‹ L'hérédité morbideChapitre 29 sur 40 · Voici ce préambule · texte numérisé non relu

Voici ce préambule

« Observer exactement des phénomènes est le point de départ de la science; les grouper et les interpréter en est le. but. Je n'apporte point d'observation nouvelle ; je rassemble des faits. »

« Les opinions que j'exprimerai n'engagent que moi. Je ne les ai point parce que j'ai fait ce travail ; j'ai fait ce travail parce que je les avais. y>

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cidemment qu'il touche à la queslioa de rbérédîlé. Left éléments cellulaires formés dans le Ikjiikle ont, d'après Robin, tendance à èlre identiques aux éléments cellulaires voisins parée quHla naisseul par rinfluenee de eeux*ci; nais ils sohîsaejit, d'autre part, rinfluenee du liquide qui fournit les Kiakénaux et qui tend A donner un certain degré d'mdépeadance aux éléments nouveaux. « Cest, ajoule-t^il^ celte aptitude à riodépendaBce du nouvel être visà-vis de ses parents que M. P. Lucas a caraelériaée du nom de loi d'innéitéK La ^tmHe des élémeats anatomiques nous offre également à l'état d^ébaudie la représentation de eette loi d'innéîté. L'iiinëAté^ d'après M. P. Lucas est la force antagoniste de rhérédité, c'est la tendance de rorganisme à engendrer des individus qui eonserveat d'ailleura les caractères spéeiAques propres à leurs ascendants^ mais sont doués de qualités spéciales en oppositkui avec les lois habituelles de Thérédilë^ 1^ on met l'hérédité rapproche le descettdantde l'asoendaut^ et rinnéité Yen éloigne ^. >»

En note, M. G. Clemenceau ajoute une réflexicM judicieuse. (Il est très curieux, dans cette thèae> de voir que c'est dans les notes qu'il faut ekercker les opinions personnelles, en général, très sagaces et perspicaces, de l'auteur. Dans le corps à% i'eifrvrage, il se contente des opinions de son maitre

1. On »ait que dans les Rougon-Maequaréy E. Zola a pris pour base les doctrines ôxi Lucas (185(f) qu'il expose dan» i« docteur Pascal^ mais à un moment (1899) où eUe» n'étai«n( déjà plus qu'historiques.

2. L'innéité de Lucas est en somme la même cà^e ^ue la dégénérescence de Morel, sauf que e» derniep teriB« «st tonjours pris en mauvaise part.

Robin). Cette note est la suivante : « Il faut enfin

rattacher à Tinnéité Tinfluence modificatrice des \

milieu sur le produit de la génération. » C^est, I

ce qu'actuellement nous appelons les influences |

perlurbatriees du milieu^ on influences inciden«

telles.

Enfin, dans le dernier chapitre de sa tbèse^ M* G. Clemenceaa passe à la génération des élénfients cellulaires à Pétai pathohffique^ et c'est ce qui nous intéresse au point de vue de rhérédité morbide. 11 cite encore Robin pour dire que la pathologie n'est qu'une annexe des ^autres sciences. Il étudie les perturbations des propriétés organiques dont Tétat moyen d'oscillation constitue l'élat appelé état norotaL Les pertttrbati<»is organiques, comme toutes les autres,, ne résultent jamais que du développement et du jeu d'influences réelles et conformes aux lois génésrales. Et M. Clemenceau ajoute cette courte, mais judicieuse note : « Parmi ces influences, celles des milieux sont au premier rang, bien qu'on ne puisse regarder toutes les maladies comme dues à des influences extérieures. » On voit qu'il fait implicitement une part équitable à l'influence ancestrale et aux agents extérieurs dans l'hérédité morbide.

Cependant, en 1857, Morel arait fait paraître son Traité des dégénéi^escences pkifâiqiusy intelèectueiles et morales dans Vespèce kumaime et des eattses qui produisent ces variétés maladives. Ni Clemenceaa en i86&, ni Combes en 1868 ne paraissent en aTO-ii eu connaissance. C'est qu'émises par un ahéniste et concernant surtout les aliénés, les doctrines de Morel n'avaient, d'abord pénétré que ie mâfieu res*

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treini des médecins d'asiles et des médecins aliénistes.

