Observation inédite, qu'a bien voulu me communiquer M. le
D: Le Pileur.
un correctif, un neutralisant de l'influence héréditaire de la syphilis.
Cela est surabondamment démontré.
Ainsi donc, voilà deux facteurs — le temps et le traitement — susceptibles de réagir sur la faculté de transmission héréditaire de la syphilis.
Maintenant, avant de rechercher s’il en existe d’autres, précisons tout aussitôt un point qui ne constitue à vrai dire qu'un simple corollaire des données précédentes. Si tel est le mode d'action isolé de chacun des deux facteurs précités, le simple bon sens permet de préjuger que l'association, la combinaison de ces deux facteurs devra agir dans le même sens, voire d’une façon d’autant plus active qu'ils se préteront un mutuel appui, qu'ils se renforceront l’un l’autre.
Eh bien, cette légitime induction se trouve de tous points confirmée par la pratique; si bien même qu'il serait vraiment superflu de nous livrer à une nouvelle enquête sur ce sujet, d’instituer de nouvelles statistiques confirmatives, ete. Ce serait là peine perdue. Il nous suffira done d’énoncer un résultat qui est de notoriété absolue, qui ressort de expérience courante, à savoir :
Que la meilleure sauvegarde dont nous disposions contre les effets de l'hérédité syphilitique, c’est l'association de ces deux éléments correctifs de la diathèse : le temps et le traitement.
À coup sûr, le minimum des risques héréditaires que comporte la syphilis se rencontre chez les sujets à syphilis ancienne et longuement traitée. Ce minimum peut même, dans ces conditions, être considéré comme presque réduit à néant.
Et, en effet, 1l est très rare, disons plus encore, il est exceptionnel en pareil cas de voir s’exercer d’une facon ou d’une autre influence héréditaire spécifique.
En ce qui concerne, par exemple, l'hérédité paternelle (celle que nous connaissons le mieux, parce que c’est elle précisément que nous avons le plus d'occasions de saisir sur le fait et de juger dans ses œuvres, comme celle aussi que nous avons le plus intérêt à connaitre, parce que c’est d’elle que dérivent presque toujours les deux autres), en ce qui concerne, dis-je, l’hérédité paternelle, nous sommes en mesure d'affirmer ceci :
Que (réserve faite pour certains cas absolument exceptionnels) un sujet syphilitique, qui ne s’est marié que longtemps après le début de sa syphilis et qui, de plus, s’est traité méthodiquement, patiemment et longtemps, n'est jamais un père dangereux pour ses enfants.
Chez lui, la double dépuration produite par le
temps et le traitement constitue une garantie presque
absolument certaine contre les risques héréditaires
de la syphilis.
Et cette double dépuration, soyez assurés qu’elle est bien supérieure comme garanties à la dépuration isolée qui peut dériver de l'intervention exelusive de l’un de ces deux facteurs, le traitement ou le temps.
D'une part, en effet, le temps, ce grand effaceur de toutes choses, n'efface que lentement, n'efface qu'à la longue la tare syphilitique, et il faut beaucoup de patience pour n’attendre que de lui seul la rédemption, l’immunité. N’avons-nous pas vu, dans ce qui précède, la syphilis non traitée proroger parfois ses méfaits héréditaires jusqu'à la quinzième, la seizième année, si ce n’est même encore au delà ?
Et, d'autre part, la garantie exclusive du traitement, non associée à celle du temps, n’est pas moins sujette à caution. Quel serait le résultat, en tant que prophylaxie héréditaire, d’un traitement intensif, mais rapide, dirigé contre la syphilis ? Cela, je ignore, car je n’ai pas le droit d’avoir une opinion faite de par les quelques observations dont je dispose à ce sujet, et je n’ai pas envie de tenter l'expérience. Je crois cependant pouvoir dire, sans crainte d'erreur, qu'il ne faudrait accorder à un traitement de ce genre qu’une confiance plus que réservée, et cela pour deux raisons qui vous sont déjà connues, à SaVOIr :
1° Parce que le traitement peut fort bien ne sus-
pendre que pour un temps les effets héréditaires de la syphilis, puis les laisser se reproduire au dela; — 2° et, en second lieu, parce que le véritable traitement de la syphilis, l'unique mode de traitement dont nous ayons à attendre contre elle une garantie sérieuse, c’est un traitement d'ordre chronique, une dépuration lente, répétée, échelonnée par stades thérapeutiques successifs sur une série d'années.
