‹ L'hérédité psychologiqueChapitre 17 sur 114 · Darwin, Descendance de l'homme , I · texte numérisé non relu

Darwin, Descendance de l'homme , I

48 LES FAITS

tique. Évidemment , c’est là une qualité acquise , accumulée et fixée par l’hérédité.

On a souvent noté, d’après le voyageur Pallas, la perfection étonnante des sens chez les Mongoliens des plaines du Nord : ils pouvaient voir à l’œil nu les satellites de Jupiter.

Il est presque inutile de faire remarquer que l’hérédité régit toujours la vision sous sa forme spécifique et que le doute n’était possible que pour les variétés individuelles. Ainsi, toutes les espèces animales, depuis l’aigle jusqu’à la chouette, depuis le ver avec ses points oculaires jusqu’à l’araignée avec ses yeux à facettes, ont un appareil visuel d’une structure, d’une puissance optique qui leur est propre, et que l’hérédité conserve et transmet comme tous les autres caractères spécifiques.

De I’o-ïYe.

Sans avoir l’importance scientifique et esthétique de la vue, l’ouïe est encore l’un de nos principaux sens. Il sert de base à une science, l’acoustique, à un art, la musique; enfin, ce qui est encore plus important, il rend possible le langage articulé, la parole, et par suite la pensée réfléchie. Supprimez l’ouïe, vous supprimez la parole; supprimez la parole et vous supprimez la pensée, avec tout ce qui en résulte.

L’ouïe peut avoir, comme la vue, son hyperesthésie, son anesthésie partielle et son anesthésie totale, la surdité. Nous avons vu qu’il y a des yeux qui ne peuvent distinguer certaines couleurs ; de même, il y a des oreilles qui ne peuvent percevoir certains sons. Wollaston a vu

des individus insensibles à tous les sons placés au-dessus et au-dessous de l’échelle diatonique.

La surdi-mutité congénitale a, sur le développement de l’intelligence, une influence dont les effets funestes sont bien connus et auxquels l’emploi des signes artificiels peut seul remédier. Si cette infirmité est transmissible, on peut dire que par elle l’hérédité pénètre dans ce que l’intelligence a de plus essentiel. Mais cette forme de l’hérédité a été contestée.

Le docteur Ménière, dans un travail spécial sur la question, tout en reconnaissant qu’on a pu constater un certain nombre de fois l’hérédité directe et immédiate de la surdi-mutité, ajoute : « On doit dire cependant que ces faits constituent une rare exception, et qu’habituellement les sourds-muets mariés à des sourdes-muettes ont des enfants qui entendent et qui parlent. Gela est vrai à plus forte raison quand le mariage est mixte, c’est-à-dire quand un des époux seul est sourd-muet; et cependant, même dans cette occurrence, il y a des exemples d’hérédité bien avérés l. » Darwin dit de même : « Lorsqu’un sourd-muet de l’un ou de l’autre sexe se marie avec une personne saine, il est rare que les enfants présentent l’infirmité. En Irlande, sur 203 enfants dont les parents étaient dans ce cas, un seul se trouvait muet. Et même, dans les cas de surdi-mutité chez les deux parents, sur 41 mariages dans les États-Unis et 6 en Irlande, il ne naquit que deux enfants sourds-muets2. M. Sedgwick, qui, en Angleterre, a longuement étudié la question d’hérédité, commentant ce fait, croit pouvoir attribuer la non-transmission de la surdimutité en ligne directe « à ce que son excès même renverse l’action de quelque loi naturelle de développement. »

1. Recherches sur l’origine de la surdi-mutité , par le docteur Manière

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