‹ L'hérédité psychologiqueChapitre 66 sur 114 · LOI DK L’HÉRÉDITÉ EN RETOUR OU ATAVISME · texte numérisé non relu

LOI DK L’HÉRÉDITÉ EN RETOUR OU ATAVISME

Toutes les fois que l’enfant, au lieu de ressembler à ses parents immédiats, ressemble à l’un de ses grands-parents, ou à quelque ancêtre encore plus reculé, ou à quelque membre éloigné d’une branche collatérale de la famille, — ce qui doit être attribué à ce que ses membres descendent d’un ancêtre commun à tous, — on dit que c’est un fait d 'atavisme. Lucas l’appelle hérédité en retour. Les expressions anglaises de reversion ou throwing-back , les termes allemands Riickschlag et Rückschritt traduisent sous des formes diverses la même idée.

Ce fait était connu de l’antiquité : Aristote, Galien, Pline en parlent. Plutarque raconte qu’une femme grecque ayant mis au jour un enfant noir, et étant appelée en justice pour adultère, il se trouva qu’elle était en la quatrième ligne descendue d’un Ethiopien. Montaigne s’en émerveille : « Quel monstre est-ce que cette goutte de semence de quoy nous sommes produicts, porte en soy les impressions non de la forme corporelle seulement, mais des pensements et inclinations de nos pères? Cette goutte d’eau, où loge-t-elle ce nombre inüny de formes? et comme porte- t-elle ses ressemblances d’un progrez si téméraire et si desréglé que l'arrière-petit-fils respondra à son bisaïeul, le nepveu à l’oncle ? »

On a déjà trouvé dans la première partie de ce travail un grand nombre de cas d’atavisme; il suffira de s’en tenir ici à quelques faits curieux, propres à nous faire saisir la marche de l’hérédité.

LES LOIS DE L’HÉRÉDITÉ

Le phénomène du retour est très fréquent dans les races végétales et animales. On en trouvera un grand nombre d’exemples dans l’ouvrage de Darwin sur la variation des animaux et des plantes (t. II, ch. XIII).

Pour nous en tenir aux animaux, Girou de Buzareingues a raconté longuement l’histoire d’une famille de chiens croisés de braque et d’épagneul ; la voici en quelques mots. A la première génération, le produit est un épagneul; croisé avec un braque pur, il en résulte un métis mâle qui a tous les caractères extérieurs du braque ; mais si on l’accouple avec une femelle de braque pur, on obtient des épagneuls, et, si on le marie avec une épagneule, on obtient des braques présentant les caractères des braques purs. C’est donc par des phénomènes d’hérédité alternante et d’atavisme, que se révèle tour à tour et d’une génération à l’autre la nature mixte du métis.

Des faits de même nature se rencontrent dans beaucoup d’autres races domestiques. P. Lucas rapporte qu’une jument métisse d’arabe ne trahissait en aucune façon sa noble origine : croisée avec un cheval de race inférieure, elle a donné un produit remarquable par sa ressemblance avec ses ancêtres maternels. Souvent, cest le contraire qui a lieu, et dans des races améliorées par le croisement, les éleveurs voient souvent reparaître, après une assez longue période, des échantillons du type inférieur. Chez le ver à soie, l’atavisme se présente après plus de cent générations.

D’après l’expérience des éleveurs, il faut en moyenne de six à huit générations pour fixer un caractère et être garanti contre les chances d’hérédité en retour.

Il y a chez les animaux croisés (et ceci tient directement à notre sujet) une tendance à recouvrer les instincts aussi bien que les autres caractères perdus. « Certaines races Ribot. — Hérédité. 13

LES LOIS

de poules, dit Darwin, ont perdu tout instinct d’incubation, au point qu’on a cru devoir, dans les ouvrages spéciaux, consigner les rares cas où l’on a vu pondre des poules de ces races. Cependant l’espèce originelle était nécessairement bonne couveuse, car, dansl’état de nature, il est peu d’instincts plus énergiquement développés que celui-là. Or, on a enregistré tant de cas de poules issues du croisement de deux races l’une et l’autre incapables d’incubation et devenues des couveuses de premier ordre, qu’il faut attribuer la réapparition de cet instinct perdu à un retour par croisement. Un auteur va même jusqu’à dire qu’un croisement entre deux variétés non couveuses donne presque invariablement un oiseau capable de couver. »

« Les parents de tous nos animaux domestiques devaient évidemment avoir à l’origine un naturel sauvage ; or, quand on croise une espèce domestique avec une autre espèce domestique ou simplement apprivoisée, les hybrides sont souvent fort sauvages, — fait qui n’est compréhensible que si l’on admet que le croisement a dù causer un retour partiel à la disposition primitive *. »

Chez l’homme, c’est un fait vulgaire que certaines affections, telles que le rhumatisme et surtout la goutte, vont du grand-père au petit-fils. Dans les galeries de portraits des anciennes familles et dans les bronzes monumentaux des églises voisines , on voit souvent des types de figures qui se répètent encore de temps en temps dans les membres de ces familles 2.

Il est fréquent de rencontrer chez les enfants le nez ou

5. Accouplement du faisan apprivoisé avec la poule, du cauard sau ■ vage domestiqué avec la cane, du sanglier apprivoisé avec le porc, etc. Pour les détails, voir Darwin, Variation, t. II, p. 46-48. Dans l’ordre purement physiologique, ces cas d’hérédité en retour sont fréquents.

Page 1