Dans sa thèse de 1919 sur « l'Histoire des origines et de l'éToIation de Tidée de dégénérescence en médecine mentale » M. Génil-Perrin a très finement et très complètement analysé les idées de Morel et leur genèse.

Profondément religieux (il avait été recueilli et éleré après la mort de son père par un ecclésiastique), Morel partait de cette idée que l'homme a été créé selon un type primitif parfait et non par une prétendue transformation progressive des espèces. Morel croit à la continuité et à la permanence absolue de l'espèce. Il en constate pourtant la variabilité apparente et il cherche à établir la différence qui existe entre les variétés naturelles, telles qu'elles existent autour de nous, et les variétés maladives de l'espèce humaine qui, pour lui, ne peuvent être que des dégradations, le type primitif étant parfait. Toute déviation du type est donc forcément pour lui une dégradation, ou, pour employer le terme qu'il a employé et qui est devenu d*usage courant, une dégénérescence. On voit combien ridée primitive de Morel est éloignée des vérités biologiques.

- Si pourtant l'idée de Morel a eu dans le milieu des aliénistes un succès légitime, c'est qu'elle permettait de faire, dans le vaste groupe des aliénations mentales, une pl^emière division répondant à une incontestable vérité clinique. Elle permit à Magnan, comme nous l'avons vu, d'édifier la distinction capitale entre les folies constitutionnelles et les folies des dégénérés» Pour exprimer cette distinction dans

le langage de Morel, il faut considérer les premières, d'origine ancestrale, comme se transmettant à la façon dont les caractères des yariétés naturelles s'héritent, à la suite ou non de croisements, dans les générations successives; il faut au contraire considérer les secondes comme des variétés maladives, résultat, non plus d'une hérédité mentale similaire, mais d'une hérédité morbide dans laquelle les intoxications, comme l'avait déjà bien vu Morel, et aussi les infections et les souffrances physiques de toute sorte jouent le principal rôle.

Mais il est venu un moment où la conception de la dégénérescence a débordé la médecine mentale et a été utilisée en criminologie (Lombroso et son école), et en critique littéraire (Max Nordau). Dès lors, le terme de dégénéré est devenu dans les combats entre petits cénacles d'écrivains la grenade que se jettent à la tète les deux camps ennemis. Si bien qu'actuellement le terme de dégénéré est devenu d'un emploi tellement généralisé qu'il a perdu la précision que Magnan lui donnait; aussi les aliénistes, ne reconnaissant plus leur enfant, protestent de toutes parts.

C'est M. Séglas {Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveuses) qui écrit : « L'étude de l'embryologie, de la pathologie, de l'hygiène même, pourra seule nous fournir des renseignements préliminaires sérieux, constatations absolument nécessaires avant de conclure à la dégénérescence, mot vague, d'une élasticité singulière ne faisant guère que cacher notre ignorance de bien des faits, hypothèses d'une utilité d'autant plus contestable qu'elle est devenue aujourd'hui plus mal définie et plus que

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jamais sujette à nne foule d'interprétations différentes. »»

C'est Gilbert Ballet, cet esprit si lucide dont ia psychiatrie regrette la perte prématurée, qui écrit : K Tout le monde à peu près est aujourd'hui d'accord pour reconnaître que certaioeï^ affections tenues pour des manifestations avérées de ia dégénérescence sont le résultat, soit de conditions accidentelles défectueuses des générateurs au moment de la conception, soit d'affections intra-utérines ou delà première enfance. D'où il résulte que le mot de dégénérescence, considéré au point de vue étiologique, a une signification vague et ytriable et que, loin d'apporter dans le langage la clarté qu'y répand un terme net et précis, il est de nature à jeter là confusion dans les esprits... Je me suis servi comme tout le monde du mot dégénérescence ; mais plus je vais et plus je me convainc que la raison qui lui a assuré le succès, c'est-à-dire le vague et par suite la commodité de sa signification est précisément ce qui doit le faire rejeter, w

