L’HÉRÉDITÉ DES INSTINCTS
une combinaison d’impressions est suivie d’une combinaison de contractions »
Le point embarrassant, c’est qu’il n’est guère possible de refuser à ces réflexes composés certains caractères qui les rapprochent des phénomènes purement psychiques. La parfaite appropriation des moyens que l’animal emploie pour atteindre un but déterminé — et, dans certains cas, un but lointain, dont il n’a eu et n’aura jamais la perception actuelle — nous apparaît comme le résultat d’une activité mentale. Les insectes qui déposent près de leur œuf des aliments d’une certaine nature, propres à nourrir une larve qui ne naîtra qu’après leur mort, nous semblent doués de prévision. A tort ou à raison, nous trouvons quelque analogie entre leur conduite et celle que nous tiendrions en pareille circonstance, entre leurs actes et certains autres que nous ne pouvons exécuter qu’avec conscience. Ainsi l’instinct nous apparaît, d’une part comme le résultat d’une activité psychique, et d’autre part comme le résultat d’un parfait automatisme, d’un pur mécanisme qui exclut toute conscience.
Je crois que cette difficulté serait un peu simplifiée si l’on consentait à prendre les états de conscience pour ce qu’ils sont, pour un simple accompagnement de certains processus nerveux. Si l’on considère la conscience comme une essence, comme la propriété fondamentale de « l’àme, » tout devient obscur ; si on la considère comme un phénomène qui a ses conditions d’existence propres, tout s’éclaircit. L état de conscience est en réalité un événement complexe qui suppose un état particulier du système ner-
1. Herbert Spencer, Principes de psychologie, t. I, p. 4G2 et suiv. Noua ferons remarquer que le réflexe simple, tel qu’il est défini dans les traités de physiologie, est, à proprement parler, une conception purement schématique : il n’existe en réalité que des associations plus ou moins com pliquées de réflexes.
Ribot. — Hérédité. 2
LES FAITS
veux; cette action nerveuse n’est pas un accessoire, mais une partie intégrante de l’événement; il en est la base, la condition fondamentale; dès qu’il se produit, l’événement existe en lui-même; dès que la conscience s’y ajoute, l’événement existe pour lui-même : la conscience le complète, l’achève, mais ne le constitue pas.
Cette hypothèse admise, cherchons comment la nature de l’instinct peut se concevoir.
11 y a d’abord un état initial qui consiste en une perception visuelle, olfactive, auditive, en une sensation viscérale ou organique. Les sensations de ce dernier ordre doivent jouer le rôle principal pour les instincts relatifs à la génération, à la nidification, au soin des petits : chez les invertébrés, on en est réduit, à cet égard, aux conjectures ; mais les modifications psychiques qui se produisent chez les vertébrés pendant la saison des amours permettent de conclure à des modifications analogues au moins chez les insectes. Cet état initial doit être accompagné de conscience, n’est possible que par elle : il est, au sens strict, d’une nature psychique.
Considérons maintenant les instincts dans leur dernier terme : dans les actes, les résultats auxquels ils aboutissent. Ici encore, il est difficile de ne pas admettre un état de conscience , surtout dans les cas où l’activité de l’animal doit parcourir plusieurs phases dont chacune n’est qu’une étape vers le résultat final.
Restent les états intermédiaires entre la sensation initiale et l’acte final, c’est-à-dire ce mécanisme d’une complexité souvent extraordinaire qui constitue proprement l’instinct et qui est d’une nature si énigmatique. J’incline à croire que le plus souvent, dans ces cas typiques où l’organisation est parfaite, il n’y a aucune conscience. Cette asser tion paraîtra moins surprenante, si l’on se rap-