IV PRÉFACE DE LA CINQUIÈME ÉDITION
sont identiques et les cellules somatiques qui se multiplient, meurent, se succèdent eu nombre illimité durant la vie de l'individu.
Telle est dans ses grands traits la théorie de la « continuité du plasma germinatif ». Le fait essentiel, c'est que dès qu'un nouvel être se développe, une partie de ce plasma est mis en réserve pour la formation de ses éléments reproducteurs. C'est cette substance, en continuité avec elle-même à travers les générations, toujours identique à elle-même, qui est la base de l'hérédité. On trouvera dans Weismann et les auteurs spéciaux les faits d'observation embryologique qui montrent que, dans l'œuf de certains insectes, on a pu constater que les premières cellules sexuelles qui représentent la génération future -^-ie forment avant l'embryon, c'est-à-dire la génération présente. « L'hérédité se produit donc parce qu'un tissu d'une constitution chimique et surtout moléculaire déterminée se transmet d'une génération à une autre », et elle se « ramène ainsi à la croissance et au phénomène fondamental de toute existence, l'assimilation ».
On ne peut nier qu'il ait été fait un grand abus de l'hypothèse des modifications acquises, fixées par l'hérédité, à laquelle on attribue un rôle souverain. Aussi Weismann n'a pas de peine à produire des faits nombreux qui la combattent : la circoncision chez les juifs et les musulmans, la perforation des lèvres et l'extraction des incisives chez plusieurs peuples sauvages, la section de la queue chez beaucoup d'animaux domestiques, etc. Ces opérations qu'il faut répéter à chaque génération, quoiqu'elles soient en pratique depuis des siècles, prouvent nettement qu'il y a des modifications
PRÉFACE DE LA CINQUIÈME ÉDITION v
acquises qui ne, se fixent pas. 11 est bien moins à son aise pour discuter la transmission des maladies nerveuses et mentales et ne paraît guère s'en tirer que par des distinctions souvent subtiles. « Il ne peut rien se produire dans un organisme qui n'ait préexisté chez lui à l'état de disposition, car toute qualité « acquise » n'est qu'une réaction de l'organisme contre une excitation déterminée : les caractères acquis ne sont par suite que des variations locales ou générales provoquées par les influences extérieures » {ouv. cité, p. 167). 11 admet donc que les « prédispositions » sont transmissibles; ce qui nous paraît ouvrir de nouveau la porte à l'hérédité.
Quoique la théorie de Weismann soit pour le moment en faveur marquée pj rmi les naturahstcs (les médecins lui sont plutôt hostiles), les critiques se sont déjà produites et plus d'un effort a été tenté pour l'ébranler. Dans une conférence faite à l'Association britannique, Turner a produit des faits qui montrent que la séparation des cellules reproductives et des cellules somatiques n'est pas absolue, chez des animaux comme les hydrozoaires, et dans beaucoup de végétaux. Un petit fragment de feuille de Bégonia, le tubercule de la pomme de terre peuvent reproduire l'être tout entier; il faut donc admettre que le plasma germinalif n'est pas situé dans un réceptacle bien déterminé et isolé du reste de l'organisme. De plus, pour s'en tenir à l'homme, « si Ion aditiet que toutes les races humaines dérivent d'ancêlres communs par la continuité du plasma germinatif et que ce plasma n'a subi aucune modification de la part de l'organisme dans la longue suite d'individus qui l'ont transmis, il laut admettre qu'il était doué d'une extraordinaire
RiuoT. — Hérédité. t