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LOI DE BAUMÉS.
une immunité réelle, indéniable, de la mère vis-àvis de la syphilis de son enfant, quelque inexplicable que puisse être cette immunité.
Raisonnement parfait, excellente expérience, n'était la morale qui intervient alors (ai-je besoin de le dire?) pour réprouver au préalable un tel procédé de recherches scientifiques. Jugez, en effet, quelle serait la situation d’un médecin qui, sous prétexte de juger une question scientifique, aboutirait à ceci : conférer la vérole à une femme saine! Quelle responsabilité, quels regrets, quels remords!
Et cependant cette expérience a été faite. Je me garderai de juger ce que j'ignore, à savoir les sentiments des médecins qui se sont crus autorisés à tenter une telle chose, et les mobiles particuliers, sans doute fort légitimes, qui ont déterminé leur résolution. Ils ont estimé, sur tels ou tels considérants, pouvoir instituer l'expérience, et ils l’ont instituée ; c’est leur affaire, et non la nôtre. En tout cas, et sans nous préoccuper du côté déontologique de la question, profitons de leurs résultats ; c’est la seulement ce qui nous intéresse pour l'instant.
Or, voici, d’abord, un fait relaté par le docteur Caspary.
Un homme de quarante ans, marié et ayant eu déjà des enfants sains, contracte la syphilis en 1852. Instruite, des le début, de l’état de son mari, sa femme évite tout rapprochement jusqu'à l’époque où l’on juge ledit conjoint inoffensif et guéri. —
Fournier. — L'Hérédité syphilitique. 15
Elle est observée alors avec le plus grand soin, et ne présente jamais le moindre accident suspect. — En octobre 1874, elle devient enceinte et avorte à six mois. — On croit découvrir des gommes dans le placenta.
Dans ces conditions, voulant juger si cette femme était syphilitique ou non, en vue de déterminer s’il y avait lieu ou non de lui prescrire un traitement spécifique, le docteur Caspary (avec le consentement de sa cliente) se résout à essayer une inoculation. Il recueille le produit de sécrétion de plaques muqueuses sur un homme syphilitique qui n'avait encore subi aucun traitement, et l’inocule à cette femme sur le bras gauche.
Résultat nul, absolument nul. — L’inoculation reste stérile; et rien ne se produit ultérieurement‘.
Second fait, dû à Neumann.
Une jeune femme, saine jusqu'alors, accouche d’un enfant syphilitique, lequel est affecté, entre autres lésions, de plaques muqueuses des lèvres. Elle allaite cet enfant, sans qu'il en résulte pour elle aucun dommage.
Et cependant (remarquez ceci) les lésions de l’enfant étaient d’ordre absolument contagieux; ear cet enfant, à cette époque même, snfecta sa grand mère maternelle, qui, pour soulager sa fille, gardait souvent le bébé et faisait ce que font toutes les
grand’'mères, c’est-à-dire le couvrait de caresses, en
1. Vierteljahresschrift für Dermatologie. 1875.— Analyse dans la Revue des Sciences médicales, par Hayem, 1877, t. IX, p. 231.
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l’'embrassant aussi bien sur la bouche que sur les autres parties du visage. Or, cette femme contracta de la sorte de son petit-fils un chancre induré de la lèvre, bientôt suivi d’un exanthème spécifique.
Et la mère cependant restait toujours saine !
C’est alors que Neumann entreprit sur elle une série d'expériences. Il Pinocula non pas une fois, mais seize fois, dans l’espace d’un mois; et il l’inocula sur différentes parties du corps, tantôt avec l’exsudat d'un chancere syphilitique, tantôt avec le produit sécrété par des papules secondaires. Or, ces inoculations multiples demeurèrent toutes stériles. La jeune femme fut gardée près de six mois en observation (171 Jours exactement), et jamais il ne fut possible de constater sur elle le moindre signe d’une infection syphilitique*.
Voilà, je crois, deux faits probants, dont le dernier surtout (par ses inoculations singulièrement multiples) est de nature à satisfaire toutes Les exigences.
En conséquence, la question est jugée, et c’est en toute assurance que nous pouvons dire ceci :
Oui, incontestablement oui, les mères qui, d’une façon invariable, résistent à la contagion syphilitique pouvant dériver de leur enfant, sont des femmes syphilitiques. Et, si ces femmes ne reçoivent pas la syphilis de leur enfant, c’est tout sim-
1. Observ. reproduite dans les Annales de Dermat. et de Syphil., 1885.
plement parce qu'elles sont déjà en état de syphilis.
