CHAPITRE m
Hérédité morbide ancestraie (suite).
Application des lois de Galton-Naudin-Mendel aux maladies f&miliales. Eléments pertarbatenrs ; influence du sexe ; hérédité ma1,mr«ale. Maladies complexes en polyunitaires. Hérédité des caractères morbides dans leurs rapports àvtc les fluctuations. Prophylaxie des maladies familiales b^sée sur lêé lois de leur hérédité.
D. — Application des lois de Galton-Naudin-M eadel aux maladies familiales.
En ce qui concerne les maladies familiales^ la transmission de quelques-unes d'entre elles se fait intégralement selon la loi de Naudin-Mendel et selon la loi primitive de Galton ; elles se comportent à la façon de caractères mendéiiens, soit dominants^ soit récessifs. Pour d'autres, ces lois paraissent, au moins à première vue, ne pas s'appliquer ; des facteurs autres s'y ajoutent et troublent l'application stricte de la loi. Réservons pour plus tard ces cas plus complexes. Voyons d'abord ce qui se passe dans la transmission des premières.
Parmi les maladies familiales qui se comportent au point de vue héréditaire comme un caractère
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mendélien domitiatit. il faut citer la choi'ée de Hun* Hngtcm^ la kératodêftntie héréditaire des extrémités ou mat de Meledù (spéciale à certaine» familles origi-» naires de l'île de Méledaeti Daltnatie), la malformation deÊ extrémités en pince de homard {fig. 3), Vhypophalangie, deux phalanges au Heu de trois aux doigts et auK orteils, Vhéméralopie ou cécité noc^ tame que Truo a suivie pendant dix générations (24I37 sujets dont 1S4 atteints) dans la famille Nougaret^.
Parmi celles qui se comportent à la façon des caractères mendéliens récessifs figurent : Valbi-^ nisme^ la surdi^ntutité familiale ^ ISL^rétinite pigmentaire*
Cette liste, on le voit, est encore assez limitée, relativement au grand nombre des maladies fàmi* liales; cela tient en bonne partie aux difficultés d'observation dans l'espèce humaine. Tout d'abord, il est souvent impossible d'observer la transmission pendant plus d'une, deux, trois générations. Les familles s'éteignent rapidement^ car la tare dont elles sont atteintes écarte d'elles les épouseurs; parfois même, comme dans Vidiotie amaurotique familiale^ les Sujets malades meurent dès leur deuxième ou troisième année d'âge au plus, la
1. Ce très intéressant arbre généalogique est trop étendu pour pouvoir être reproduit ici. L'hérédité y est nettement tontinue ; tout sujet atteint avait un de ses père et mère atteint ; la maladie ne reparaît pas, la descendance des sujets sains s'ils ont épousé des sujets sains même consanguins. Sur 134 héméralopes de cette famille, deux seulement font exception à cette règle, l'hérédité ayant été pour les deux sujets discontinue pèùtia&t une génération pour l'un, pendant troiâ générations pour l'autre.
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famille ne peut donc se perpétuer bien longtemps. En outre, la postérité d'un même couple est restreinte dans l'espèce humaine, et il est impossible de vérifier, comme le faisait facilement Mendel sur les végétaux qu'il observait, si ht maladie reparaît chez les descendants dans des proportions numériques bien définies. Enfin il est encore d'autres causes d'erreur : les assertions erronées, quelquefois spu* tenues de bonne foi, l'adultère^, les erreurs de diagpostic, etc., sans parler pour le moment des éléments perturbateurs définis dont nous aurons à nous occuper plus loin.
Cependant, il est dans un certain nombre de cas possible de conclure. Ainsi l'arbre généalogique de la famille atteinte de malformations des extrémités en pince de homard (fig. 3) montre, d'une part, que l'hérédité est continue, d'autre part que dans les « fratries »^ issues d'un sujet malformé, la proportion des sujets atteints est en moyenne approximativement de 50 p. 100, ce /{ui est commandé par la loi de Hendel en ce qui concerne les caractères dominants.
En effet le caractère morbide M étant dominant et le caractère N étant récessif, la transmission de la maladie aux enfants issus d'un mariage d'un
1. On peut citer comme exemple de cette cause d^erreur le fait donné d'abord comme exemple valable de télégonie (hérédité par imprégnation par un premier mâle). Une femme brune avait eu de son second mari brun, des enfants roux ressemblant tout à fait t son premier mari. Ultérieurement on apprît qu'elle trompait son second mari avec le frère survivant du premier mari décédé.
