Syphilitic diseases of the eye, p
Le même auteur a relaté un cas tout semblable, où l’hérédité s’est exercée après huit ans d'infection.
J'aurais encore à produire ici un certain nombre de cas analogues, soit personnels, soit empruntés à diverses sources. Mais je crois amplement suffisantes à la démonstration que je poursuis les citations qui précèdent ou qui vont suivre.
2. The Lancet, 9 août 1884, p. 233. — Nous retrouverons plus loin, à propos de l'influence du traitement, la suite de cette intéressante observation,
lis et ne s’en étaient que très insuffisamment traites".
Ici même, il y a quelques mois, vous avez eu sous les yeux un exemple du même genre. Un petit enfant de quatre mois nous est amené dans un état lamentable : syphilides papuleuses généralisées , mais plus spécialement confluentes au visage, autour des lèvres et des paupières ; — syphilides ulcéreuses péri-anales ; — coryza intense ; — double sarcocèle spécifique, ete. — Eh bien, cet enfant était le fils d’un père et d’une mère syphilitiques l’un et l’autre depuis quinze ans, ainsi qu'en témoignaient des commémoratifs très précis et très authentiques. C'était de plus le cinquième enfant de ce ménage, où quatre grossesses antérieures avaient déjà amené quatre enfants qui tous ont succombé en très bas âge, l’un d'eux manifestement atteint d'accidents spécifiques héréditaires.
Enfin, un cas que je vous ai présenté récemment parait être un exemple d’une hérédité paternelle s’exerçant dans la dix-huitième année d’une syphilis. Je vous le rappelle en deux mots.
Une petite fille de deux mois nous est présentée par sa mère pour les accidents les plus classiques
1. V. la relation complète de ce cas intéressant dans les Annales de dermatologie et de syphiligraphie, t. X, 1889, p. 191.— On y remarquera que, comme d’usage, des cinq enfants qui avaient précédé, dans ce ménage, la naissance du petit malade en question, quatre étaient morts (à 7 ans, à 7, mois, à 9 mois, à 2b jours.). — Quant au cinquième, il était, dit M. Barthélemy, manifestement syphilitique de par une kératite interstitielle, l'arrêt de la croissance, l’habitus général, etc.
FoURNIER. — L'Hérédité syphilitique. 8
d’une syphilis héréditaire, lesquels ont débuté, nous dit-on, vers la troisième semaine. Nous la trouvons affectée des diverses lésions suivantes : syphilides généralisées, de forme érythémato-papuleuse; — syphilides papuleuses et papulo-croûteuses autour de la bouche ; — plaques muqueuses sur la face interne de la lèvre inférieure ; — développement assez considérable du foie; — étiole- MENT AELCRS
Nous interrogeons longuement et minutieusement la mère ; nous l’examinons à diverses reprises, et cela sans découvrir le moindre antécédent suspect, le plus léger stigmate de syphilis.
Nous mandons le père à l'hôpital, et le trouvons en pleine éruption tertiaire, à savoir : syphilide tuberculo-ulcéreuse d'une des commissures labiales ; syphilides tuberculeuses de la lèvre inférieure ; syphilides tuberculeuses sèches sur les deux pieds, notamment à la face plantaire, ete. Or, chez cet homme, qui rendait parfaitement compte de ses antécédents et de l’ensemble de sa maladie, la syphilis remontait à dix-huit ans (août 1870), époque à laquelle il avait été affecté d’un «chancre induré » de la verge, reconnu et traité comme tel dans un hôpital militaire.
Une seule objection (erreur faite sur l’origine paternelle de l'hérédité) pourrait être opposée à cette observation, comme du reste aux précédentes, et Je n'aurais certes rien à y répondre, comme bien vous pensez. Mais que prouverait-on en infligeant
À telle ou telle de ces observations une déchéance tirée d’un désaveu de paternité ? Pour être valable, un argument de cet ordre devrait s'appliquer à toutes indistinctement. Tout au contraire et réserves faites, bien entendu, pour chaque cas particulier, il me semble que ces diverses observations (si surprenantes d’ailleurs qu’elles puissent paraitre au premier abord) se présentent avec un caractère indéniable d'authenticité, et cela parce qu’elles attestent toutes un même fait, qu'elles se prêtent un mutuel appui et se servent, pour ainsi dire, de répondants réciproques.
