‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 29 sur 67 · G. Behrend, Berlin. Klin. Wochenschrift · texte numérisé non relu

G. Behrend, Berlin. Klin. Wochenschrift

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après la naissance de deux enfants syphilitiques".

Un cas du D' Meneault, recueilli iei-même, nous montre une femme restée indemne pendant quinze années, après siX grossesses qui s'étaient terminées de la façon suivante : deux par fausses couches; — deux par naissance d'enfants qui moururent rapidement; — deux par naissance d'enfants syphilitiques *.

Pour ma part, je trouve dans mes notes de ville un assez grand nombre de cas semblables, où des femmes, après avoir donné le jour à des enfants syphilitiques, n'ont jamais présenté rien de suspect, et cela pour des laps de temps plus ou moins longs, à savoir de 10 à 15 et 18 ans.

Donc, en somme, nous possédons d’ores et déjà un nombre suffisant d'observations pour être en droit de dire que l’immunité des premières années peut se prolonger un temps considérable.

Mais cette immunité peut-elle aller plus loin, et surtout (ce que nous aurions besoin de savoir pour une grande question qui va s'imposer à nous tout à l'heure) peut-elle être indéfinie ; constitue-t-elle une zmmunilé à vie, une sorte de vaccination persistante ? Cela, nous lignorons ; et nous lignorons par disette d'observations. — Rien de plus à en dire.

Ici done est une lacune; lacune bien difficile à combler sans doute, puisque le fait dont il s’agit n’est démontrable que par une surveillance indéfi-

.1V:Riocreux. Thièse-citéé,:p: 62.

a Vs-Riocreux.: Thèse: Gitée por.

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niment prolongée des malades, s'étendant sur toute une vie, et que des observations de cet ordre, pour n'être pas impossibles arencontrer, ne PHP Jamais que des plus rares.

Au total, conséquemment, le bilan de nos connaissances sur ce premier point se résume en ceci :

La syphilis conceptionnelle latente peut être longuement latente, latente pour des périodes plus ou moins considérables de lexistence; — mais il n’est pas démontré qu'elle puisse rester indéfiniment latente.

Et, vraisemblablement, en effet, cet état latent de la maladie n'aurait pas pour essence de rester indéfini, s’il faut ajouter foi à un autre ordre de faits dont je dois maintenant vous parler.

Pour certains médecins, pour Hutchinson‘ par exemple, la syphilis conceptionnelle latente ne se-

1. D’après Hutchinson, la loi de Colles ne saurait trouver d’explication possible que dans l'infection de la mère. Et cependant notre distingué collègue est le premier à reconnaître que très généralement on ne constate pas de signes d'infection chez la mère. Si donc cette femme est syphilitique, dit-il, il faut qu’elle le soit d'une certaine facon, suivant un certain mode qui lui permette d’être syphilitique sans manifestations apparentes.

Eh bien, continue-t-il, c’est là ce qui a lieu, vraisemblablement. Il est à croire que la syphilis maternelle dérivant x utero d’un fœtus syphilitique est une syphilis d'ordre spécial, une syphilis mitigée, tempérée, adoucie, susceptible de ne s’accuser par aucun symptôme extérieur ou bien de rester longtemps latente, voire indéfiniment latente. Par conséquent, cette syphilis peut nous échapper, peut se dérober à toutes nos investigations, alors cependant qu’elle existe et qu’elle a infecté l’organisme maternel assez

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rait latente qu'à temps, et se traduirait où pourrait se traduire, à terme éloigné, par des accidents spécifiques d'ordre tertiaire.

En autres termes, l'absence de tout symptôme

profondément pour le rendre réfractaire à une contamination ultérieure,

Comme argument à l’appui de cette hypothèse, Hutchinson rappelle que les maladies virulentes affectent une évolution et une gravité très différentes suivant leur mode de pénétration dans l’économie. Voyez, dit-il, le virus varioleux. Introduit dans l’organisme par voie d’inoculation, il ne détermine qu’une affection relativement légère, laquelle n’aboutit à la mort qu’une fois sur . cinq cents. Absorbé au contraire par inhalation, il produit une maladie très grave, qui devient mortelle une fois sur quatre. Appliquez cela à la syphilis, et vous comprendrez facilement qu’une syphilis dérivant d’une contamination par le sang fœtal (fœtal blood contamination) puisse différer absolument, comme évolution de symptômes et comme gravité, de la syphilis dérivant d’une inoculation tégumentaire.

Développant l’exposé de sa théorie, Hutchinson admet la possibilité de trois ordres de cas dans la syphilis par conception, à savoir :

« 1° Un premier groupe, où la diathèse s’accuse par les symptômes habituels de la période secondaire. Ce ne serait là que l’exception ; et même :l est à croire, d’après l’auteur, que les cas de ce genre dériveraient bien plutôt d’une syphilis par contagion ordinaire que d’une syphilis par conception.

2° Un second groupe, où l'infection se caractérise par des symptômes spécifiques, mais d’ordre léger, de forme essentiellement bénigne : état maladif pendant la grossesse, chute des cheveux, et plus tard, « des mois ou des années plus tard », ulcérations de la langue, taches palmaires, gommes du tissu cellulaire,

« 3° Un troisième groupe (celui-ci comprenant pour le moins la moitié des cas), où la maladie ne se traduit par aucun symptôme, par aucun trouble de la santé, — Cette absence de tout symptôme pendant les premières années n’exclut pas la possibilité d'accidents tertiaires dans un avenir plus ou moins distant. Mais, le plus souvent, rien ne se produit, et la femme syphilitique infectée de la sorte reste en général indemne de toute manifestation spécifique

spécifique au cours des premières années serait Indéniable, irrécusable, mais n’exclurait pas la possibilité de l'apparition d'accidents tertiaires dans un avenir lointain. Et, en effet, on a cité un certain nombre de faits calqués sur le schéma suivant :

Femme mariée à un homme syphilitique et accouchant d’un enfant syphilitique; — restant saine néanmoins soit avant, soit après l'accouchement; — restant encore indemne de tout accident spécifique pendant plusieurs années au dela; — puis venant à être aflectée subitement de telle ou telle lésion de caractère indubitablement syphilitique.

Tel est, par exemple, un cas de mon regretté confrère et ami le D' Charrier, cas se résumant en ceci :

Une jeune fille est mariée à un homme qui, quatre mois avant le jour de ses noces, avait été affecté d’un chancre induré, suivi de manifestations secondaires, et qui était encore atteint d’aceidents secondaires au moment précis où il féconda sa femme. — Celle-ci accouche d’un enfant qui, dès le quinzième jour de sa naissance, commence à présenter des manifestations non douteuses de syphilis. — Elle allaite cet enfant pendant quatorze mois. — Or, très attentivement surveillée par le D° Charrier (qui, adversaire déclaré de l’hérédité pendant toute son existence. » Oz Colles law, and on the communication of syphilis from the fœtus to its mother. (Medical Times and Gazette, déc. 1876, p. 643.)

V. aussi P. Diday. Les Syphilis imperceptibles, Le Péril vénérien dans les familles, p. 198.

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syphilitique paternelle, voyait là un échec à ses croyances et devait naturellement épier sur sa eliente le moindre vestige d'infection), cette dame continua à rester saine. Pendant six ans, dit Charrier, il me fut loisible, en ma qualité de médecin de cette famille, d'observer ce qui pouvait se produire sur cette jeune femme. Or rien, absolument rien ne se manifesta sur elle au cours de ces six années.

Puis, tout à coup, la sixième année, il apparut sur le bras de cette femme une tumeur, grosse comme un œuf de pigeon, laquelle, ferme et dure au début, se ramollit bientôt, s'’ouvrit, s’ulcéra, prit les caractères les plus évidents d’une gomme syphilitique, et guérit par le traitement ioduré'.

Deux faits du même ordre, dont il serait inutile de reproduire ici les particularités, ont été observés par M. le D' Barthélemy. Vous les trouverez insérés dans l’excellente monographie du D° Riocreux sur l’'hérédité syphilitique paternelle”.

Et que d’autres n'aurais-je pas à citer pour ma part! Sans parler même de cette foule de eas que nous observons à lhôpital sur des femmes qui entrent dans nos services pour des accidents tertiaires quelconques et chez lesquelles, en l’absence de tout

1. On trouvera cette observation relatée in extenso dans mon livre sur Syphilis et mariage, Pièces justificatives, note VII, p. 399.

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