‹ L'hérédité psychologiqueChapitre 40 sur 114 · Prescott, Règne de Philippe II, t. I, ch. ix · texte numérisé non relu

Prescott, Règne de Philippe II, t. I, ch. ix

de l’ambassadeur impérial à Madrid !, est un prince très petit de taille ; sa figure est laide et désagréable. Il est de complexion mélancolique. Il ne prend aucun goût ni à l’étude ni aux exercices virils. Il parle avec difficulté et lenteur, et ses paroles manquent de suite. « Sa voix est fine et fluette; il éprouve de la gêne quand il commence à parler, et les mots sortent difficilement de sa bouche. Il prononce mal les r et les l. » On lui coupa les filets à vingt-un ans. Peu porté vers les femmes, il fut gourmand comme son aïeul. Dans sa prison, il se tua par excès du manger. 11 se mit à un régime composé de pâté de perdrix, de croûte de pâtés, de mets épicés, avec de la glace pour boisson. Ces excès de table commencèrent d’ailleurs de très bonne heure. « Il mange tant et avec tant d’avidité que ce n’est pas à dire, écrit l’ambassadeur impérial, et à peine il a fini qu’il est prêt à recommencer. »

Si l’on fait remarquer maintenant que, dans le rapprochement qui précède, nous avons omis les traits de violence de don Carlos, nous répondrons que ceux-là mêmes nous inclinons à les considérer comme héréditaires. Tout jeune, il mordait et mangeait le sein de sa nourrice; il y en eut jusqu’à trois à qui il fit des morsures telles qu’elles manquèrent de mourir. Sa courte vie est pleine de traits cruels : il bat ses gens, fait manger une paire de bottes à un cordonnier malhabile, veut brûler une maison parce qu’une goutte d’eau lui est tombée sur la tète. Plus tard, dans sa prison, il couvrait d’une mare d’eau le plancher de sa chambre, s’y promenait une partie du jour nu-pieds, à peine vêtu, sur le parquet glacé. Il se faisait la nuit apporter plusieurs fois de suite dans son lit une bassinoire rempli de glace et de neige, qu’il y gardait durant des heures. (Prescott, YII, 2.)

i. Dans Gachard et Prescott, t. IV.

l’ii crédité dans l’histoire

Tous ces actes et beaucoup d’autres sont d’un caractère dérangé. Et si l’on veut bien se rappeler que Gharles- Quint eut pour mère Jeanne la Folle, reine de Castille, on verra dans les traits de folie de don Carlos de nouvelles preuves de l’hérédité en retour. Au reste, cette remarque fut faite dès cette époque par les ambassadeurs vénitiens déjà cités. « Il a souffert pendant trois ans presque sans nterruption de la fièvre quarte avec aliénation d’esprit parfois : accident d’autant plus notable chez lui qu’il paraît en avoir hérité de son grand-père et de sa bisaïeule. »

Nous compléterons ce rapprochement par le résumé d'un article dû à l’un des aliénistes les plus connus de l’Angleterre, Ireland : Histoire de la névrose héréditaire de la maison royale d'Espagne. Cette étude embrasse une période de 350 ans, comprenant huit générations. L'auteur part de Jean II de Castille, mariée à Isabelle de Portugal (1449); son règne ne fut « qu’une longue minorité » (Prescott) ; sa femme fut folle pendant plusieurs années. Elle eut pour fille Isabelle la Catholique. Celle-ci et son mari Ferdinand ne présentent rien d’anormal. Le caractère de leur fille Jeanne la Folle est minutieusement étudié par l’auteur. Contrairement à la thèse soutenue par Bergenroth d’après les archives de Simancas ’, Ireland maintient la folie de

1. D’après des travaux récents, la séquestration de Jeanne aurait été due en grande partie à des raisons politiques ; mais on n’en admet pas moins que si sa folie a été exagérée, — elle eut au moins une humeur fantasque, une sensibilité maladive. Elle était sujette à « d’affreuses hallucinations ». — Malade, tremblant de la fièvre et noué par la goutte, il (Charles-Quint) n’en ira pas moins traîoaut ses os d’un pôle à l’autre, inquiétant la terre entière de son inquiétude, jusqu’à ce qu’une maladie de la fortune qui le ballotte, un vigoureux coup de raquette, comme elle en donne dans ses jeux, relance cet homme si sage, au couvent de Saint-Just, à la mélancolie de Jeanne la Folle et de Charles le Téméraire. (Michelet, Histoire de France , t. VII.)

Ribot — Hérédité.

Jeanne. Son fils Cliarles-Quint justifie l’adage que « la folie et le génie sont parents. »

Le frère de Charles, Ferdinand, fondateur de la maison d’Autriche, a pour fils Maximilien, qui eut deux enfants ayant une tendance aux névroses, Rodolphe II et Ernest, etc., etc.

Revenons à la maison d’Espagne proprement dite . Cliarles-Quint nous ramène à Philippe II, à don Carlos, « que son père appelait fou et traitait comme criminel. » De son quatrième mariage, Philippe II a son successeur Philippe III, « tyran bigot et indolent. »Puis vient Philippe IV, dont le plus jeune fils, Charles II, infirme, épileptique, ne s’occupait qu’à jouer avec des nains, à suivre les processions, à réciter des Pater et des Ave. C’est la fin de la race (17U0), qui, après avoir passé par divers degrés d’épilepsie, d’hypocondrie, de mélancolie et de manie, se termine dans l’imbécillité 4. »

En Angleterre, laissons les familles royales pour ne nous occuper que des hommes d’Etat. Nous citerons les familles bien connues des Walpole, des Pitt, des Fox, des Grenville, des Temple, des Peel, etc.

Cromwell. La descendance directe est médiocre (nous en parlerons ailleurs); mais Galton le rapproche de deux collatéraux, le patriote Hampden, fils d’un oncle, et le poète Edmond Waller, neveu d’Hampden.

Walpole, sir Robert, premier ministre en 1721-42.

Son père , sir Edward, membre distingué du Parlement sous Charles II.

Son frère, Horace, diplomate de grand mérite.

Deux fils : Edward, administrateur; Horace, littérateur.

Fox, Charles, le rival de Pitt.

Son grand-père , homme d’Etat.

Son père , créé lord Holland, secrétaire de la guerre.

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