‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 26 sur 67 · LOI DE BAUMES. II · texte numérisé non relu

LOI DE BAUMES. II

Cette particularité, e est l’immunité singulière dont parait jouir une mère vis-à-vis de son enfant syphilitique; — immunité telle et semblant si bien démontrée qu'on l’a élevée jusqu’à la dignité d'un dogme, d’une or scientifique, actuellement désignée (et bien à tort, comme nous le verrons) sous le nom de l’auteur qui l'aurait, croit-on, le premier formulée, à savoir : loi de Colles.

Qu'est-ce que cette loi? Quelle en est la teneur, et surtout quelle en est la valeur scientifique? C’est là ce qui s’impose maintenant à notre étude.

LOI DE COLLES, ou mieux ; LOI DE BAUMÉS.

Un spectacle étrange, extraordinaire, nous est parfois offert en clinique. C'est celui d’une mère saine, allaitant son enfant criblé d'accidents syphilitiques des plus contagieux, et restant saine à son contact.

Je vais préciser par un exemple; et cet exemple, je le copierai textuellement sur l’une des nombreuses observations de ce genre que j'ai dans mes cartons.

Un jeune ménage se présente à nous ici-même, la mere portant dans ses bras un enfant qu’à sa physionomie hideuse et toute spéciale chacun de

nous reconnait au premier coup d'œil comme affecté d’hérédo-syphilis.

Le père nous raconte, en effet, qu'il a eu la syphilis deux ans avant son mariage. Il s’en est très légèrement et très incomplètement traité. — Sa femme est devenue enceinte presque aussitôt après les noces; et elle est accouchée, il y a deux mois et demi, d’un enfant qui, dès sa deuxième ou sa troisième semaine, a été affecté d'accidents reconnus syphilitiques par divers médecins. On a traité cet enfant; mais son mal n'en a pas moins empiré, et c'est pour cela qu'on nous l'amène.

Nous examinons l'enfant, et nous le trouvons littéralement criblé d'accidents syphilitiques (je vous en épargne le détail qui n'aurait aucun intérêt en l'espèce). Il est couvert notamment de syphilides ulcératives au niveau des fesses, des cuisses, du serotum, ete. — Sa bouche, en particulier, est le siège de plaques muqueuses multiples, affectant les lèvres, les commissures, la langue, le voile du palais, ete. — Son menton n’est qu'une nappe ulcérocroûteuse. — Et ainsi de suite.

En pareille condition, que pouvions-nous, que devions-nous nous attendre à trouver sur la mère, sur cette mère qui, de plus, nourrissait cet enfant? Toutes les présomptions n'étaient-elles pas, avant examen, pour que cette femme, elle aussi, fût affectée de syphilis ? Si déjà elle n'avait reçu la syphilis de son mari ou de son enfant avant l’accouchement, n’avait-elle pas dû, depuis lors, la rece-

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voir de ce dernier en sa qualité de nourrice? Car, dans cette dernière hypothèse, comment aurait-elle pu échapper à une contagion qui, pour ainsi dire, est de règle chez les nourrices ?

Donc, suivant toute probabilité, nous allions trouver cette femme en état de syphilis.

Eh bien, pas du tout.

Nous commencons par interroger cette femme, et ses réponses ne nous révèlent rien. D'abord, son passé de jeune fille parait à l'abri de tout soupçon. D'autre part, depuis son mariage elle n’a éprouvé, nous dit-elle, aucun accident, aucune indisposition même, à cela près de quelques malaises dépendant de la grossesse. Elle n’a aucun souvenir d’un symptôme morbide quelconque ayant trait à la syphilis.

Nous la soumettons alors à un examen complet, aussi complet que possible, prolongé, minutieux. Nous inspectons les seins avant tout, puis la vulve, la peau, les muqueuses, les ganglions, les os, ete., ete. ; et le résultat de nos investigations se résume en un seul mot : Aiten. Bref, nous ne découvrons aucun symptôme, aucun stigmate qui puisse éveiller le plus léger soupcon soit d’un état svplulitique aetuel, soit d’antécédents de syphilis. — Somme toute, cette femme est saine, où du moins elle ne diffère en rien d’une femme saine.

Elle séjourne alors dans notre service pendant plusieurs mois, toujours en continuant à allaiter son enfant; — sortie de hôpital, elle revient assez

regulièrement, pendant une année environ, à nos consultations du mercredi. Et, pendant tout ce temps, examinée à maintes et maintes reprises, elle est invariablement trouvée saine, exempte de tout accident suspect.

Voila le fait.

Eh bien, messieurs, ce fait particulier n’est que la reproduction, la photographie, dirai-je, de cas identiques qui se présentent fréquemment à l’observation et dont un assez grand nombre déjà sont insérés dans diverses publications (journaux de médecine, recueils spéciaux, monographies, thèses, ete.). Tous ces cas, dont je juge inutile de vous citer à nouveau quelque spécimen, se résument toujours et invariablement dans le schéma que VOICI :

D'une part, enfant syphilitique, issu d’un père syphilitique, et présentant (à la bouche notamment) des accidents de forme contagieuse, ultra-contagieuse ; — d'autre part, mère saine antérieurement, saine encore actuellement, et restant saine, bien qu'allaitant ledit enfant.

Ainsi done, au total, voici le fait clinique en question :

Une femme, mère d'un enfant syphilitique, mais restée saine jusqu alors, semble réfractaire à la contagion syphilitique vis-à-vis de son enfant.

Cet enfant, qui porte les lésions les plus conta-

gieuses, elle est en contact permanent avec lui, de

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