‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 18 sur 67 · Dictionn. encyclopédique, art. Sypilis, p · texte numérisé non relu

Dictionn. encyclopédique, art. Sypilis, p

2. V. Blaise, État actuel de la science sur l'hérédité syphilitique, Thèses d’agrégation, 1883, p. 70.

3. V. G. Homolle, Nouveau Dictionn. de méd. et de chir. pratiques, art. Syphilis, p. 690.

point capital en l'espèce, le résultat vraiment pratique à déduire de’ l'exposé qui précède, c'est que l'influence hérédo-syphilitique n’est pas ce qu’on la supposait autrefois, ce que nombre de médecins la jugent encore aujourd'hui, à savoir une influence exclusivement limitée aux premières années de la maladie, limitée à ce qu’on appelle la période secondaire; — c’est que cette influence s'exerce aussi, bien qu'avec une fréquence incomparablement moindre (nous venons de l’établir), au cours de la période tertiaire; — c’est même qu'elle peut se proroger en certains cas jusqu'à des élapes avancées de cette période.

Eh bien, ce fait, il faut l'enregistrer soigneusement dans nos souvenirs de praticiens, parce qu’il comporte des applications pratiques dont l'importance ne saurait dès ce moment vous échapper. II contient pour nous, en effet, un enseignement majeur; il nous démontre ceci :

Qu'il convient, au point de vue héréditaire, de se mefier de la syphilis même ägée, même terliatre ; — qu'en conséquence il ne faut pas lâcher la bride (passez-moi l'expression) et permettre le mariage à un sujet syphilitique sur la seule considération de l’âge de sa syphilis et pour cette seule : raison qu'il aura doublé le cap des premières années de la diathèse; — mais que, tout au contraire, pour lui accorder accès au mariage, pour lui délivrer patente nette, il est d’autres conditions à requérir de lui, d’autres garanties à exiger de lui,

notamment celle dont nous allons parler actuellement et qui constitue un correctif, un neutralisant par excellence de l’hérédité syphilitique, à savoir : un traitement spécifique prolongé, une dépuration thérapeutique suffisante.

Nous venons de voir l'influence hérédo-syphilitique modifiée par le temps. Étudions-la actuellement en relation avec un modificateur d’un autre ordre, à savoir le traitement.

IL arrive bien souvent que l’on passe sans étonnement à côté des choses les plus extraordinaires, et cela pour la seule raison que les dites choses, au lieu d’être rares, sont de manifestation journalière. Eh bien, c’est le cas ici. Extraordinaire, puis-je dire, est l’action exercée par le traitement spéeifique sur l’hérédité spécifique, qu'il atténue, qu'il corrige, qu’il maîtrise même parfois absolument. Et cette action, nous n’en sommes plus surpris, nous ne l’admirons plus comme nous devrions l’admirer, par ce fait seul qu’elle se prodigue, qu’elle s'impose à nous d’une façon habituelle. Mais que dis-je! Certains de nos confrères (peu nombreux, à la vérité) ont trouvé moyen de ne pas la voir,

de la tenir pour suspecte, voire de la renier, de la récuser |

Je le répète, très positivement le mercure réalise en l'espèce des résultats qui tiennent du prodige; — et de plus, ces prodiges, il ne les produit pas pour une fois, de temps à autre, par exception; 1} les accomplit tout au contraire journellement, usuellement, c’est pour lui le fait habituel, presque la règle.

Aussi bien n'est-ce pas par centaines, mais par milliers, qu’on pourrait relever dans la science des observations calquées sur le schéma que voici :

Mari syphilitique ou ménage syphilitique. — Plusieurs grossesses aboutissant soit à des fausses couches, soit à la naissance d’enfants étiolés, chétifs, affectés ou non de symptômes syphilitiques, mais ne tardant pas à mourir. — À ce moment, intervention du traitementspécifique. — Et, dès lors, grossesses ultérieures donnant des enfants à terme, vivants et sains.

Cela dit d’une façon générale, venons maintenant aux détails, pour faire la preuve, point par point, de l’importante proposition qui précède.

Tout d’abord, nous allons voir cette action corrective, neutralisante, suspensive, du traitement spécifique sur l'hérédité syphilitique s'exercer dans toutes les conditions possibles de provenance héréditaire, c’est-à-dire quelle que soit la source d’où dérive cette hérédité, que celle-ci provienne ou du

père ou de la mère ou des deux géniteurs à la fois. — De cela voici la preuve.

I — Pour l’hérédité provenant du mnari, la chose est notoire. Rappelez-vous ces cas si probants dont je vous ai entretenus déjà et qui se résument en ceci :

Une femme saine avorte plusieurs fois à intervalles rapprochés et sans cause appréciable. On s'inquiète, on cherche le pourquoi de ces fausses couches singulières, et l’on n’en trouve comme explication possible que la syphilis du mari. — On traite alors le mari. — Puis, une nouvelle grossesse se produit, plusieurs nouvelles grossesses se produisent, qui amènent toutes à terme des enfants bien portants. — Quoi de plus démonstratif?