En sorte, done, que le traitement ou le temps, chacun en particulier et isolément, ne saurait conférer qu'une sécurité relative contre les risques héréditaires de la maladie ; — tandis qu’une sécurité bien autrement sérieuse résulte de leur action combinée, de leur association.
Cela, j'en ai la preuve, et, sur ce point particulier, je puis déclarer que « mon siège est fait ». Depuis que jétudie — et il y a longtemps que j'ai inauguré cette étude — les diverses questions affé-
rentes au mariage des syphilitiques, j’ai vu se marler, avec mon consentement médité, plusieurs centaines de mes malades, qui, naturellement, ont eu des enfants, Or, ces enfants, j'ai grande satisfaction à le dire, sont tous nés sains et (en apparence au moins) indemnes de toute tare spécifique. Eh bien, cet heureux résultat (auquel je ne connais qu'une ou peut-être deux exceptions jusqu’à ce jour), Je le dois, j’en suis certain, à mon programme d'admissibilité au mariage, programme qui repose principalement sur ces deux bases : dépuration par le temps associée à la dépuration par le traitement.
Quant au minimum chronologique de cette double dépuration salutaire, j'ai été amené empiriquement à ne jamais l’abaisser au-dessous de trois à quatre années. Je ne crois pas qu'il soit prudent, qu'il soit permis même, de laisser un sujet syphilitique s'engager dans le mariage avant un stade de trois à quatre années, consacrées à un traitement actif de la diathèse. Mais, à ce prix, j'estime qu'un syphilitique rentre dans la règle commune et peut être tout à la fois inoffensif comme époux et comme père.
Si bien que, plus je vais, plus la proposition suivante pénètre et se fixe en. mon esprit à l’état d’axiome :
C’est qu'avec du mercure et du temps tout médecin peut faire d'un sujet syphilitique, sauf exceptions particulières et rares, un mari et un père non dangereux.
Et cet axiome consolateur, n’allez pas, Messieurs, je vous en prie, en méconnaitre l'importance, la double importance médicale et morale. Médicalement, d’abord, il traduit un fait clinique des plus intéressants, des plus curieux, à savoir : l’épuisement de nocivité d’une grande maladie par deux agents neutralisateurs. Puis, à un tout autre point de vue, il constitue pour le malade un élément de sustentation morale, de confort moral, d'encouragement, de confiance. Car, s’il est des individus indifférents, éhontés, cyniques, qui ne reculent pas, bien que syphilitiques, à s'engager dans le mariage en dépit
des dangers conjugaux et héréditaires qu'ils y importent, il en est d’autres (et ceux-ci vraiment dignes de toutes nos sympathies) que la syphilis désole, navre, terrifie, et cela moins encore par la perspective des accidents personnels auxquels elle les expose que par l’'appréhension des risques qu'elle peut créer pour leur future famille, par la crainte du renoncement forcé à ce qui constitue, à un moment donné de la vie, l'aspiration naturelle et commune, c’est-à-dire le mariage, le foyer domestique et l'enfant. Cela est si vrai que vous entendrez quantité de malades, la presque totalité même de vos malades syphilitiques, vous dire tristement après quelques visites, lorsqu'une certaine intimité se sera établie de vous à eux : « Alors, docteur, c’est bien fini pour moi, n'est-ce pas? Je ne pourrai jamais me marier ; si je me mariais, je n'aurais que des enfants chétifs, scrofuleux, rachitiques, pourris, etc. ? »
Eh bien, ce ne sera pas, certes, rendre un léger service à ces affligés, à ces découragés, à ces désespérés, dirai-je, que de leur rendre espoir et confiance en leur répondant ce que, de par la science, vous êtes en droit de leur répondre et ce que j'exprimais à l'instant, à savoir : « que tout n’est pas perdu pour eux; — que la syphilis ne constitue pas un vice rédhibitoire absolu et permanent, une interdiction formelle et pérennelle au mariage ; — que, pour l'instant, à coup sûr, ils ne sont pas aptes au mariage ; — mais que l'avenir leur reste, et qu’au
prix d’un certain stage, utilement consacré à une dépuration nécessaire, ils rentreront dans le droit commun, au double titre d’époux et de père. »
Et cela, je vous le répète encore, je vous l’affirme une dernière fois, vous êtes en droit de le dire à vos malades, parce que, de par lobservation, de par l’expérience, les dangers conjugaux et héréditaires de la syphilis peuvent être conjurés par l’action combinée de ces deux grands modificateurs : le temps et le traitement.
