisager en psychiatrie un groupement de maladies mentales familiales analogue au groupement maladies nerveuses familiales en neurologie. Enfin, il faut tenir compte que dans certains cas, l'identité du délire ou des hallucinations chez des aliénés de même famille peut tenir à l'influence du milieu familial et à la contagion mentale qu'on a observée quelquefois entre personnes non parentes,, particulièrement entre mari et femme.

En somme, l'hérédité domine la genèse des maladies mentales ; souvent, il s'agit d'hérédité dissemblable, mais l'hérédité similaire s'observe également.

Ce qui précède s'applique spécialement aux grands types d'aliénation mentale (délire chronique de persécution, mélancolie, folie intermittente). Ces types de folie ont été appelés constitutionnels en considérant qu'ils surviennent comme conséquence de la constitution primordiale propre de l'individu. Ils sont comme cette constitution elle-même la conséquence de l'hérédité. Ils surviennent avec un caractère de fatalité analogue à ce qui se voit dans les maladies familiales. Les circonstances extérieures n'ont d'autre influence que de rendre manifeste une prédisposition latente, comme le coup de froid qui déclanche la crise à* œdème circonscrit essentiel familialy comme le choc cutané qui fait apparaître la bulle dans l^dermatite huileuse héréditaire yComme le coup qui provoque l'affaissement vertébral dans la

cyphose hérédo'iraumatique^ comme l'écorchure qui est l'occasion de rhémorragie cutanée ou muqueuse dans Yhémophilie.

A ces grands types d'aliénation mentale grave et fortement caractérisée, il faut opposer les états mentaux tout différents qui ont été groupés sous le nom de folie des dégénérés (Morel, îfagnan). Bien que pouvant revêtir des apparences qui rappellent les grands types ci-dessus, bien qu'il y ait parmi les dégénérés des formes à type de persécution, de mélancolie, de manie, l'évolution du mal est tellement différente que la distinction s'impose.

Les folies des dégénérés sont des folies fugaces, éphémères, des « bouffées » selon le terme consacré, mais ces bouffées ne sont que des exaçerbations momentanées d'un fond primitif anormal, soit anomalie intellectuelle {débilité mentale)^ soit anomalie affective [folies émotives)^ soit anoma-^ lie morale (folies morales). Dans ces états anormaux de dégénérescence figurent en première ligne toutes les obsessions, toutes les tendances impérieuses, toutes les phobies (folie du ' doute, arithmomanie, agoraphobie, délire du toucher, instabilité mentale, etc.).

En outre, Tétat de dégénérescence est caractérisé par ce fait que des anomalies physiques rentrant la catégorie des déviations du développement coexistent avec les anomalies mentales : les plus fréquentes •ont le chétivisme général, le défaut de taille et de corpulence, l'infantilisme, les anomalies de conformation et de développement des organes génitaux externes (hypospadias, épispadias), les anomalies de forme du crÀne et de la face (asymétries cranio'^

ttkKihîli DES ItALADIfiS DU SYSTÈME NEBVEUX S45

faciales, saillies anormales, prognatisme exagéré), les anomalies du pavillon de Toreille (oreilles désourlées, tubercule de Darwin, lobules soudés), les anomalies de forme et d'implantation des dents, les anomalies de coloration des cheveux et des yeux, etc. Notons cependant qu'on a englobé dans les stigmates de dégénérescences certaines variations morphologiques qui sont au contraire des caractères de race (nez des Bourbons, nez des Juifs, grosses lèvres des Hapsbourgs et certaines conformations acquises par incidents de la première enfance (phimosis, certaines déformations rachitiques du squelette, etc.)^. Il n'en reste pas moins que la dégénérescence mentale s'accompagne pour ainsi dire toujours de tares physiques particulières.

