HÉRÉDITÉ PATERNELLE, HÉRÉDITÉ MATERNELLE, HÉRÉDITÉ MIXTE
- Nous avons vu, par ce qui précède, que l’hérédité syphilitique reconnait une triple provenance :
Elle peut dériver du père, exclusivement ;
Elle peut dériver de la mère, exelusivement ;
Elle peut dériver des deux géniteurs.
Or, cela posé, il va être curieux pour nous maintenant de mettre en parallèle ces trois hérédités, pour les étudier à divers points de vue.
Déjà nous sommes renseignés sur leur degré de fréquence relative, et nous savons positivement ceci : Que la plus commune, et de beaucoup, est l'hérédité paternelle ; — et que la moins commune des trois, à une très longue distance, est l’hérédité maternelle exclusive.
Mais un point d'importance bien supérieure réclame notre attention tout aussitôt; et celui-ci, tout naturellement, a trait aux dangers que comportent ces trois hérédités. Sont-elles également nocives quant à leurs résultats ? Ou bien, si elles le sont à des degrés différents, à quels degrés relatifs le sont-elles? Et laquelle, en définitive, est la plus pernicieuse, la plus redoutable ?
Eh bien, l'observation clinique nous à éclairés sur ces derniers points ; et deux propositions, que je puis bien énoncer à l'avance, quitte à les justifier par ce qui va suivre, résument l’ensemble de nos connaissances sur le sujet. Les voici :
1° L'hérédité maternelle est infiniment plus nocive que l'hérédité paternelle ;
2° L'heérédité mixte (celle qui dérive des deux conjoints) est plus nocive que telle ou telle des deux autres hérédités s'exercant séparément, s'exercant d'une facon exclusive.
De cela voici maintenant la démonstration.
1° L'hérédité maternelle, ai-je dit, est infiniment plus nocive que l’'hérédité paternelle.
Et, en vérité, comment pourrait-il en être autrement? À priori, ce résultat s'impose. L’influence du père, en effet, n’est et ne peut être qu'une influence héréditaire, au sens strict du mot, c’est-à-dire une influence de fécondation ; tandis que celle de la mère, c’est d’abord, au même tre que pour le père, une influence d’hérédité, mais c’est aussi une influence de nutrition, de développement. C'est une influence qui s'exerce et se continue pendant toute la grossesse, puisque l'enfant vit et se nourrit de sa mère pendant neuf mois, landis que celle du père cesse aussitôt après la fécondation.
Il est donc évident, de ce chef seul, que les altérations de la santé maternelle doivent retentür sur
le fœtus. Peut-être encore n'est-il pas impossible que cette condition spéciale ne renforce in utero l'intoxication héréditaire du fœtus et ne laggrave.
Voilà ce que préjuge le bon sens et ce que confirme de tous points la clinique.
En tout cas, pour une raison ou pour une autre, les résultats de l'hérédité maternelle peuvent être dits désastreux, comme vous allez le voir.
Que nous ne soyons pas autorisés quant à présent a en juger en dernier ressort, étant donné le petit nombre de cas où il nous a été permis de l’apprécier exactement jusqu'à ce jour, je n’en disconviens pas. Mais ce que nous en savons, ce que nous en connaissons suffit bien d'ores et déjà à nous montrer le haut degré de nocivité, de perniciosité même, oserai-je dire, que comporte cette hérédité maternelle.
Laissez-moi, en effet, vous rappeler sommairement les résultats que m'ont fournis à ce sujet les treize cas bien authentiques (recueillis dans ma chentèle de ville) dont j'ai déjà eu l’occasion de vous parler précédemment.
De treize ménages, où la femme seule était syphilitique (le mari étant indubitablement exempt de syphilis), sont issues 28 grossesses, qui ont abouti à ceci :
7 enfants vivants ';
1. De ces sept enfants, quatre étaient syphilitiques; — trois sont restés sains (au moins tant que je les ai eus en observation).
15 enfants morts (à courte échéance, en général";
Et 6 fausses couches.
Au total, done, 21 cas de mort sur 28 grossesses; ce qui équivaut à une mortalité de 80 pour 100!
Un tel chiffre, en vérité, n'a pas besoin de commentaires. Jamais rien de semblable, de l’aveu unanime, ne s'observe comme résultat de l’influence hérédo-paternelle. 17 n’est que la mère qui soit nocive à ce degré pour sa progéniture.
D'ailleurs, ce caractère malfaisant, malin, pernicieux, de l’hérédité maternelle ressortira mieux encore pour vous, jen ai la conviction, du récit ou de l’analyse de quelques-unes de ces observations.
Rappelez-vous d’abord le fait de cette jeune femme qui, infectée au sein par la nourrice de son enfant, devint enceinte quatre fois, au cours des années suivantes, du fait de son mari sain, et avorta quatre fois.