Poursuivant l'étude des conditions qui peuvent modifier l'influence hérédo-syphilitique, nous allons rencontrer nombre d’autres questions qui, pour n'avoir pas l'excessive importance des précédentes, n'en sont pas moins très dignes d'intérêt.
Telle, en premier lieu, la suivante :
Existe-t-il un rapport entre la gravité d'une syphilis et l'intensité de son pouvoir de transmission héréditaire ?
En autres termes et pour préciser, une syphilis grave est-elle particulièrement redoutable quant à ses conséquences héréditaires; — et, inversement, une syphilis légère n'offre-t-elle que peu de dangers au point de vue de l’hérédité ?
FourNiER. — L’'Hérédité syphilitique. 10
Eh bien, à la question ainsi posée il n’est, je crois, d'autre réponse à faire que celle-ci : Oui, en quelques cas, il existe un rapport indéniable entre la gravité d’une syphilis comme manifestations individuelles et la gravité de cette même syphilis comme conséquences héréditaires; — mais, pour l'énorme majorité des cas, ce rapport n'existe pas.
Je m'explique.
Certes, oui, je commence par le dire, il est des syphilis graves pour l'individu qui sont également graves pour les enfants. J'ai constaté ce fait d’une façon précise dans quelques-unes de mes observations, telles que les suivantes :
Un jeune homme contracte en 1870 une syphilis qui devient immédiatement sérieuse : syphilides papulo-ecthymateuses d'emblée, comme entrée en scène de la période secondaire; — sarcocèle précoce; — syphilides buccales extraordinairement confluentes et à répétitions incessantes; — puis, glossite scléreuse; — puis, exostoses tibiales; — puis, récidive du sarcocèle, ete.
Marié à une femme qui est restée saine, cet homme en a eu deux enfants.
Le premier, né en 1878 (c’est-à-dire alors que la syphilis paternelle datait de huit ans), n’a pas présenté, à la vérité, d'accidents syphilitiques et a survécu; mais c'est le plus affreux rachitique que j'aie vu de ma vie. Les membres inférieurs forment chacun un véritable demi-cerele; la tête est énorme;
le corps est gros, trapu, ramassé. L'enfant serait bouffon, s’il ne faisait pitié”,
Le second, né deux ans plus tard, alors donc que la syphilis paternelle remontait à dix ans (remarquez cette échéance au passage, comme nouvel exemple d’hérédité à long terme), le second enfant, dis-je, est né syphilitique, et 1l est mort de syphilis. — Il a été, sans exagération, criblé de gommes, gommes cutanées, gommes du tissu cellulaire, périostoses gommeuses, eic.; — ses membres supérieurs et inférieurs étaient absolument déformés par d'énormes intumescences osseuses; — son état général était lamentable. Traité de la façon la plus rigoureuse, il a survécu deux ans, mais pour s’éteindre dans le marasme.
Second fait. — Un jeune homme contracte, en 1868, une syphilis qui reste d'abord légère, mais qui, dix ans plus tard, prend une forme grave et s’aceuse par une série d'accidents que voici, sommairement : en 1878, lésions gommeuses de la gorge; — en 1882, phthisie syphilitique, simulant à un haut degré, comme symptômes généraux non moins que comme signes locaux, la phthisie bacillaire; — de 84 à 86, syphilides tuberculeuses. — Sa femme, demeurée absolument indemne, devient deux fois enceinte, en 1883 et 1889, c'est-à-dire alors que la syphilis de son mari datait de quinze et de dix-
1. J'ai appris indirectement qu’il avait succombé « en état d’épuisement, de marasme »; mais je ne saurais autrement préciser la cause de sa mort. .
sept ans, et les deux fois, sans la moindre cause, elle avorte à quelques mois de grossesse. Le placenta est soigneusement examiné à chaque fausse couche, et chaque fois un de nos confrères, savant histolosiste, affirme y découvrir des « lésions spécifiques ».