On dira peut-être que d’un faisceau d’erreurs ne jullit pas une vérité. Sans doute, répondrai-je; mais il n’est guère vraisemblable, on en conviendra, que tous les observateurs précités (auxquels d’ailleurs on pourrait en adjoindre nombre d’autres) aient eu la malchance invariable de tomber sur des faits où l’hérédité syphilitique se trouvait vieiée par l'intervention d’une syphilis extra-conjugale. D'autant que, si un tel soupcon leur avait paru légitime, 1ls ne se seraient vraiment pas donné la peine de recueillir et de publier les faits en question.
IT. — Un second ordre de cas n’est pas moins démonstratif ; et celui-ci, je le signale à toute votre attention, parce qu’il est relatif à des situations que l’on observe journellement en pratique et dont il importe que le médecin sache dépister le secret.
Je veux parler de ces cas où un homme, affecté
d’une syphilis déjà plus ou moins ancienne (remontant, je suppose, à six, huit, dix ans et plus), se marie, indemne en apparence, et n'aboutit pas moins à procréer un ou plusieurs enfants qui sont tous frappés de mort avant même leur naïssance et expulsés par avortement. Cet homme se croit et semble avoir toutes raisons pour se croire sûr de lui; il puise sa sécurité .dans ce double fait que, d’une part, il ne présente de vieille date rien d’apparent en tant que syphilis, et que, d’autre part, sa syphilis, en raison même de l’époque longuement distante où elle remonte, lui semble absolument périmée. Il n’y songe même plus; et néanmoins tous les enfants qu’il engendre, sa femme méme restant saine, succombent invariablement et sans cause appréciable, à quelques mois de vieintra-
utérine.
Quelques exemples, — entre plus d’une centaine que j'aurais à citer; — car, je vous le répète et ne
crains pas de vous le répéter, les cas de cet ordre sont des plus fréquents, jusqu’à dépasser même comme fréquence tout ce qu'on pourrait croire.
Un jeune homme se marie sept ans après avoir
contracté la syphilis. — Sa femme reste saine. — Trois grossesses surviennent, au cours des trois
années suivantes, et toutes se terminent, sans cause occasionnelle, par avortement.
Un de mes clients s’est marié alors que sa syphilis remontait à neuf ans. — Sa femme est restée saine. -- Trois grossesses se sont produites alors que la
syphilis du mari remontait à dix, onze et douze ans ; et toutes trois ont abouti à des avortements, l’une à six mois et demi, les deux autres à huit mOIS.
Même cas. — Mariage après neuf ans de syphilis. — Quatre fausses couches les quatre années suivantes, à quatre mois et demi, cinq mois et demi, six et sept mois.
Dernier exemple. Un jeune médecin contracte la syphilis en 1868 et ne s’en traite que pendant cinq mois. N'ayant plus d'accidents et se croyant « hors d'affaire », 11 se marie, — Sa femme, scrupuleusement observée par lui, ne présente jamais aucun phénomène suspect. — Notre confrère devient père trois fois, en 1876, 1878 et 1880, c’est-à-dire alors que sa syphilis remontait à huit, dix et douze ans, et trois fois, sans la moindre cause, sa femme avorte.
Or, soit dit au passage, dans ce cas (comme sans nul doute aussi dans les précédents), la syphilis du mari était bien certainement la cause de toutes ces fausses couches ; car la démonstration en fut faite en l'espèce. Navré de cette série d'accidents, dont il commençait à soupçonner la véritable raison, notre confrère, sur le conseil d’un ami, se soumit à un traitement prolongé. Or, au cours des trois années suivantes, sa femme devint deux fois enceinte, et donna naissance à deux enfants vivants et sains. |
En résumé, dans tous ces faits, influence hérédo-
syphilitique s’est exercée sous l’un des modes qui lui sont le plus habituels, et s’est exercée à des échéances lointaines, à des échéances de huit, neuf, dix, onze et douze ans après l’infection paternelle. Est-ce assez dire que l'hérédité syphilitique ne se limite pas, comme on l’a prétendu, à la période secondaire de la syphilis, et que, bien au contraire, elle est susceptible de s’étendre au delà, de se proroger jusqu’en pleine période tertiaire, voire à des termes éloignés de cette période tertiaire ? Est-ce assez dire aussi que, même à si lointaine échéance, elle est encore capable de se traduire par l’un de ses modes les plus nocifs, les plus malins, à savoir : Pinaptitude à la vie, la mort de l’enfant ?
IT. — Vient enfin un troisième ordre de cas plus décisifs encore, et ceux-ei vraiment incontestables.
C'est l’ordre des cas où l’action héréditaire de la syphilis s'exerce en série, si je puis ainsi parler, c'est-à-dire continue à s'exercer d’une facon ininterrompue sur toute une série de grossesses. Iei, en effet, cette action trouve dans sa continuité même un irréfutable témoignage de son authenticité.
