À dater de l'infection maternelle dans le mariage
La mortalité de la deuxième année étant à peu près le tiers de celle de la première;
Celle de la troisième étant la moitié de celle de la deuxième ;
Celle de la quatrième n'égalant pas même la moitié de celle de la précédente.
4° Qu’en revanche, enfin, la décroissance de la mortalité, comparée d’une année à l’autre, se ralentit pour les années suivantes.
Maintenant, voulez-vous qu'au lieu de lhérédité mixte nous prenions l'hérédité maternelle ou paternelle pour y étudier de même l'influence du temps? Nous y retrouverons les mêmes résultats, à savoir : toujours cette même lot de décroissance de par le temps. À preuve :
Sur 21 cas de mort par hérédité syphilitique maternelle, 12 se sont produits dans les érots premières annees de l'infection de la mère ; — et, sur ces 12 cas, 6 dans la première année.
Aussi bien, sans insister davantage sur une démonstration que j'ai le droit de croire acquise, et sans descendre à d’autres détails d'importance moindre, revenons encore et insistons comme il convient sur les deux faits essentiels, capitaux et éminemment féconds en conséquences pratiques, qui dérivent des diverses considérations précédentes, à savoir :
1° Qu'il est, dans la syphilis, une période parti-
culièrement dangereuse au point de vue des risques héréditaires; — et que cette période, qui s'étend environ aux trois premières années de la maladie, correspond assez exactement à ce qu'on a appelé la periode secondaire ;
2° Que, dans cette période, à son tour, il est une époque où l'influence héréditaire atteint un fastigium, UN SUMMUM DE NOCIVITÉ, Si Je puis ainsi dire, au point de devenir littéralement maligne, pernicieuse pour l'embryon; — et que cette époque répond, approximativement, à la première année de l'infection.
À cette époque, au cours de cette première annee, la transmission héréditaire de la maladie s'exerce d’une facon pour ainsi dire fatale, et s'exerce sous sa modalité la plus grave, à savoir: l’inaptitude à la vie, la mort à brève échéance. C'est, à proprement parler, l'année terrible. — Qu'un dernier témoignage achève de vous convaincre à cet égard.
J'ai vu, de mes yeux vu, ceci :
90 femmes, contagionnées par leurs maris, sont devenues enceintes dans la première année de leur syphilis. Or, à quels résultats ont abouti ces 90 grossesses ? Vous n’oseriez le soupconner.
20 se sont terminées par avortement ou expulsion d'enfants mort-nés ;
38 par naissance d'enfants qui se sont rapidement éteints ;
Et 2 par naissance d'enfants qui ont survécu.
Au total, donc, comme dénouement, 88 morts
Le.
sur 90 grossesses ! C’est à n’y pas croire, n'est-ce pas? Et telle est cependant la stricte, l’absolue vérité.
Et notez que ce résultat épouvantable, cette hécatombe, oserai-je dire, je l'ai observée non pas ici ou à Lourcine, é’est-a-dire sur des femmes de situation sociale généralement misérable, dans un milieu où des conditions diverses de mauvaise hygiène, de privations, de surmenage, d’ignorance ou d'indifférence, d’alcoolisme, de débauche, constituent autant de prédispositions à l’avortement ; — mais bien en ville, dans ma clientèle, dans des familles bourgeoises, sur des femmes jeunes, bien portantes pour la plupart, jouissant de tous les bénéfices de l’aisance, de léducation, de lhygiène, etc.
Quelle lecon (soit dit en passant) à l'adresse de ces sujets indifférents, ignorants ou eyniques, qui ne craignent pas de se porter candidats au mariage avec une syphilis jeune encore et féconde en dangers de cet ordre!
Une dernière question se présente à notre examen :
Existe-t-il, pour la syphilis, un âge limite, si je puis ainsi parler, où l'influence héréditaire cesse de s'exercer ? — Et, si cet âge existe, quel est-il ?
Confessons tout d’abord l’impuissance où nous sommes de répondre à cette double question d’une façon catégorique et précise.
Existe-t-il, pour la syphilis, un âge au delà duquel elle n’est plus susceptible d'exercer son action héréditaire? Probablement oui; je serais même tenté de dire : assurément oui; mais je n’ai pas les moyens de le démontrer. À fortiori, done, manquerai-je de documents pour déterminer quel est l’âge au delà duquel la syphilis n’est plus qu'inoffensive héréditairement.
Deux points, toutefois, dans cette question, ressortent de l'observation clinique et doivent être spécifiés, en attendant mieux.
I. — Le premier, c’est qu'après un certain nombre d'années, alors que la syphilis commence à vieillir, à plus forte raison quand elle est déjà vieille, son influence héréditaire est certainement atténuée d'une facon considérable, et, sinon éteinte sûrement, au moins extrêmement amoindrie, presque réduite à néant.
Si bien qu’à pareilles échéances les risques de transmission héréditaire sont pour ainsi dire nuls.