Troisième eas. — Un de mes clients contracte, en 1878, une syphilis qui, d'emblée, revêt une forme grave : chancre phagédénique, bientôt suivi de l'explosion de syphilides ulcératives profuses. — Deux ans plus tard, cet homme revient me trouver avec des accidents plus sérieux encore : glossite seléro-gommeuse, s’accompagnant d’une tuméfaction énorme de la langue; — ulcérations gommeuses
du palais, — syphilides ulcéreuses du front, du nez, de la plante du pied, ete. — Je le traite, et il guérit.
Dès l’année suivante, et bien malgré moi, il se marie. Or, dans l’espace de deux années, sa jeune femme, d'ailleurs indemne et bien portante, a fait trois fausses couches qu'aucune raison autre que la syphilis de son mari n’a paru motiver,
Ces faits et d’autres analogues, qu'il serait superflu de citer, établissent donc, d’une facon irrécusable, une relation possible entre la gravité des manifestauons individuelles d’une syphilis et la gravité des conséquences héréditaires de cette même syphilis.
Mais cette relation est bien loin d’être forcée, voire d’être habituelle.
De cela, maintenant, je vais établir la preuve.
[. — D'abord, il n’est pas rare qu’une syphilis grave n'offre pas de gravité comme conséquences héréditaires.
Exemple le cas suivant, dû au D" Notta et se résumant en ceci :
Un homme contracte la syphilis en 1856. Il est pris en 1857 d'accidents cérébraux. Voilà done, par excellence, une syphilis grave, puisqu'elle se traduit, dès la seconde année, par la modalité d’accidents les plus sérieux que comporte la maladie. Eh bien, qu'arrive-t-1l? À peine remis de ses accidents cérébraux, eet homme se marie, et il devient père à bref délai d’un enfant parfaitement sain.
J'ai dans mes notes plusieurs cas de ce genre. A la vérité, je dois reconnaître que, dans tous ces cas, un traitement énergique et proportionné à la gravité même de la forme morbide a toujours été mis en œuvre. On pourrait done arguer de là — et non sans quelque raison — que c’est au traitement qu'a été due l’absence de transmission héréditaire. Toujours est-il que, même dans ces conditions, c’esta-dire même avec l’appoint secourable du traitement, 1] n’est pas peu surprenant de voir la naissance d'enfants absolument sains succéder — et cela aux manifestations
souvent à courte échéance les plus graves que comporte la syphilis, telles que phagédénisme, syphilides malignes, encéphalopathies, etc.
C’est ainsi qu'un de mes clients — comme dans le précédent exemple —, à peine rétabli d’une sy-
philis cérébrale grave, qui s'était accusée notamment par deux hémiplégies, se maria et devint père presque immédiatement d'un enfant qui naquit à terme, vivant, sain, et qui reste encore indemne, à l’âge de six ans, de tout accident spécifique.
Voici, enfin, un autre fait qui, à coup sûr, vous paraîtra peu croyable et dont je puis cependant vous garantir l'authenticité. Un jeune homme contracte en 1872 une syphilis qui ne tarde pas à revêtir une forme maligne. — En 1893, il subit une effroyable poussée de syphilides ecthymateuses ou rupiales; puis, il est pris d’une syphilis cérébrale des plus menaçantes. Il n'échappe véritablement à la mort que par miracle. — L'année suivante, nouvelle invasion de syphilides de même gravité. — Or, cette même année, malgré tout ce que je pus dire et faire, ce jeune homme se maria! Sa femme devint enceinte presque aussitôt, et accoucha d’un enfant sain!
Notez, de plus, que cet homme était si peu guéri à l’époque où il procréa cet enfant que, chacune des trois années suivantes, il fut encore repris de divers accidents spécifiques (hémiplégie nouvelle, syphilides tuberculeuses, ete.).