Je vous ai déjà cité plusieurs cas de ce genre. Laissez-moi, au passage, vous relater encore les deux suivants.

Une femme saine, mariée à un homme syphilitique, devient enceinte cinq fois et avorte cinq fois, sans qu’on puisse trouver une raison à ces fausses couches. On finit cependant par songer, comme cause possible de ces avortements, à la syphilis du mari, qui est soumis alors à un traitement spécifique. — Une sixième et une septième grossesse surviennent au delà, et amènent des enfants à terme, bien vivants et indemnes.

Un jeune homme se marie deux ans après avoir contracté une syphilis pour laquelle il ne s’est traité

Fournier. — L'Hérédité syphilitique. 9

que deux mois. — Sa femme reste saine et devient enceinte six fois. — Six.fois elle avorte. — Alors, sur le conseil de deux de mes éminents collègues, le mari et la femme (bien que saine) sont soumis au traitement mixte (mercure et iodure) pendant une année. — Un an plus tard, nouvelle grossesse, laquelle amène un enfant vivant et sain.

IT. — De même, en second lieu, le traitement corrige l’hérédité maternelle.

Exemples :

Une femme syphilitique se marie avee un homme sain. Elle accouche, en 1885, d’un enfant syphilitique, qui meurt à trois mois. — Elle redevient enceinte en 1886. — Je la traite énergiquement pendant tout le cours de sa grossesse. Résultat : naissance à terme d’un enfant sain.

Une femme reçoit la syphilis d’un premier mari etne se traite que d’une façon éphémère. — Devenue veuve, elle se remarie à un homme sain et conçoit de cet homme plusieurs enfants qui ou bien meurent {nr utero, où bien naissent avec la syphilis. — Elle se traite alors d’une facon sérieuse et assidue. — Après le traitement, trois enfants sains.

IT. — Enfin une même influence est exercée par le traitement sur l’Acrédité mixte.

Très communément, en pratique, on rencontre des faits se résumant en ceci :

Deux époux syphilitiques commencent par en-

gendrer un ou plusieurs enfants qui ou bien meurent avant de naître, ou bien naissent syphilitiques. — Ils se traitent; et alors les enfants qu'ils procréent ultérieurement viennent à terme vivants et sains.

Les observations de cet ordre sont tellement fréquentes, voire si banales, qu'il me suffira, à titre de spécimen, de vous citer la suivante :

Un jeune homme, syphilitique depuis trois ans, se marie. — Sa femme, devenue enceinte presque immédiatement après le mariage, ne tarde pas à présenter des manifestations spécifiques non douteuses, très probablement dues à une infection conceptionnelle. — Elle accouche d’un enfant syphilitique, lequel présente les accidents les plus graves et n’échappe à la mort que par miracle,

grâce à un traitement des plus énergiques. — Alors, le jeune ménage se soumet à un traitement intense, très méthodiquement suivi. — Surviennent au delà deux grossesses qui amènent deux enfants

sains.

Donc, vous le voyez, quelle qu'en soit la provenance, l’hérédité syphilitique est profondément modifiée, corrigée, voire annihilée par le traitement spécifique.

1. Relatons ici la fin de l'observation précitée de Th. Forster (page 112).

A la suite des malheurs précédemment relatés, les deux époux furent soumis, en 1876, à un traitement mixte par le mercure et l’iodure de potassium. — En 1877, nouvelle grossesse, amenant un enfant bien portant. — En 1880, nouvelle grossesse également heureuse, | es

Mais ce n’est pas tout. Et deux autres considérations viennent encore compléter la démonstration que je poursuls.

1° Ilest des cas néfastes (vous le savez de reste par ce qui précède) où l'influence héréditaire syphilitique s'étend d’une façon inexorable à toute une longue série de grossesses, à quatre, six, huit, dix grossesses, si ce n’est même parfois à un plus grand nombre. Or, on a vu une série ininterrompue de tels désastres être coupée net par l'intervention du traitement.

Exemple, dû à Notta :

Une femme contracte la syphilis. — Consécutivement, elle fait huit fausses couches, sans pouvoir amener un enfant à terme. — Alors elle se soumet à un traitement mercuriel prolongé. — Devenue enceinte de nouveau, elle accouche d’un enfant à terme, bien portant « lequel, dit l’auteur de l’observation, est actuellement âgé de cinq ans et n’a Jamais présenté la moindre trace de syphilis”. »

Ainsi, huit grossesses malheureuses, tant que le traitement n'intervient pas. — Puis, le traitement intervient, et tout aussitôt une grossesse se termine d’une facon heureuse. Que voudriez-vous de plus probant ?

2° Eh bien, il est quelque chose de plus probant encore, que voici :

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