Elles ne la reçoivent pas, elles ne peuvent la recevoir de leur enfant, pas plus qu'un sujet svphilitique ne recoit, ne peut recevoir une nouvelle syphilis d’une inoculation qui lui est faite avec une sécrétion syphilitique quelconque; — et cela, je le répète encore, parce que la syphilis ne se double pas sur un même sujet, parce qu'on n'a pas deux fois la vérole.
Ah! alors, avec la connaissance de ce fait, e’està-dire avec la démonstration d'un état syphilitique chez ces mères en apparence saines et en apparence réfractaires à la contagion syphilitique, voyez comme tout se simplifie à l'instant, comme tout devient clair et rentre dans la règle.
Tout à l'heure, alors que nous ignorions si les femmes en question étaient syphilitiques, alors que nous n'avions aucune preuve pour les juger telles, et que, bien au contraire, toutes les présomptions nous conduisaient à les considérer comme saines, nous étions forcés de rompre avec l’ordre des faits connus et de supposer quelque anomalie mystérieuse aux lois communes, pour trouver une raison à cette extraordinaire immunité de la mère vis-à-vis de son enfant.
Tandis qu'a présent, avec la notion de la syphilis chez ces femmes d'apparence saine, voici que l'exception, la prétendue exception rentre dans la règle, et que le fait extraordinaire qui nous tenait en échec devient simplement un cas particulier
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d’une grande loi générale, d’une loi qui domine toute l’histoire de la syphilis, à savoir la lot d'unicité de la syphilis, la loi d’après laquelle la syphilis ne se double pas dans l'organisme humain.
Il n'y a donc plus là de mystère; il n’y a donc plus d'exception; 1l n'y a donc plus de loi de Baumès ; il n’y a qu'un fait d'ordre commun.
Reésumons-nous et disons :
I. — Une femme, mère d'un enfant qui a recu héréditairement la syphilis de son père, n'a rien à redouter de cet enfant comme contamination
syplilitique.
IT. — Et elle n'a rien à redouter de lui pour la simple raison qu'elle-même est en puissance de syphilis, et, conséquemment, non susceptible de recevoir la syphilis à nouveau.
Voila, messieurs, le problème résolu quant à l’un de ses points, et quant au principal, à celui d’où dérivent des enseignements pratiques que nous aurons bientôt à relever. Mais, à côté de celui-ci, que d’autres vont surgir actuellement! Qu'est-ce donc, en effet, que cette syphilis latente, dont nous venons de constater expérimentalement l’existence chez les mères d'enfants héréditairement infeetés de syphilis par leur père? Est-ce la syphilis d'ordre commun, ou une syphilis d'ordre spécial ?
te re one
Quelle sera l’évolution de cette syphilis? Quelles pourront en être les conséquences? etc., ete. Autant de questions nouvelles qui vont maintenant s'imposer à notre examen.
La première de ces questions, celle que logiquement nous devons essayer de résoudre tout d’abord, est relative à la provenance de la syphilis chez la femme infectée de la façon que nous venons de dire.
De qui cette femme tient-elle sa syphilis ?
Diverses hypothèses se présentent à ce propos. Voyons quelle créance il convient d'accorder à chacune d'elles.
I. — En premier lieu, serait-il à supposer que cette femme püt devoir son état de syphilis soit à un état hérédo-syphilitique, soit à une infection accidentelle ou autre contractée dans l'enfance ou la jeunesse ?
Certes, cette hypothèse n’a rien d’inadmissible en soi. Mais notez qu'elle nous place sur le terrain des exceptions. Or, ce n’est pas par des exceptions qu’on explique un fait courant. Qu'une telle interprétaon puisse à la rigueur être produite dans un cas isolé, particulier, soit! Mais elle ne saurait être apphicable à tous les cas, et ces cas, je le répète,
sont d'observation presque journalière. D'ailleurs, que je sache, dans aucune des observations de ce genre relatées dans la science, non plus que dans aucune de celles que j'ai recueillies, ne se trouve mentionné le moindre symptôme, la moindre particularité propre à éveiller un tel soupçon sur l'ori-
gine de la syphilis. — Done, inutile d’insister sur ce point.
Il. — Sommes-nous plus autorisés à supposer
que, si cette femme est syphilitique, c’est qu'elle a contracté la syphilis depuis son mariage, et que cette syphilis serait passée inaperçue?