De cela témoigne l’observation courante. Soit en ville, soit à l'hôpital, il est absolument commun de rencontrer des sujets qui nous racontent ceci :
« Is ont eu la syphilis et ne s’en sont traités que légèrement, peu de temps, au total d’une façon notoirement insuffisante. — Puis ils se sont maries
au delà, cinq, six, dix, douze ans plus tard. — Et ils ont eu deux, trois, quatre enfants et plus, tous parfaitement sains. »
Dans ces conditions, l'intégrité, l’immunité des enfants ne peut être logiquement attribuée qu’à ce fait, à savoir : que les individus en question ne sont devenus pères qu'à une époque déjà avancée de leur syphilis, à une époque où leur faculté de transmettre héréditairement l'infection était déjà ou singulièrement atténuée ou éteinte. C’est done le temps seul en l'espèce qui a été la sauvegarde des enfants.
Impossible, je le répète, d'interpréter ces faits d’une façon autre que par l’action corrective du lemps.
Voila done un premier point qui parait peu susceptible de contradictions.
Il. — Un second point n’est pas moins certain, bien malheureusement. C’est que, même dans ses étapes avancées, la syphilis peut conserver encore son levain de transmission héréditaire.
Il existe très positivement ce qu’on peut appeler une heérédité syphilitique à long terme. Pas de contradiction possible à ce fait, que la syphilis, même sur ses vieux jours, reste encore susceptible d'exercer son néfaste pouvoir de transmission héréditaire.
Et cela est si vrai que je ne m'explique guère, en vérité, comment a pu s'accréditer cette hérésie
(à coup sûr très répandue) d’après laquelle il n'y aurait pas d’hérédité dans la période tertiaire.
« La syphilis tertiaire, a-t-on dit sous forme d’axiome, n'est pas héréditaire. »
Eh bien, ce prétendu axiome n’est qu'une hérésie, et une hérésie funeste, par les conséquences pratiques qu'on en pourrait déduire.
Sans doute, ce n’est pas là une de ces erreurs dont il faille prendre littéralement le contre-pied pour être dans la réalité des choses. Ce n’est [à qu'une erreur par généralisation excessive d’un ordre de faits absolument authentiques. Mais enfin ce n’en est pas moins l'affirmation d’un fait contraire à la vérité clinique.
Oui, certes (et nous venons de le prouver), la puissance de transmission héréditaire de la syphilis s'amoindrit, s’atténue dans les étapes avancées de la diathèse, au point de se trouver parfois réduite à néant. Mais s’éteint-elle, s’annihile-t-elle absolument au dela de ce terme de trois années dans lequel on a coutume (à tort ou à raison, je ne veux pas discuter ce point pour l'instant) de renfermer ce qu'on appelle la période secondaire de la syphilis? L’espérer est un leurre; le croire, e est méconnaitre les enseignements de la clinique. Et de cela voici la preuve.
La preuve, c'est qu'il existe dans la science quanuté de cas où l’on a vu l'influence hérédo-syphilitique s'exercer, et cela suivant tel ou tel de ses modes habituels, non pas seulement à courte échéance
après la période secondaire, mais plus tard, bien plus tard, c’est-à-dire, par exemple, vers la sixième, a huitième, la dixième, la douzième année de l’infection ; — voire plus tard, vers la quinzième année; — peut-être même plus tard encore, vers la dixseptième, la dix-huitième et jusqu'à la vingtième année, limite extrême qui, jusqu'à ce jour, ne parait pas avoir été dépassée.
Trois ordres de faits vont légitimer cette proposition, qui, bien malheureusement, introduit un point noir dans le pronostic spécial que nous étudions.
I. — Je trouve d’abord toute une série de cas tels que les suivants, pour établir lauthenticité de l'hérédité syphilitique en pleine étape tertiaire.
Un de mes malades contracte la syphilis en 1873, et se marie cinq ans plus tard. — Sa femme, restée saine, lui donne, en 1870, un premier enfant qui arrive mort-né; — puis, en 1883 (c'est-à-dire à échéance de dix ans après l'infection du mari), un second enfant, lequel est affecté, à l’âge de quelques semaines, d'accidents non douteux de syphilis héréditaire.
Un cas relaté par Hutchinson se résume en ceci : Un sujet syphilitique se marie et communique la
syphilis à sa femme. — De ce couple infecté nait d’abord un enfant qui arrive mort. — Puis, neuf
ans plus tard, survient une seconde grossesse qui se
frs L'HÉRÉDITÉ SYPHILITIQUE.
termine par la naissance d’un enfant syphilitique".
Thompson Forster acitéle cas suivant : Un homme contracte la syphilis en 1862 et se marie en 1865, après ne s'être qu’insuffisamment traité. Surviennent, en 1805 et 1806, deux grossesses qui se terminent ainsi : la première par avortement, et la seconde par naissance à sept mois d’un enfant qui présente des manifestations multiples de syphilis et meurt au cours de la dixième semaine. —— Devenu veuf, cet homme contracte un second mariage en mai 1872 . (c’est-à-dire dix ans après le début de sa syphilis). Sa femme devient enceinte en juin ; bientôt elle est atteinte de roséole, maigrit, s’affaiblit, et avorte en novembre d’un enfant syphilitique *.
M. le D' Barthélemy, médecin de Saint-Lazare, a présenté récemment à la Reunion clinique des médecins de l'hôpital Saint-Louis un petit enfant de quatre mois, couvert d’indisceutables syphilides (syphilides papuleuses, papulo-croûteuses, quelques-unes érosives, d’autres hypertrophiques). Or, cet enfant était né d’un père et d'une mère qui, quatorze ans auparavant, avaient contracté la syphi-