IL. — En second lieu, se présente un résultat d'observation bien autrement important à enregistrer pour la pratique.
C'est que la bénignité d'une syphilis n'est en
rien une garantie de bénignité quant à ses conséquences héréditaires.
Sans doute une syphilis bénigne comme symptômes peut rester bénigne quant à ses résultats d’hérédité. Mais cela n’a rien d’obligatoire, de forcé. Le contraire peut tout aussi bien se produire et se produit fréquemment.
Il est absolument commun, en effet, de rencontrer des syphilis qui, moyennes où même légères, voire presque insignifiantes quelquefois en tant que symptômes personnels, sont devenues graves, pernicieuses même (le mot n’a rien d’exagéré), en tant que conséquences d’'hérédité.
Laissez-moi vous citer sommairement une dizaine d'exemples, comme spécimens du genre.
Obs. I. — Père syphilitique; — syphilis légère. — Mère saine. — Deux enfants morts : l’un, à quelques jours, de faiblesse congéniale ; — le deuxième, à deux mois, d'accidents multiples de syphilis héréditaire,
Obs. IT. — Père syphilitique; — syphilis légère. — Mère saine. — Trois fausses couches.
Obs. IIT. —— Père syphilitique; — syphilis légère. — Mère saine. — Trois enfants morts ; le dernier affecté de syphilis dûment constatée.
Obs. IV. — Père syphilitique; — syphilis légère. — Mère saine.
— Cinq grossesses : deux fausses couches ; — deux enfants mort-nés ; — un seul enfant {le cinquième) survivant et sain. Obs. V. — Père syphilitique; — syphilis légère. — Mère saine.
— Quatre fausses couches.
Obs. VI. — Père et mèresyphilitiques ; — syphilis légère chez l’un et chez l’autre, Dix grossesses : six enfants morts {syphilis héréditaire constatée sur deux d’entre eux) ; — quatre enfants vivants, paraissant indemnes. Obs. VII. — Père et mère syphilitiques; — syphilis a chez les deux parents.
Premier enfant mort; — deuxième enfant survivant, mais encore affecté aujourd’hui (à l'âge de quinze ans) d'accidents de syphilis héréditaire tardive.
Obs. VIII. — Père sain. — Mère syphilitique, mais n'ayant jamais présenté que des accidents très légers (taches palmaires et maux de tête).
Quatre grossesses: quatre fausses couches.
Obs. IX. — Père et mère syphilitiques; — chez tous les deux, syphilis légère.
Trois grossesses : deux fausses couches; — le troisième enfant survivant, mais syphilitique.
Obs. X. — Enfin, une très curieuse observation, que je dois à
mon collègue et amile D'A. R..., nous montre l'exemple d’un jeune homme qui, traité dès le début de son chancre, et longtemps, assidûment traité, resta exempt de toute manifestation spécifique, c'est-àdire ne présenta même pas le plus léger accident secondaire, n’en présenta pas un, pas un seul, et n’aboutit pas moins, trois ans plus tard, à procréer un enfant qui infecta sa mère in utero et fut expulsé par avortement.
La syphilis, chez la jeune mère, resta de même exceptionnellement bénigne, en se bornant à ces deux symptômes : roséole et alopécie.
Eh bien, de ce couple si épargné naquit, deux ans plus tard, un second enfant, qui fut bientôt affecté des accidents syphilitiques les moins douteux (syphilides cutanées, plaques muqueuses, sarcocèle, pseudo-paralysie de Parrot, etc.).
Voilà done autant de syphilis légères — légères soit chez le père, soit chez la mère, soit sur les deux parents, — qui ont abouti héréditairement aux conséquences les plus graves.
Et ce n'est pas tout. J'ai dit que d’une syphilis légère peut dériver une hérédité pEerNicreuse. Je tiens à légitimer ce dernier mot.
Dans les quatre cas suivants, la syphilis des parents est toujours restée légère, réduite à quelques manifestations superficielles d'ordre secondaire,
telles que roséole ou plaques muqueuses; et cependant l’hérédité spécifique ne s’en est pas moins traduite de la façon désastreuse et navrante que