2. On appelle ainsi, dans les études d'eugénique, l'ensemble des frères et sœurs nés d'un même couple.
sujet malade avec un sujet sûn, se fait d'après l'équatioii suivante :
MNxNN = 50p. 100 MN + 50 p. 100 NN,
Les enfants NN sont non seulement sains, mais complètement débarrassés du caractère morbide, et malgré les tares de leur ascendance, ils ne peuvent transmettre le mal à leur descendance. La maladie ne se transmet donc que selon le mode continu.
Donc quand on constatera qu'une nialadie se transmet exclusivement selon le mode continu, et que moitié environ des enfants des sujets malades héritent de la maladie, on peut conclure que la maladie se transmet à la façon d'un caractère mendélien dominant.
Le caractère mort)ide étant, en cas de dominance, toujours patent et jamais latent, on comprend que les familles morbides s'éteignent rapidement pour peu que le mal soit assez grave pour entraver l'existence ou simplement assez disgracieux pour empêcher les unions. On comprend par suite que les maladies « mendéliennes dominantes » soient le plus souvent des malformations ou des particularités physiologiques compatibles avec une existence normale bien plus que des maladies réelles; on peut s'en rendre compte d'après la liste ci-des8us«
Il en est tout autrement des maladies « mendéliennes récessives ». Celles-ci, \ la façon des caractères mendéliens récessifs, sont latentes chez les sujets hybrides (M) N. Ces sujets ne diffèrent en rien en apparence des sujets normaux NN. La
maladie n'apparattra que dans l'union Ttin avec l'autre de sujets (M) N, selon la formule
(M)NX(M) Nîm85 MM + 50 (M)N + 25 NN.
Seuls les sujets MM présenteront la maladie. Dans leg « fratried » attelâtes, la maladie s'obsenrera dono Sur un quart des sujets seulement. Mais ou comprend combien il est exceptionnel d'obsenrar dés fratries assez riches en sujets pour que cette proportion de 25 p. 100 se trouve exacte avec une chance suffisante d'approximation. Mais si, au lieu de recharchei' le nombre d'enfants atteints parmi les entants d'un seul couple, on totalise les enfants sains et les enfants malades d'un très grand nombre de couples dont un ou plusieurs enfants sont atteints de la maladie considérée, on peut alors voir si la loi se vérifie ^ J'ai fait ce travail pour
1. Il faut toutefois faire attention que lorsqu'on procède «tinsi» le chtfn*e théorique n*est pas âS p. 100, mais un chiiîre plus fèrt, et $*éôanant d» SS d'autant plus que le nombre d'ettfAnts issu du couple est moins grand. En effet, pour chacun des enfants issu d'un couple (M)Nx(M)N, il y a bien 25 chances sur iH d'être atteint de la maladie M. Mais quand l'ensemble d^s enfants issus du couple ne oontii&nt duoun sujet malade, la fratrie n'est plus comptée dans la statistique, puisque rien ne permet de la distinguer des fratries normales. En cas de 1 seul enfant, U n'y a que 2 alternatives : p. 100, ou 100 p. 100. Cette dernière a seulement 1 chance sur 4 d'apparaître, mais pourtant dans la statistique, la première alternative disparaît, et la seconde apparaît seule, donc 100 fois sur 100.
Dans les fratries de 2 sujets, il y a 3 chances sur 4 pour que le premier frèrd (Ou sœur) sôit sain, 3 chances sur 4 aussi pour que le second le soit, soit 3x3 chances sur 4x4, ou 9 sur 16 pour qu'aucun ne soit atteint; de même il y a 1x1 ôhance sur 4X4, ou 1 sur 10 pour que les deux sjujetB soit malades; et 6 sur 16 pour qu'un seul soit malade. Efn somme 9 fratries sur 16 échappent à notre observation; restent 7 fratrieâ de 2 enfants (14 enfants) sur lesquelles 1 doit contenir
HÉRÉDITÉ HORBIDE ANCESTRALE 43
I*iidbmisme fatun&in grâce aux 691 arbres génëalogi*^ giques réunis par MM. Pear^on^ NetU^Up «t CJsher dans leur monographie Albinism in man.
D^une façon générale, les ehiifres observés ont été très voisins des chiffres théoriques. Voici ces chiffires : 160, 68, 61, 40, S6, 85, 32, 31, 25, 88, 29, îft, 1W. Ito permettent de oonclure que l'Àlbinieme fattmeia obéit à hi loi de Mendel à le fttçon des ettractèree réeeseifs. Il aurait du reste été étonnent q&*îl en fût autrement, alors qu'en a vérifié main^ tes fois que faibinisme des petits animaux (sosris, rats^ lapias) et celui des végétaux (variétés à Aeurs blanches) est toujours un caractère féoéssif.
