‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 49 sur 67 · Dictionnaire encyclopédique, art. Syphilis, p · texte numérisé non relu

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mettre au monde deux jumeaux dont l’un était sain, tandis que l’autre présentait des signes manifestes d'infection.

A peine ai-je besoin de vous dire que la pathogénie de pareils faits nous échappe absolument. C'est là une énigme de plus dans un sujet qui en comporte un si grand nombre.

DIAGNOSTIC PRÉVISIONNEL.

Tel est, sans parler de nombreux points de détail que je laisse de côté, le bilan des obscurités, des incertitudes, des desiderata, qui constituent autant de pierres d’achoppement dans l'étude si curieuse, mais si difficile, de lhérédité syphilitique.

Eh bien, de l’énumération qui précède dérive une conclusion qu'à l’avance, certainement, vous avez déduite à part vous, et qui doit maintenant être formulée.

Cette conclusion, c’est qu'une absolue réserve nous est le plus souvent imposée à propos des prévisions à émettre sur les résultats de lhérédité syphilitique.

Sans doute il est des cas où nous pouvons presque en toute sûreté émettre un pronostic soit favorable, soit défavorable, que les événements se chargeront de confirmer. Sans doute il est des cas où nous se-

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rons pleinement autorisés à dire : « Telle grossesse se terminera mal, à savoir par un avortement ou par la naissance d’un enfant syphilitique », comme aussi, inversement : « Telle autre grossesse se terminera heureusement, par la naissance d’un enfant indemne de syphilis. » Mais quels sont les cas où nous serons autorisés à nous prononcer de la sorte ? Ceux d'ordre extrême, si je puis ainsi parler; ceux où des raisons multiples, diverses et puissantes, se trouvent associées et accumulées pour charger ou exonérer le pronostic.

Citons des exemples, pour plus de précision.

Voici, je suppose, une femme saine, ayant conçu un enfant d'un homme syphilitique. Or, la syphilis de cet homme remonte à un assez grand nombre d'années, à 6, 8, 10 ans; de plus, cette syphilis a été légère ; enfin, elle a été longuement traitée, et depuis longtemps elle est restée muette. On demande ce qu'il adviendra de l'enfant.

Réponse (que l'événement confirmera d’une façon pour ainsi dire certaine) : L'enfant en question naîtra à terme, vivant et sain; lhérédité syphilitique ne s’exercera pas sur lui. — Pourquoi? Vous le savez par ce qui précède.

Cas inverse. — Voici, d'autre part, une femme qui est devenue enceinte quelques mois après avoir contracté la syphilis ; — cette femme s’est peu traitée ou même ne s'est pas traitée; — elle est encore actuellement en pleine poussée d'accidents secondaires, ete. — On demande quel sera le sort de son

enfant. — Nous pouvons être facilement prophètes en prédisant que cet enfant ou bien mourra avant terme, ou bien mourra peu de temps après sa naissance, ou bien, en tout cas, naîtra syphilitique avec tous les accidents, tous les dangers que comporte l'infection héréditaire. — Et, certes, l'événement confirmera ici encore notre pronostic.

Dans tous les cas de ce genre, je mets en fait que nous ne nous tromperons pas dans nos prévisions plus d’une fois sur trente ou quarante.

De même encore pourrons-nous émettre des présomptions valables, quasi-voisines de la certitude, en quelques conditions particulières, telles que les suivantes, par exemple :

Plusieurs grossesses heureuses se sont produites dans un ménage, dont l’un des conjoints, voire les deux conjoints sont affectés de syphilis. — Une nouvelle grossesse se trouve aujourd'hui en évolution. Eh bien, rationnellement et de par les données empiriques déduites des connaissances acquises sur le sujet, quelle terminaison prévoir à cette grossesse, si ce n'est un résultat semblable à celui des précédentes ?

Réciproquement, un ménage syphilitique a ête éprouvé par deux ou trois grossesses malheureuses. La syphilis persiste dans ce ménage en dépit du temps, en dépit du traitement, ou, ce qui est bien plus commun, en raison de l’absence de traitement, et voici une nouvelle grossesse. À quelle

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éventualité s'attendre en ces déplorables conditions, sinon à un désastre nouveau ?

Et ainsi de suite.

En de telles conditions, comme en toutes autres de même ordre, lire dans l’avenir, c’est-à-dire présager que l'hérédité syphilitique s’exercera ou non, est chose vraiment facile; et les événements, je le répète, n'infligeront que bien rarement un démenti à nos prévisions.

Mais que de cas, à côté de ceux-là, où le pronostic à émettre sur les résultats d’une grossesse issue de conjoints syphilitiques est autrement incertain, diffieile, délicat, voire impossible ! Que de eas où, après avoir bien supputé, pesé les conditions favorables ou défavorables, on n’aboutit pas à savoir si lon doit craindre ou espérer! Que d'éléments divers à consulter pour la solution du problème, et que de risques d'erreur à éviter! On table sur des lois générales, et l’on est trompé par diverses exceptions, exceptions à la loi de décroissance par le temps, à la loi d'atténuation par le traitement, à ces deux lois associées, ete. On escompte la bénignité de la diathèse ou les résultats favorables de grossesses antérieures, et l’on est surpris par des retours offensifs de la maladie, par des alternances aussi imprévues que singulières, ete., ete. L'inégalité et l’irrégularité, nous l'avons vu, sont à l’ordre du jour en l'espèce. Hutchinson relate, à ce propos, une piquante anecdote, instructive par excellence,

et méritant bien d’être citée. La voici sommairement.

Dans une même matinée, à son hôpital, il observa deux cas où les prévisions rationnelles, logiquement applicables à chacun d’eux, se trouvèrent précisément renversées. Celles qu'on eût émises pour l’un furent réalisées par l’autre, et réciproquement.

Ainsi, dans le premier cas, 1l n’y avait qu'un des conjoints affecté de syphilis, et c'était le père ; — un traitement moyen avait été suivi; — et, de plus, la syphilis était ancienne. D'après cela, on était bien autorisé à préjuger que l’hérédité syphilitique avait dû rester muette, inoffensive dans ce ménage. Eh bien, pas du tout. Elle y avait fait onze victimes sur Onze grOSSeSses.

Dans le second, les deux conjoints étaient l’un la syphilis était récente;

et l’autre syphilitiques ; le traitement avait été insuffisant ; — la mère présentait même encore des accidents de syphilis. Tout était au pis, comme prédispositions héréditaires. Et cependant, deux enfants étaient nés sains dans ce ménage‘!

Or, en fait de pronostic, de telles déconvenues sont communes en l'espèce.

Aussi bien la plus expresse réserve est-elle de rigueur dans l’ordre des cas que j'appellerai moyens, c'est-à-dire dans tous les cas où aucune particularité saillante, majeure, décisive, ne se rencontre

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