Il est bien certain, en effet, que la cause qui tue un fœtus à dix ans de date, je suppose, est la même que celle qui à tué antérieurement d’autres fœtus, puisque c’est par des effets semblables, se produisant suivant le même mode, que l’une et l’autre se
traduisent. Or, les cas de ce genre ne sont malheu-
reusement que trop nombreux. En voici quelques exemples :
Une dame de ma clientèle a été infectée par son mari. Elle est devenue enceinte dix fois. Or, de ces dix grossesses, les neuf premières se sont terminées par des avortements survenant du deuxième au septième mois, et la dernière a abouti à la naissance d’un enfant syphilitique que j'ai vu affecté de gommes multiples. Et cependant, lors de la conception de ce dernier enfant, la syphilis de la mère remontait à seize ans'.
Grefberg a relaté l’observation d’une femme syphilitique qui eut onze grossesses terminées par la naissance de onze enfants mort-nés, bien que cette femme eût cessé d’avoir des manifestations spécifiques et que son mari, paraît-il, eût échappé à la contagion. Quatorze ans après l'infection, elle accouchait encore d’un enfant syphilitique.
Bœck dit avoir vu une mère mettre au monde, en une longue série d'années, douze enfants syphiltiques.
Un cas déja cité de Behrend est relatif à une femme syphilitique qui, infectée par son mari, eut, en l’espace de quinze ans, onze grossesses qui se terminèrent de la façon suivante : les sept premiéres par avortement, et les quatre dernières par
1. Je viens d'observer tout récemment un fait de même ordre, se résumant en ceci : Femme infectée par son mari, et n'ayant jamais subi qu’un traitement presque insignifiant. — Neuf grossesses en l’espace de dix ans; neuf avortements.
la naissance à terme d'enfants vivants, sur trois desquels on constata des accidents non douteux de syphilis héréditaire.
Un autre fait à peu près semblable a été observé dans le service de mon ami le D’ Porak. Il se résume en ceci : Une jeune femme contracte la syphilis à dix-sept ans. Devenue veuve, elle se remarie à vingt ans avec un homme sain. Onze grossesses surviennent en quinze ans et se terminent ainsi : les dix premières par avortement; et la onzième par naissance à terme d’un enfant qui, dès le second jour, présente une éruption papuleuse, puis du pemphigus, et meurt rapidement*.
Enfin, je dois à l’un de mes collègues, le D'Ribemont-Dessaignes, professeur agrégé de la Faculté, accoucheur de l'hôpital Beaujon, l'observation d’une femme qui reçut la syphilis de son mari dès les premiers temps de son mariage, qui ne s’en traita pas, il est vrai, et dont dix-neuf grossesses ont abouti à dix-neuf morts]! Les cinq premières grossesses se sont terminées par expulsion d'enfants morts et macérés, et les quatorze suivantes ont donné des enfants qui sont tous morts entre un et six mois.
De tous ces faits, pris au hasard parmi une foule d'autres, résulte donc, en parfaite évidence, l’authenticité de ce que l’on peut appeler l’hérédité syplilitique à long terme.
1. V. Le Grand, La syphilis cause d’avortement, Thèses de Paris, 1889, p. 17.
Aussi bien une conclusion s'impose; c’est que, contrairement à ce qu'ont avancé quelques médeeins, contrairement à ce qui est d'opinion presque accréditée, l’hérédité syphilitique peut s'exercer (et s'exercer dans tous ses modes) en pleine période tertiaire, voire à une étape avancée de la période tertiaire.
Après avoir déduit cette proposition générale de l’ensemble des faits qui précèdent, il resterait maintenant à préciser certains points de la question, qui, pour être secondaires, n’en sont pas moins des plus intéressants. Il resterait, par exemple, à fixer par des chiffres quel est le degré de fréquence de cette hérédité à long terme ; — quelle en est la fréquence relative aux diverses étapes de la période tertiaire; — jusqu'à quel terme elle peut se prolonger, ete., ete. Mais la science, je vous en ai déjà avertis, est bien loin d’être faite sur ces divers points; on peut même presque dire qu'ici elle est toute à faire. Eh bien, j'ai eu Pambition de l’ébaucher tout au moins sur quelques-uns de ces points, en interrogeant les observations dont je dispose, et voici ce que je puis fournir comme résultats de mon observation personnelle.
Premier point. — Recherchons, d’abord, quel degré de fréquence semble affecter l’hérédité Syphilitique à long terme (en fixant, si vous le voulez bien, la sixième année de la maladie comme li-
mite inférieure de ce que nous appellerons lhérédité syphilitique à long terme).
