‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 3 sur 67 · DÉLIMITATION DU SUJET · texte numérisé non relu

DÉLIMITATION DU SUJET

de mes prédécesseurs et de mes contemporains, travaux dont je ne cite aucun pour linstant parce que j'aurai plus tard à en citer bon nombre en leur lieu et place. Mais, vous le pressentez de reste, j'aurais été bien imprudent et bien osé d'aborder un tel sujet, si je ne m'y étais préparé — et de longue date — par des recherches personnelles. J’apporte done à la question mon contingent de matériaux personnels. Depuis plus de vingt-cinq ans je me suis efforcé de pénétrer quelques-uns des mystères de cette si difficile question de l’hérédité syphilitique, et Jai collectionné dans ce but plusieurs centaines d'observations sur la matière (six cents environ). Ces observations, que j'ai recueillies au jour le jour, sans esprit préconçu, sans attache à aucune doctrine, à aucun système, j'ai le droit de les considérer, sauf erreur diagnostique de ma part, comme l'expression de la vérité prise sur nature. C’est à cette source d'informations cliniques que je puiserai le plus souvent, pour la discussion des nombreux problèmes que nous allons avoir à examiner.

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Ces quelques préliminaires établis, entrons de suite en matière.

Et, tout d’abord, délimitons bien exactement notre sujet.

Je viens vous parler, vous ai-je dit, de lhérédité syphilitique. Or, que faut-il entendre par ce terme? Qu'est-ce, pour nous, que l’hérédité syphilitique ?

Chaque science a sa langue, et la médecine surtout a la sienne, dont les mots ont parfois un sens, une attribution, qu'ils ne comportent pas dans le langage usuel. C’est précisément le cas 1e1.

Hérédité, dans le langage courant, n’a pas d’acception plus limitée que celle-ci : transmission des ascendants aux descendants, des géniteurs aux enfants. Hérédité, comme l’enseignent tous les dietionnaires, se dit de « la condition organique en « vertu de laquelle les dispositions, les manières « d’être corporelles ou mentales, physiologiques « où morbides, passent des parents aux enfants ».

Si bien que, pour un homme du monde, la transmission d’une maladie quelconque par voie de génération (la transmission de la goutte, par exemple, d'un père à son enfant) constitue un acte d’hérédité et détermine ce qu'il convient d'appeler une maladie héréditaire.

Si bien aussi que, pour le même homme du monde, une maladie, telle que la variole, venant à être contractée par une femme en état de grossesse, puis à être transmise au fœtus, sera également une maladie héréditaire, pour cette raison qu'elle aura « passé » de la mère à l'enfant.

Voila, pour le langage courant, pour la langue que nous parlons tous en dehors de nos amphi-

DÉLIMITATION DU SUJET. 9 théâtres ou de nos livres, la signification élastique du mot Lérédite.

Mais, en médecine, dans la langue médicale, le mot Aéreédité comporte une signification autre, plus circonserite, mieux définie.

L'hérédité, pour le médecin, n’est plus « tout ce qui passe des ascendants aux descendants > ; c'est seulement (et cela d’une façon conventionnelle, car les mots ne sont jamais qu’affaire de convention) ce qui est transmis lors de la fécondation. C’est l'apport fait au germe, au futur embryon, des qualités propres aux deux cellules génératrices (spermatozoaire et ovule), au moment où de la conjonction de ces deux éléments résulte l'acte mystérieux de la fécondation.

Voilà, exactement et strictement, ce qu'est l’hérédité au sens médical du mot.

En sorte qu'il n’est pour le germe, pour l’ovule fécondé, pour l'être créé, d’autres dispositions héréditaires que celles qui préexistent, chez ses ascendants, à l'acte de la fécondation.

En sorte qu’une maladie transmise des parents à l'enfant ne sera taxée, médicalement, de maladie héréditaire que si elle préexiste chez les parents à l'acte de la fécondation ; — et qu’inversement une maladie transmise à l'enfant au delà du moment de la fécondation ne sera pas un acte d’hérédité, ne sera pas considérée comme maladie héréditaire.

Je précise, en reprenant les exemples précités.

Lo L'HÉRÉDITÉ SYPHILITIQUE.

Un homme goutteux de vieille date, je suppose, engendre aujourd'hui un enfant qui sera goutteux. La goutte transmise à cet enfant sera pour nous d'ordre héréditaire.

Une femme enceinte de trois mois contracte aujourd’hui la variole, puis la transmet à son enfant. Cette variole de l’enfant sera ce que vous voudrez, par exemple une variole par infection ou contagion intra-utérine, mais elle ne sera pas, pour nous, une variole héréditaire.

Ainsi le veut du moins l’acception accordée médicalement au mot hérédité.

Eh bien, ne diseutons pas sur le bien ou le mal fondé d’une telle terminologie. Laissons au mot héreédité le sens que les conventions et l'usage lui ont assigné parmi nous; et, en ce qui concerne notre sujet spécial, disons, puisqu'ainsi le veut la tradition :

1° Que, pour nous et médicalement, la syphilis héréditaire est celle qui dérive pour le fœtus d’une syphilis des ascendants antérieure à la procréation ; |

2° Et que, pour la même raison, ne saurait être considérée comme d’ordre héréditaire la syphilis qui peut être transmise au fœtus au dela de ce terme, c’est-à-dire postérieurement à la procréation.

De peur d’ambiguité, spécifions mieux encore, en ajoutant ceci comme commentaire :

Soit un père syphilitique qui, aujourd'hui, je suppose, engendre un enfant; ou soit, de même,

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