Cela serait, à coup sûr, plus admissible. Disons même que le fait a certainement dü se produire quelquefois.
Mais, d’une façon générale, cette hypothèse ne saurait encore nous satisfaire, et voici pourquoi. D'une part, elle ne saurait manifestement expliquer tous les cas. Je veux bien, en effet, que la syphilis ait pu rester inaperçue une fois ou plusieurs fois ; mais qu’elle soit restée inaperçue dans les centaines de cas semblables que l’on a déjà cités, voilà ce que personne ne pourra jamais consentir à admettre. — D'autre part, il est un grand nombre de ces cas où, bien sûrement, la syphilis contractée dans le mariage n'aurait pu échapper à la vigilance soit de médecins connaissant les antécédents du mari et invités par ce dernier à surveiller la santé de sa femme, soit de maris médecins, se sachant
syphilitiques, redoutant les dangers encourus par leur femme et épiant sur elle l'apparition du moindre symptôme suspect.
Done, cette seconde interprétation n’est pas plus recevable que la précédente.
Il. — Mais alors, si cette femme n’était pas syphilitique avant son mariage et si, depuis son mariage, elle n’a pas reçu la syphilis par contagion, nous voici naturellement et forcément amenés à la dernière supposition possible, à savoir : qu’elle tient la syphilis de son enfant.
Eh bien, telle est, je crois, la seule interprétation à laquelle nous puissions nous rattacher, et cela pour les deux raisons suivantes :
D'abord, parce que cette interprétation est en quelque sorte forcée, parce qu'elle s'impose, après exclusion légitime de toute autre. Puisque la syphilis de cette femme ne dérive d’aucune des origines que nous venons d'éliminer tour à tour, il faut bien de toute nécessité qu'elle procède de l'enfant, lequel reste, en définitive, le seul agent qui ait pu lui communiquer l'infection.
En second lieu, cette interprétation est absolument rationnelle et scientifique. Et, en effet, puisque la syphilis (cela est établi par ce qui précède) se transmet par la voie placentaire, 1l n’est rien que de très naturel, de très simple, à ce que cette femme ait subi ce mode d'infection, c’est-à-dire à ce qu'elle ait reçu la syphilis de son enfant.
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Logiquement, done, cette conclusion s'impose ; et nous terminerons en disant :
La mère qui semble réfractaire à la syphiis de son enfant n'y résiste en réalité qu'en raison de l'infection qu'elle a reçue de cet enfant in utero.
SYPHILIS CONCEPTIONNELLE LATENTE
Seconde question. — S'il est démontré que, dans les conditions susdites, la femme qui reste réfractaire à la syphilis de son enfant est en puissance de syvphilis, qu'est-ce donc que cette syphilis étrange dont elle est affectée? Qu'est-ce done que cette syphilis muette, silencieuse, qui ne se traduit sur cette femme par aucun symptôme, et dont témoigne seule sa résistance à la contagion?
Eh bien, à cette question, nous ne pouvons répondre autrement que par une affirmation du fait. Car, si nous connaissons le fait, si nous le constatons, s’il existe pour nous à l’état d’une vérité cliniquement et expérimentalement démontrée, nous n'en savons rien de plus. Nous voyons les choses, mais le pourquoi et le comment de ces choses nous échappe absolument.
Ah! oui, c’est là, à coup sûr, une syphilis étrange ; disons même mieux — et le mot n'aura rien d’exa-
géré — c’est là une syphilis extraordinaire. Extraordinaire, par cela même qu’elle reste latente, « imperceptible », suivant l'expression de M. Diday, extraordinaire parce qu’elle ne s’accuse par rien d'extérieur, non plus que par aucun trouble, aucune souffrance, aucune perturbation physiologique appréciable. Or, en l'espèce, c’est là plus qu'une anomalie, plus qu'une singularité, plus qu'une exception ; c’est là quelque chose de tout particulier; c’est là une modalité pathologique, une facon d’être pour la syphilis absolument différente des divers types usuels, courants, sous lesquels nous sommes habitués à l’observer ; c’est là, en définitive, un type nouveau — nouvellement remarqué tout au moins — sous lequel la maladie s'impose à nous.