Rappelez-vous encore l'observation également précitée de cette nourrice qui, déjà mère d’un enfant sain et robuste, fut infectée par un nourrisson syphilitique et devint ultérieurement enceinte six fois (toujours du fait de son mari resté indemne). Or, ces six grossesses se terminèrent ainsi :
Trois fois par avortement;
1. Sur ces quinze enfants, neuf sont morts d'accidents indubitablement syphilitiques, et les six autres de débilité, de consomption progressive, de convulsions, etc.
Trois fois par la naissance d'enfants étiques qui succombèrent à courte échéance.
Plus instructive encore est la navrante histoire de l’une de mes clientes.
Mariée à un homme sain, elle commence (notez ceci, Car c'est intéressant comme contraste) par avoir deux beaux enfants, âgés aujourd’hui de dixneuf et de dix-sept ans. Elle reçoit alors la syphilis de son mari, et, un an après, accouche d’un enfant syphilitique qui succombe à trois mois.
Puis, devenue veuve, elle se remarie bientôt avec un homme sain, que j'ai examiné plusieurs fois et sur lequel je n’ai jamais constaté le moindre symptôme suspect. De ce second mari elle a six enfants, qui tous meurent dans les conditions que voici :
Premier enfant. — Syphilitique. — Mort à six semaines.
Deuxième enfant. — Syphilitique. — Mort à cinq mois.
Troisième enfant. — Syplhuilitique. — Mort à quatre mois et demi.
Quatrième enfant. — Syphilitique. — Mort à
cinq mois.
Cinquième enfant. — Syphilitique (?) — Mort à neuf mois.
Sixième enfant. — Syphilitique. — Mort à neuf moIs ‘.
1. Trois ans après la naissance de ce sixième enfant, j'ai été consulté par sa mère, alors affectée d’une gomme du voile palatin, avec début de perforation.
Quelle nocivité, quelle perniciosite! — Eh bien, c'est là ce que réalise, non pas toujours assurément, mais d’une facon assez commune, l’influence hérédo-syphilitique de la mère; et c’est là ce qui la rend si particulièrement dangereuse pour l'enfant.
2° L’hérédité mixte, ai-je dit en second lieu, est plus nocive que l'hérédité exclusive du père ou de la mère.
N'est-ce pas là encore, en toute évidence, un résultat que théoriquement préjuge le bon sens? Chaeun pressent « priori que deux influences nocives venant à conspirer contre le fœtus doivent être plus redoutables qu'une seule. L'une s'ajoute à l’autre.
En second lieu, c’est là un fait qui dérive de l'expérience clinique. Certains cas, d’un ordre tout particulier, démontrent bien que, lorsque l’influence d’un géniteur vient s'ajouter à celle de l'autre géniteur, les risques de l’'hérédité se trouvent accrus.
Tel est, par exemple, ce cas cité par Diday :
Une femme syphilitique se marie avec un homme sain. Elle à de lui plusieurs enfants sains et bien portants. Elle se rapproche alors de l'amant qui, avant son mariage, lui a communiqué la syphilis, devient enceinte, et accouche d’un enfant syphilitique, qui meurt de syphilis*.
V. Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, art, Syphil p. 564. — Un second fait semblable se trouve cité par le même auteur à la suite du précédent.
Autre fait semblable, — Un de mes clients se marie (malgré moi, bien entendu) dès la première année de sa syphilis. Sa femme, restée indemne, lui donne un enfant sain. — Puis, quelques mois plus tard, cette femme est contagionnée par son mari, qui continue à présenter des accidents secondaires et à se traiter aussi négligemment que possible. Elle devient alors enceinte et accouche d’un enfant syphilitique qui ne tarde pas à succomber.
Ainsi, dans ces deux cas, de par la seule influence syphilitique soit paternelle, soit maternelle, enfants naissant indemnes ; — et dans l’un et Pautre, de par l'influence combinée des deux géniteurs, enfants entachés de syphilis.
Ces deux observations ne sont-elles pas absolument significatives ?
Donc, l'hérédité syphiltique a d'autant plus de chances pour s'exercer qu’elle dérive des deux con- Joints.
Ces conclusions énoncées d’une facon générale, permettez-moi maintenant
la chose en vaut bien la peine — de les étayer de quelques résultats staüistiques, de quelques chiffres.
Ces chiffres, je vais les emprunter aux nombreuses observations que, de vieille date, j'ai accumulées sur le sujet.
Dépouillant avec rigueur ces observations, j'ai d’abord tenté d'établir sur des bases numériques les deux points que voici:
1° Quelle est, pour les trois hérédités syphilitiques (hérédité paternelle, hérédité maternelle, hérédité mixte), la proportion des cas dans lesquels chacune d'elles s’est montrée inoffensive où nocive ?
2° Quelle est, de même, la proportion des cas dans lesquels chacune d’elles a été mortelle.
Puis, cela fait, jai établi par le calcul, pour chacune des trois hérédités susdites, ce qu’on peut appeler son INDICE DE NOGIVITÉ et Son INDICE DE MORTALITÉ, C'est-à-dire la proportion relative des cas dans lesquels chacune d’elles a été ou nocive ou mortelle.
Or, voici ce à quoi j'ai abouti, sur un total de plus de 500 cas: