‹ L'hérédité psychologiqueChapitre 85 sur 114 · Voir 3° partie, chap. III · texte numérisé non relu

Voir 3° partie, chap. III

LES LOIS

bre chez les végétaux et les animaux. L’un des plus connus, c’est le rapport entre le développement des organes delà génération et celui de la voix, du tissu musculaire et du tissu adipeux, du système nerveux central et des états psychiques qui en dépendent. La « loi de balancement organique » ou de « compensation de développement » n’est qu’un cas particulier de cette loi générale d’adaptation corrélative : elle consiste en ce qu’un système d’organes se développe aux dépens d’un autre.

En psychologie, tout se passe de même : on n’en peut guère douter. Du moins l’expérience semble nous montrer que le développement de certaines facultés entraîne comme conséquence le développement ou l’atrophie de certaines autres. Mais en l’absence d’une bonne étude sur ce point, de faits bien constatés, bien interprétés, bien vérifiés, de connexions bien établies, on en est réduit à une impression vague.

Cette loi d’adaptation corrélative, si on 1a. considère non plus seulement dans l’individu, mais dans l’espèce, d’une génération cà l’autre, paraît rendre compte d’exceptions partielles à l’hérédité.

« J’ai observé plusieurs fois, m’écrit un médecin, que des enfants très peu sensuels sont issus do parents très débauchés. Chez les filles, il y avait quelquefois un état maladif des organes génitaux qui expliquait ce fait. Dans d’autres cas, il semblait que les parents eussent transmis non l’ardeur sensuelle elle-même, mais l’atonie qui succède aux excès prolongés.

« Très souvent, à un père très intelligent, ayant mené une vie trop laborieuse, succède également un fils de facultés débiles, de forces mentales en quelque sorte épuisées.

« Ce fait certain du balancement réciproque des forces

qui fait que, lorsqu’une faculté est développée outre mesure, inévitablement une ou plusieurs autres facultés sont diminuées, peut servir à expliquer bien des cas. Soit un père ayant trois traits dominants de caractère A, B, G. Si A est transmis avec exagération, nécessairement B ou G, ou B et G ne seront transmis qu’avec diminution. Un père ayant beaucoup de santé et d’intelligence donne-t-il naissance à un fils plus intelligent que lui, il y a tout à parier que la santé des fils ne sera pas aussi forte que celle du père. »

Il faut donc en revenir à notre point de départ. L'hérédité, c'est la loi. Ge n’est pas là une conception à priori , pas plus que l’axiome : Le semblable produit le semblable. C’est le résultat accumulé et généralisé d’une masse innombrable d’expériences. Les faits nous montrent qu’entre le partus et le parens il n’y a jamais que des différences individuelles, et que l’immense majorité des caractères est toujours héritée. Aussi, selon le point de vue où l’on se place, il est également vrai de dire que la loi d’hérédité se réalise toujours et qu’elle ne se réalise jamais. L’hérédité de la plus grande partie des caractères a toujours lieu; mais l’hérédité de la totalité des caractères n’a jamais lieu. Eu sorte que l’hérédité, tout en étant la loi, est toujours dans l’exception. Mais il n’y a rien à arguer de là : car c’est une nécessité logique que, là où les conditions d’une loi ne se réalisent pas complètement, la loi ne puisse atteindre son idéal.

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