Eh bien, que voulez-vous ? Nous ne sommes que des observateurs, et notre rôle est d'enregistrer les faits cliniques au fur et à mesure qu'ils se présentent, et surtout de les enregistrer tels que nous les voyons, tels qu'ils sont, sans chercher à en altérer ni la forme, n1 la signification, au gré d'idées personnelles ou préconçues, au gré de théories antérieures, de systèmes préexistants.
Certes, cela peut nous choquer au premier abord d'être conduits à admettre une sorte de syphilis muette, une syphilis sans symptômes, et surtout sans symptômes immédiats; cela blesse nos convictions; cela constitue une révolution dans les idées reçues. Eh bien, tant pis pour les idées reçues, voilà tout. Si elles ne représentaient qu’une
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doctrine étroite et incomplète, nous n'avons pas à les regretter ni à prendre parti pour elles au nom à AR | de ce qu'on pourrait légitimement appeler la routine. Si elles ne représentaient qu’une part de la vérité et non la vérité tout entière, il est bon ? D. 8 e \ L r qu'elles s’élargissent pour faire place à des idées nouvelles, à des aperçus nouveaux, sous la condition toutefois que ces choses nouvelles se présentent avec la garantie et l'authenticité de faits scientifiquement démontrés.
Or, pour préciser, voici l’état de la question.
Jusqu'à ce jour nous ne connaissions, nous n'étions accoutumeés à considérer la syphilis qu’au tre d’une disposition morbide en activité, en expansion, en explosion, passez-moi cette facon de dire; nous n'admettions qu'une syphilis traduisant sa présence dans l’organisme et surtout sa prise de possession de l'organisme par des symptômes habituellement multiples, remarquablement multiples même dans la plupart des cas, non moins que divers comme formes pathologiques et comme localisations. Nous n'acceptions la syphilis, pour mieux spécifier encore, que sous les deux types suivants :
1° La syphilis de contagion, ou syphilis complète, reconnaissant le chancre comme accident de début, comme exorde, puis, quelques semaines après le chancre, prenant son expansion sous forme d'accidents généralisés, toujours nettement et trop
nettement appréciables. — C'est là, inutile de le dire, la syphilis usuelle ou courante, celle que nous rencontrons dans l'énorme majorité des cas.
2° La syplulis incomplète ou décapitée, s’épanouissant d'emblée, sans étape primaire, par des accidents généraux, accidents d’ailleurs non moins divers, non moins évidents et non moins appréciables que ceux du type précédent. — Sous ce second chef viennent se ranger, d’une part, la syphilis héréditaire, et, d'autre part, la syphilis par conception, telle que je vous l'ai décrite dans ce qui précède.
Nous connaissions, nous acceptions ces deux types de syphilis; mais nous n’en connaissions et nous n'en admettions pas d'autre. Nous nous serions refusés à admettre, faute de preuves, un type de syphilis pouvant exister sans symptômes, une syphilis latente, ne se révélant, ne se trahissant par aucune manifestation.
Eh bien, les choses ont marché, l'observation s’est étendue, et force nous est aujourd'hui de suivre le mouvement en disant :
Oui, incontestablement oui, à côté et indépendamment des deux types de syphilis admis Jjusqu’alors, il en est un autre, 1l en est un troisième, très différent des deux premiers, lequel consiste purement et simplement en ceci :
Une IMPRÉGNATION SYPHILITIQUE DE L'ORGANISME SANS SYMPTÔMES APPARENTS.
Ce type nous est offert par l’état de ces femmes qui, ayant porté dans leur sein un enfant procrée
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syphilitique par un père syphilitique, deviennent de ce chef syphilitiques, mais sans présenter de symptômes appréciables de syphilis.
Chez ces femmes, l’imprégnation syphilitique est nettement démontrée par un double témoignage, à SAVOIT :
1° Parce qu'elles restent réfractaires à la contagiosité des accidents spécifiques présentés par leur enfant, accidents qui (nous en avons la preuve) contamineralent à coup sûr toute autre nourrice saine, toute personne saine autre que la mère de cet enfant ;
2° Parce que toute inoculation syphilitique pratiquée sur elles, toute tentative faite en vue de leur conférer la vérole, reste stérile.
Donc ces femmes sont syphilitiques. Mais elles le sont — chose extraordinaire, ou du moins extraordinaire par rapport aux idées reçues — elles le sont, dis-je, comme si elles ne l’étaient pas; elles le sont, en quelque sorte, à l'état platonique. Impossible, cliniquement, de les différencier d’une femme saine.