Un autre caractère qui permet de reoonnattre les maladiesfamiliales humaines récessives est le rôle néfaste des unit^m c&fuûnguvueÈ pour leur production. Il y a longtemps que les unions consanguines sont eonsidérées comme ayant une influence capttaie dans Tapparition de l'albinisme, de la sutdi* mutité familiale, de la rétinite pigmentaire. On comprend en effet que la chance pour que les deux conjoints portent tous deux de façon latente le fàc*^ tour morbide, ce qui est nécessaire à Tapparition do mal, est beaucoup plus grande quand ils sont issus d'une même souche*
On voit combien la prophylaxie de la maladie
t malades, et les 6 autres 1 malade ; la proportion que nous devons trouver pour les fratries de deux sujets est donc I malades sur 14 enfents, soit S7 p. 100 au lieu de âS p. 100. Ëfi coaiinuaût ainsi on trouva pour leis Oratriss ds S, 4, S, 6, 7^ 8, 9, 10, 11, 12, 13 enfants les «biffree de 43, 36» d3» 30» 28.8> 27.7, 27, 26.4, 26, 25.7, 25.5 qui tendent ù se rapprocher de 25 sans jamais Tatteindre.
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sera différente, selon que le c^Lracière morbide est dominant ou est récessif,
E. — Éléments perturbateurs. Influence du sexe.
Hérédité matriarcale.
Nous avons dit qu'un grand nombre de maladies familiales ne paraissaient pas suivre intégralement dans leur transmission les lois de HendeL Cependant, beaucoup ont pu y être ramenées quand on s'est rendu compte que les proportions mendélionnes se trouvaient modifiées par la juxtaposition d'un second facteur agissant également sur l'hérédité. Quand on peut fixer exactement l'action de cet élément perturbateur surajouté, on voit que, compte tenu de son effet, les règles mendéliennes restent applicables*
Parmi les facteurs perturbateurs les plus étudiés, le sexe est celui qui joue le rôle le plus intéressant. Nous avons indiqué comment il manifeste son action dans le cas de Y atrophie essentielle héréditaire du nerf optique. Elle est plus évidente encore dans les cas i*hypospadias familial] Thypospadias est une malformation fissurale de la verge et du scrotum qui, naturellement, n'existe pas dans le sexe féminin. On comprend que les maladies et les mal-^ formations qui ne peuvent exister que sur un sexe peuvent paraître suivre l'hérédité discontinue, alors qu'en réalité elle est continue. En les supposant dominantes, c'est uniquement sur le sexe atteint qu'il faudrait rechercher la proportion raendélienne de 50 p. 100. Sans quoi, on trouverait 25 p. 100 et on conclurait de façon erronée à une maladie récessive.
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Bien plus curieuse encore est riufluence du sexe dans ce que j'ai appelé les maUidies familiales à hérédité matriarcale^. Ce mode d'hérédité morbide est identique au mode d'hérédité des fortunes chez les peuples et les tribus soumis au régime social connu en ethnologie sous le nom de matriarcat. Dans ce régime la filiation paternelle n'existe pas ; seule est reconnue la parenté par les mères; on n'hérite pas du père, ni des oncles paternels, mais seulement de la mère et des oncles maternels ; un homme ne transmet pas son bien à ses fils, mais à ses frères, et aux fils de ses sœurs. Ce régime est évidemment une surrivance de la promiscuité primi* tiye, période pendant laquelle tous les hommes de la tribu avaient des droits sur toutes les femmes de cette tribu. La filiation paternelle restait alors toujours contestable. Le matriarcat existe encore de nos jours dans l'Xssam, chez certaines tribus du sud de l'Inde, chez les Achantis, chez les Cafres^. Il a existé à Athènes jusqu'au temps de Cécrops, et on en trouve des vestiges non douteux dans les mœurs de l'antique Egypte. Eh bien, un certain nombre de maladies familiales se transmettent dans les familles absolument sur le même mode que la fortune dans les tribus soumises au régime du matriarcaté Telles sont Vhémophiliej la nétfrite
i. Plate, en 1911, dans les Arekit> fur Rouen und GestlUekaft' biologie, a démarqué Théréditô matriarcale en la décrivant sons le nom d*« hérédité gynéphore ». C'est en 1907, dans mon Traité des m<iladies familiales, que j*ai décrit Thérédité matriarcale. Plate n*a rien ajouté à cette description, qu'un nom nouveau.
2. Gustave Le Bon, les Premières Civilisations, 1889, Flammarion, éditeur.
4(5 L'aÉBÉlHTé HOBBIDE
optiqu* héréditnre, les estosloies ottétgéiufmt. Dans ces loalsdlM, les hammw seuls sont malades,
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