ENFANTS SAINS ISSUS DE PARENTS NON GUÉRIS
A preuve, par exemple, les cinq observations suivantes que j’emprunterai à mes notes :
1. — Ménage syphilitique. — Enfant sain. — Deux ans après la naissance de cet enfant, la mère est affectée d’une syphilide gommeuse du front et d’une oreille.
1. — Mère syphilitique. — Pas de renseignements sur le père. — Naissance de deux jumelles saines. — Quelques mois plus tard, mère affectée d’une exostose tibiale et d’une gomme du pied.
ur. — Couple syphilitique. — Naissance d’une fille saine, actuellement âgée de dix-sept ans. — Mère affectée : 1° dix-huit mois après la naissance de sa fille, d’une glossite dépapillante ; 2° onze ans après, d’une glossite seléro-gommeuse extrêmement rebelle.
iv. — Mère syphilitique ; père inconnu. — Enfant sain. — Mère affectée, neuf mois après la naissance de l’enfant, d’une syphilide ulcéreuse du pharvnx, et, deux ans plus tard, d’une gomme palatine.
v. — Père et mère syphilitiques. — Enfant sain, actuellement âgé de vingt-deux ans. — Mère affectée, quatre ans après la naissance de cet enfant, de plusieurs accidents tertiaires : syphilide tubereuleuse ; — ulcérations nasales ; —— nécroses nasales avec horrible ozène, etc.
De tels faits ne sont-ils pas absolument démonstratifs ?
Eh bien, s’il en est ainsi, comment peut-il en être ainsi ? Quelle explication donner à cette indifférence de la diathèse des parents vis-à-vis du produit de conception ? Comment l’agent infectieux de la syphilis, alors cependant qu'il est bel et bien en possession de l'organisme des procréateurs (comme se charge de le démontrer Pexplosion ultérieure d'accidents spécifiques), comment cet agent infectieux, dis-je, respecte-t-11 le germe fœtal, se montre-t-il inoffensif à son égard ?
À fortiori, comment la transmission héréditaire peut-elle ne pas s'exercer, alors qu'au moment méme de la procréation le père ou la mère se trouve sous le coup de manifestations actives de syphilis, ainsi que nous en avons cité précédemment divers exemples qu'il serait superflu de reproduire iei ?
Comment, en vertu de quoi, la syphilis s’affranchit-elle, dans les cas de cet ordre, des lois auxquelles elle obéit le plus souvent ? Que penser, en un mot, de telles immunités, qui véritablement restent pour nous à l'état d’énigmes, de mystères ?
Et, puisque nous en sommes au chapitre des mys-
tères, ne le quittons pas sans signaler un dernier fait non moins bizarre et non moins inexpliqué. Je
veux parler des a/ternances que présente parfois l'hérédité syphilitique.
Il n’est pas impossible, par exemple, que, plusieurs grossesses venant à se produire dans un ménage entaché de syphilis, un enfant naisse sain, entre son aîné venu syphilitique et son puiné également syphilitique; — en autres termes, il n’est pas impossible que la naissance de cet enfant sain soit à la fois précédée et suivie de la naissance d’enfants syphilitiques.
Comme spécimen du genre, je vous eiterai le cas suivant que j'ai observé en ville avec le vénérable D' X...', dont l'autorité donnera à ce fait un caractère d'authenticité absolue.
Un jeune homme syphilitique se marie prématurément. — Sa femme devient enceinte tout aussitôt et l’on constate sur elle, dès les premiers mois de sa grossesse, des accidents non douteux de syphilis.
Cinq grossesses procèdent de ce couple syphilitique et donnent les résultats que voici :
Première grossesse : enfant syphilitique, vu et traité par le D' X...; accidents syphilitiques graves, entrainant la mort.
Deuxième grossesse : naissance d’un enfant sain quira été-observe..surveillé,.Sswivi- par le: D'°X,, et qui n’a jamais présenté le moindre symptôme suspect.
Troisième et quatrième grossesses terminées par
. 1. On concevra le motif qui m’a fait supprimer ici jusqu’à l’initiale de mon vénéré confrère.
avortement (sans cause appréciäble autre que la syphilis).
Cinquième grossesse : deux jumelles toutes deux syphilitiques, manifestement syphilitiques, lune morte du fait de la syphilis.
En résumé : enfant sain encadré (passez-moi le mot) dans une série de quatre enfants infectés.
Les cas de cet ordre sont rares, très rares à coup sûr. Cependant on en rencontre de temps à autre. Des exemples du genre ont été cités par divers auteurs, notamment par Turhmann, Kassowitz", Taylor, Milton *?, Behrend*, Lanery”, ete. Pour ma part, j'en ai huit dans mes notes. L’alternance d’enfants sains et d'enfants diversement éprouvés par la syphilis est done un fait indéniable comme conséquence possible de l'hérédité syphilitique.
Or, à quelles conditions peut se rattacher un fait aussi singulier ?
Par exception, ici, il en est une connue, déterminée, irrécusable. Cette condition, c’est l'influence thérapeutique.
Et, en effet, nous avons vu, par ce qui précède, que parfois le traitement spécifique, intervenant au cours d’une série de grossesses malheureuses, a pu, comme on dit vulgairement, « couper » la série et