En conséquence, il s’agit bien là d’une modalité d'infection syphilitique sui generis..Ce type, nous l’avions méconnu jusqu'à ces derniers temps ; admettons-le désormais, ear 1l est authentique, :ear il a fait ses preuves, et nous serions mal venus à le récuser.
Au total, done, il résulte de toutes les discus-
sions qui précèdent qu'indépendamment des deux types usuels et classiques de syphilis il en existe sûrement un troisième consistant en ceci : une &nprégnation syphilitique latente de l'organisme, se produisant chez les femmes qui ont concu un enfant syphilitique d'un homme syphilitique, et dérivant sans nul doute pour elles de la syphilis de cet enfant.
En un mot, disons qu’il existe ce qu'on peut appeler une SYPHILIS CONGEPTIONNELLE LATENTE.
Cela établi, ai-je besoin d’ajouter qu'il nous est interdit — quant à présent du moins — de pénétrer plus avant dans l’histoire de cette syphilis conceptionnelle latente ?
Quel est l'avenir de cette syphilis spéciale ? Quelles en sont les conséquences possibles pour la malade ? Quelles pourraient en être les conséquences héréditaires, alors qu'une femme ainsi affectée viendrait, je suppose, à concevoir un enfant d’un homme sain? Telles sont les questions (sans parler de bien d’autres encore) qu'il serait essentiellement curieux de pouvoir discuter, approfondir et résoudre. Mais nous sommes loin d’être en état d'aborder de pareils problèmes. C’est qu'en effet il s’agit ici d’un sujet absolument Jeune, dont l'étude est à peine ébauchée. Nous marchons sur un terrain en friche, où quelques jalons seulement commencent à être posés.
J'ai à cœur cependant de poursuivre cette étude,
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EE
et je vais essayer de la poursuivre. Mais soyez avertis qu'à dater de ce moment nous quittons les régions des vérités acquises et démontrées. Soyez avertis que, dans tout ce qui va suivre, j'aurai bien moins souvent à formuler des solutions qu’à poser des problèmes.
N'importe. Il y a souvent avantage à faire le bilan de ses connaissances pour se rendre compte de ce qu'on ne sait pas ; 11 y a souvent avantage à soulever des questions auxquelles il est impossible pour l'instant de répondre, ne serait-ce que pour se tracer un plan d’études et pour indiquer aux chercheurs la direction, le sillon où 1l conviendra qu'ils ouvrent la tranchée.
Une première question se présente.
Quel est l'avenir de cette syphilis conceptionnelle originairement latente ? Sera-ce une syphilis seulement latente à temps, pour une période quelconque, ou bien une syphilis indéfiniment latente, latente à perpétuité ?
Certes, nous connaissons cette syphilis à ses origines ; et, pour l'avoir observée des centaines de fois àa ce terme, nous sommes en mesure d'affirmer qu'elle reste bel et bien latente, absolument latente, au cours de ses premières années, c’est-à-dire durant toute cette étape qui représente par excellence la phase d'activité et d’effervescence de la maladie, la phase où les manifestations morbides, multiples et extérieures, risquent le moins de rester inaperçues.
Sur ce point les observations abondent et déposent toutes en le même sens. De par elles, 1l est certain, absolument certain, que quantité de femmes, mères d'enfants syphilitiques, n’ont jamais présenté le moindre phénomène suspect au cours des premières années de l’infection, et cela alors que ces femmes étaient, pour la plupart, attentivement surveillées par leurs médecins relativement à la syphilis qu'on avait tout lieu de redouter pour elles. Voila un fait acquis en ce qui concerne les premières années de la diathèse.
Mais au delà ?— Au delà, les malades sont généralement perdues de vue dans la pratique ou cessent d’être surveillées, parce que tout naturellement la défiance, les appréhensions des premiers temps ont fait place à une sécurité complète.
Cependant, nous possédons encore un bon stock d’observations desquelles il résulte que des mères d'enfants syphilitiques sont restées saines, absolument saines, 6 ans, 8 ans, 10 ans, 19 ans aprés leur accouchement. — Quelque sexemples :
G. Behrend a relaté le cas d’une femme qui, après avoir fait sept fausses couches et avoir donné naissance à trois enfants syphilitiques, n’en était pas moins restée indemne de tout symptôme suspect pendant une durée de quinze ans”.
Les D° Morel-Lavallée et Hudelo ont publié
un cas où une femme était encore saine 14 ans