‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 38 sur 67 · IL. — Exceptions à la loi d'atténuation par le traitement · texte numérisé non relu

IL. — Exceptions à la loi d'atténuation par le traitement

L'hérédité syphilitique qui, en général, vous le savez, se laisse si facilement, voire si soudainement influencer par la médication spécifique, s'y montre quelquefois réfractaire. Et alors, contrairement à ce qui est d'observation commune, on assiste au pénible et presque décourageant spectacle de sujets qui, bien que s'étant soumis à un traitement régulier, méthodique, prolongé, conforme à toutes les exigences de Fart, n’en aboutissent pas moins à procréer des enfants syphilitiques ou entachés de quelque modalité de lhérédo-syphilis, tout comme S'ils n'avaient rien fait, tout comme s'ils avaient abandonné la maladie à son évolution spontanée.

Les cas de cet ordre sont rares, fort heureuse-

ment, exceptionnels même. Mais enfin il en existe; on en rencontre de temps à autre en pratique. Et cela, il faut non seulement le dire, mais le signaler expressément à l'attention des médecins, en vue de la question du mariage des sujets syphilitiques.

C'est ainsi que trois de mes clients, par exemple, après des traitements assez longs, variables comme durée entre deux à trois ans, ont engendré des enfants syphilitiques.

Le fait suivant, qui m'a été communiqué par mon collègue et ami le D R..., est éminemment instructif à cet égard, d'autant qu'il ne sera guère dépassé par aucun autre comme intensité de traitement ; vous allez en juger.

Un jeune homme contracte la syphilis. Dès le début du chancre, il est soumis au traitement spécifique et à un traitement qu'on peut dire intensif. Il prend chaque jour (remarquez la dose, je vous prie) de 3 à 6 centigrammes de sublimé, et il continue ce traitement pendant trois ans, avec des intervalles de repos. Si bien que l’évolution morbide est absolument enrayée, et que le malade, très attentivement surveillé par mon ami, examiné au moins une fois par semaine, ne présente même pas un seul accident secondaire.

Au bout de trois ans, il se marie.— Sa femme devient enceinte immédiatement. Or, cette jeune femme, dès le premier mois de la grossesse, commence à présenter des symptômes non douteux

d'infection, tenant manifestement à l’ordre des syphilis dites conceptionnelles. Puis, elle avorte. Alors, nouveau traitement très énergique du

mari. — Traitement non moins énergique de la femme. — Un an après, nouvelle grossesse, qui

amène un enfant à propos duquel j'ai été consulté et que j'ai vu affecté des symptômes les plus évidents d’une syphilis héréditaire(syphilides faciales, plaques muqueuses labiales, lésions osseuses, sarcocèle, pseudo-paralysie de Parrot).

Voilà done un malade chez lequel l'influence héréditaire spécifique n’a pas été conjurée par un traitement énorme, bien supérieur comme énergie et comme durée à la moyenne usuelle, moyenne cependant plus que suffisante, dans la plupart des cas, pour prévenir de tels résultats.

HI. — Æxceptions à la loi d'atténuation par l'influence combinée du temps et du traitement.

Ce n’est pas tout encore. On a vu quelquefois l'hérédité syphilitique résister à la double influence corrective du temps et du traitement. Exemple :

Un jeune homme de vingt-six ans, de bonne constitution, contracte la syphilis en 1875. Je lai suivi et traité pendant tout le cours de sa maladie, et je dois lui rendre cette justice que je n'ai jamais trouvé de client plus rigoureux observateur de mes prescriptions. Sa syphilis a toujours été bénigne et s’est bornée très exactement aux manifestations suivantes : quelques papules éparses sur la peau,

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