Eh bien, je trouve que, sur les 562 cas qui composent ma statistique, 60 appartiennent à cette hérédité syphilitique à long terme; — c’est-à-dire que, sur 562 cas, 6o fois l’hérédité syphilitique s’est exercée à partir de la sixième année de lin-
fection.
Go sur 562, cela équivaut à peu près à la proportion de 10 pour 100; — proportion qui, pour
n'être pas très élevée, est bien loin cependant de rester négligeable.
Ainsi, une fois sur dix environ, des méfaits ou des désastres d'hérédité syphilitique, tels que l’avortement ou la mort de l'enfant à brève échéance, peuvent dériver de syphilis datant de six ans et plus. Quel résultat! Et ce résultat n'est-il pas de nature à nous montrer quel compte nous devons tenir en pratique de lhérédité syphilitique à long terme, hérédité dont on a fait cependant si bon marché jusqu’à ce jour?
Second point: À quelles échéances et sous quelles formes s'exerce cette héreédité syphilitique à long terme?
Ici, je vais être forcé de citer toute une série de chiffres. Voici, disposé sous forme de tableau, ce que m'a fourni le dépouillement des Go observalions en question.
INFECTION MORTALITÉ PAR ANNÉES.| SYPHILITIQUE DE | AVORTEMENTS. | AFFECTIONS PARA-[TOTAUX L'ENFANT, SYPHILITIQUES.
Il suffit de jeter les yeux sur cette statistique pour en voir ressortir les deux résultats suivants, à SAvOIr :
1° Que l'hérédité syphilitique à long terme se traduit par les trois modalités usuelles de lhérédité plus précoce, c’est-à-dire : 1° transmission de la syphilis en l'espèce; — 2° mort et expulsion prématurée du fœtus; — 3° mort par affections diverses dérivant de Pinfection fœtale.
2° Qu'elle obéit à la loi générale que nous avons qualifiée du nom de loi de décroissance par le temps. Et, en effet, on la voit au delà (comme en decà) de la sixième année s’atténuer, s’amoindrir, à mesure que vieillit la diathèse.
Ainsi, de la 6° à la 10° année, par exemple, nous relevons: 15 cas de transmission de syphilis et 38 avortements; — tandis que de la 11° à la 19° année nous ne trouvons plus que 5 cas de transmission de syphilis et 15 avortements.
C'est-à-dire, en langage vulgaire, que l'hérédité syphilitique, encore notablement active de la 6° à la 10° année, ne s'exerce plus au delà que d’une façon relativement rare et de plus en plus rare, voire jusqu'à devenir tout à fait exceptionnelle, voire jusquà s'étendre absolument, au moins suivant toute vraisemblance.
Dernier point : Quel est /e terme le plus éloigné où l’on ait vu, sûrement vu, s'exercer l'influence héréditaire de la syphilis ?
Quant à moi, d’après un certain nombre de faits qui se sont présentés à mon observation, je déclare être convaincu que ladite influence peut atteindre des échéances de douze à quinze ans au delà de l’époque de Pinfection première.
Passé ce terme, je ne voudrais rien affirmer, bien que quelques cas (comme l’un de ceux que je vous citais tout à l'heure) me donnent lieu de eroire que la transmission héréditaire de la syphilis est susceptible de dépasser cette échéance. Mais ces cas ne sont encore ni assez nombreux ni empreints d'une authenticité suffisante pour que je ne préfère réserver toute conclusion.
J’ajouterai seulement que, d’après certains faits
à coup sûr exceptionnels, quelques médecins se sont crus autorisés à reculer davantage encore le terme ultime où l’hérédité syphilitique abdiquerait ses droits.
Ainsi, Campbell a relaté un cas où la transmission héréditaire se serait produite (de par hérédité paternelle) après dix-sept ans”.
Weil a cité une observation d’après laquelle lPinfluence nocive de la mère se serait prolongée jusqu'à la vingtième année*.
De même, Hénoch parle d’une femme qui, vingt ans après avoir contracté la syphilis, eut encore un enfant infecté”.
Et nous verrons même plus tard qu’on a donné à l’hérédité syphilitique une bien autre extension, puisque, pour quelques-uns de nos confrères, elle pourrait se transmettre jusqu’à la deuxième génération, c'est-à-dire rendre le petit-fils tributaire de la syphilis de l’aïeul.
Mais, que lPhérédité syphilitique à long terme puisse atteindre exceptionnellement des échéances plus ou moins reculées, plus ou moins extraordinaires, cela n’est plus qu’affaire de curiosité et question d'importance secondaire. L'essentiel, le