C'est M. Toulouse {Les causes de la folicy 1896, p. 321) qui n'accepte le terme de dégénéré que comme une dénomination très extensive et très vague qui ne peut subsister qu'en s'appliquant à à l'ensemble des tares biologiques jusqu'à ce que « l'avenir,^ utilisant les documents déjà analysés et des documents encore non recherchés, les caractérisera plus stirement qu'bn a pu le faire et les divisera en types cliniques différents. »

C'est Grasset, le regretté neurologisle de Montpellier, qui, dans ses nombreux ouvrages, s'attache à atténuer ce qu'a d'excessif la doctrine de la dégéné-

rescence quand on l'ëtend incoasidérément. Avec la signifieation exagérée attribuée aux moîudres anomalies, il serait bien difficile, dit-il, de trouver xnk individu qu'on puisse affirmer exempt de tout stigniate de dégénérescence •>

Cependant les études sur la genèse des anomalies êl la tératologie en général venaient confirmer la distinction à faire entre les anomalies. Chacune d'elles peut avoir, selon les circonstances, telle ou telle signification. Il est impossible de généraliser. Telle est la conclusion qu'on peut tirer, au point de Tue qui nous occupe, dés études des tératologistes français Geoftroy- Saint -Hilaire, Dareste, Féré, M. Rabaud.

C'est à ce moment que Galton par ses études sur l'hérédité (y compris l'hérédité morbide) et par la publication de son ouvrage ffereditary Genius^ vint orienter les esprits dans une voie nouvelle. De ses études théoriques sur l'hérédité, il entreprit immédiatement de tirer les applications à l'amélioration de l'espèce humaine, et à sa suite un grand nombre de chercheurs tant en Angleterre qu'en Amérique, Pearson, Bateson, Davenport et autres, que nous avons eu occasion de citer au cours de ce volume, s'adonnèrent à ce but. Galton donna le nom d'Eugé-nique à cette nouvelle branche ^e recherches et définit l'Eugénique « l'étude des influences accessibles à l'action sociale qui peuvent amender ou améliorer les qualités de race des générations futures ». Après l'Angleterre et après l'Amérique, ces études furent poursuivies dans les autres pays et se sont asseï développées en quelques années pour que nous ayons pu assister successivement à la naissance

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d'une Société française d'Eugénique (1912), d'an Comité italien pour les études eugéniques (1913), d'une section d'Eugénique branche du Comité an* thropologique danois (1913), d'une Société d'Eugé" nique en Argentine (1916), d'une autre au Brésil (1918).

Un mouvement aussi actif ne pouvait manquer d'attirer l'attention des savants allemands. C'était au moment où l'Allemagne ambitionnait en tout la prééminence. Repoussant la dénomination d'origine anglaise, c'est sous le nom d'Hygiène des races « Rassenhygien », que l'Eugénique fut introduite en Allemagne. Lb. Deutsche Gesellschaft fur Rassenhygien devait ôtre la Société centrale d'une Internationale Gesellschaft fur Rassenhygien siégeant à Berlin et ayant des filiales dans tous les pays, France comprise ; des envoyés furent délégués dans les diverses capitales à cet effet. Le résultat né fut obtenu qu'en Suède où se fon^hsl^^^^^^ Sallskap for Rashygien.

Les travaux des Sociétés Sngéniques et des congrès internationaux eugéniques^ tendent à élargir la question de la lutte contre l'hérédité morbide C9 ne la limitant plus à la prophylaxie de la dégénérescence • Le but à poursuivre est défini dans les statuts de la Société française d'Eugénique, qui s'est donné pour fin « la recherche et l'application des connaissances utiles à la reproduction, à la conservation et à l'amélioration de l'espèce, et l'étude des questions d'hérédité et de sélection dans leur application à l'espèce humaine et des questions relatives à l'influence des milieux, de l'état économique, de la

1. Le premier s^est tenu à Londres en 1910. Le second devait avoir lieu en 1915 à San Francisco; il a été empêché par la guerre.

législation^ des mœurs sur la yaleur des générations successives et sur leurs aptitudes physiques, intellectuelles et morales ».

De ce vaste programme, nous n'avons à envisager» ici que ce qui a trait à la prévention des conséquences fâcheuses de l'hérédité morbide; c'en est du reste une partie importante.

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