Il faut donc, aux types d'aliénation mentale grave et fortement caractérisée, opposer les états mentaux tout différents qui ont été groupés sous le nom de folie des dégénérés. Les premiers sont, nous l'avons TU, des états constitutionnels, donc foncièrement héréditaires. Dans les seconds aussi, l'hérédité joue un grand rôle, à tel point qu'on a appelé aussi la folie des dégénérés folie des héréditaires. Mais il s'agit d'un tout autre mode d'hérédité. Les grands aliénés sont fils d'aliénés ou au moins descendants de sujets à mentalité anormale. Les dégénérés sont des sujets dont le développement, tant physique que mental, a été troublé du fait d'influences nocives ayant agi dans les stades précoces de ce développe^ ment, soit au cours de la première enfance, soit sur

1. E. Apert. Quelques remarques sur les stigmates de dégénérescence; signification ettransmissibilité de certains d'entre eux. Eugénique, mai 1913, p. 83.

io germe fécondé (incidents de la grossesse), soit plus souvent encore et plus efQcacement sur les gamètes màle ou femelle (maladies chroniques et intoxications du père ou de la mère). En somme, les dégénérés sont des sujets physiquement et mentalement déviés, et par suite plus ou moins distants du type de race ou de famille que l'hérédité leur aurait donné si cette déviation n'était survenue. La dégénérescence est donc le contraire de l'hérédité. Cette proposition qui étonne tout d'abord les personnes habituées à employer le langage usuel des aliénistes, s'impose cependant à qui réfléchit. Féré, sans l'exprimer explicitement, y a conduit en fait par tous ses travaux, et Raymond, examinant les études de Eéré, en a tiré très logiquement la conséquence,' quand il a écrit à leur propos : « En somme, la dégénérescence, vue de haut, est la perte des qualités héréditaires qui ont déterminé et fixé les adaptations de la race ». {Bulletin Médical y 1895, p. 326, leçon sur Vherédité en pathologie nerveuse), La dégénérescence est en résumé une déviation contraire à l'hérédité.

Autrement dit, il existe une différence très grande, au point de vue de l'hérédité, entre les aliénations mentales proprement dites et les états mentaux des dégénérés. Dans les premières, le malade a hérité de ses ascendants nne constitution mentale particulière, destinée à évoluer vers la folie ; ce sont donc là, contrairement à l'expression courante, les vraies folies héréditaires ^ Dans les folies des dégénérés, au contraire, les parents et les ascendants

1. Dans la Paranoïa, folie constitutionneUe, Tanzi et Riva trouvent rhérédité mentale dans 96 p. 100 des cas.

peuvent avoir la constitution mentale la plus normale ; mais une cause éventuelle, accidentelle, extérieure, a troublé le développement des éléments sexuels ou de Tovule fécondé et a ainsi modifié fâcheusement Tindividu ; sur le physique elle a causé les anomalies connues sous le nom de stig mates de dégénérescence ; sur le moral elle a causé un état mental anormal susceptible d'évoluer vers ces états d'aliénation passagère, mais à rechutes, qui caractérisent la folie des dégénérés.

Au point de vue qui nous occupe, le crime doit être mis sur* le même plan que les actes de folie. Gœring, faisant des recherches sur 3.000 criminels des prisons de Londres, selon la méthode du coefficient de corrélation de Galton, et recherchant les criminels apparentés, a vu qu'il y a corrélation nette entre le crime et l'hérédité, tandis que les influentes du milieu extérieur (alcoolisme, éducation familiale, scolarité) se traduisent par des coui*bes dépourvues de tout parallélisme avec les deux courbes connexes de la criminalité et des tares mentales. Lorsqu'il y a hérédité double, les coefficients de corrélation s'élèvent encore. Ces recherches confirment cette idée, dont la vérification peut se faire journellement, que les tendances mauvaises sont congénitales et fonction de l'hérédité. Les circonstances du milieu n'agissent que sur la façon dont elles se manifestent. L'éducation apprend seulement à réfréner, à masquer les mauvais instincts, à n'y obéir que dans les limites où ils sont le moins susceptibles de nuire à qui les possède. L'instruction n'est pas une garantie contre eux, et parfois même ne sert qu'à donner à ces sujets plus

248 L'ilénÉDITÉ UOUBIDE

(le facilités pour satisfaire à moindre risque leurs dispositions vicieuses. Le crime doit être considëré au point de Tue de rhérédité comme relevant des mêmes mesures prophylactiques que raliénation mentale ^

1. Gela ne veut pas dire qu'il faille négliger la répression : au contraire. La crainte de la répression est le moyen d*aider le sujet à résister à ses tendances criminelles. Voir à ce sujet, dans cette môme collection, le livre de M. Maxwell, Le Orime et la Société.

Page 1