‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 54 sur 67 · Et l’éminent accoucheur ajoute · texte numérisé non relu

Et l’éminent accoucheur ajoute

. Cet exemple, qui est très véritable, nous fait connaître qu’on peut bien traiter de la vérole la femme grosse..., car c’est sans contredit que, si cette femme n’en eüût été pansée, elle eût accouché cette seconde fois d’un enfant corrompu, comme elle avait fait la première. Récitant un jour cette histoire à un chirurgien de mes amis, il me dit qu’il avait aussi vu la mesme chose réussir à deux différentes personnes, qui en avaient été fort bien guéries, dont les enfans estaient pareillement bien venus à terme, sans avoir eu dans tout leur corps aucune impression de ce venin. Et je suis témoin oculaire de trois autres différentes femmes grosses, que MM. de la Bastie et Ruffin, mes confrères, ont traitées de la sorte, lesquelles ont esté pareillement bien guéries et sont accouchées heureusement d'enfants qui se portaient bien.

. Je sçay bien que plusieurs personnes auront de la peine à se persuader non seulement qu’il soit possible de guérir une femme de la vérole pendant qu’elle est grosse, mais aussi qu’elle et son enfanten puissent supporter les remèdes, sans les exposer l’une et l’autre au danger presque inévitable de la mort ; néanmoins les Sp pre que j'en ay vues font que je ne suis pas de leur sentiment... Il est aisé de se persuader que les femmes peuvent bien résister à ces remèdes quoique grosses, puisque nous en voyons très souvent avoir des fièvres continues pendant des douze et quinze jours, et d’autres maladies aiguës, pour raison de quoy elles sont saignées des neuf et dix fois et usent de plusieurs autres remèdes selon que la nécessité le requiert, lesquelles, nonobstant tout cela, ne laissent pas quelquefois de porter leur enfant jusqu’à terme et d’en accoucher aussi heureusement que si elles n'avaient eu aucun accident. » (Mauriceau, Traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées, 3° édit., 1691, p. 174 et suiv.)

vait pas un chirurgien pour la traiter par ce fait même qu'elle était enceinte !

Il est vrai, soit dit à la décharge de nos arrièreaieux, que, deux siècles plus tard, en 1840, un chirurgien éminent soutenait à la tribune de l’Académie de médecine la néfaste doctrine d’après laquelle « la syphilis abandonnée à elle-même ne serait pas une cause d’avortement aussi puissante qu'on le croit, et que l'avortement se produit surtout sur les femmes traitées par le mercure! »

Aujourd’hui, nous sommes bien loin, heureusement, de ces vieilles erreurs qui n’ont plus qu’un intérét historique. Mais vous voyez s’il a fallu du temps pour en finir avec elles. C’est notre époque seulement, à savoir la seconde moitié du xix° siècle qui en a fait définitivement justice. C’est de nos jours seulement qu'il a été dûment établi que le mercure, loin d’être un abortif, constitue bien au contraire l’agent prophylactique par excellence de l'avortement’. C’est de nos jours seulement — réserves toujours faites en lhonneur de quelques esprits éminents qui ont présagé autrefois cette révolution en véritables éclaireurs du progres, tels, par exemple, que Mauriceau, Bertin” et d’autres,

1. Que d’autorités n’aurais-je pas à invoquer sur ce point! — V. Syphilis et mariage, 2° édit., p. 308.

2. «... Un traitement antivénérien, prudemment administré, ne produit pas l'avortement, comme l’ont prétendu quelques médecins. Il a lieu plus fréquemment, au contraire, chez des femmes affectées de vérole invétérée et abandonnées à elles-mêmes, ou chez

des femmes auxquelles une constitution cachectique et un état fébrile ne permettent pas d’administrer le mercure... En traitant

— c'est, dis-je, de nos jours seulement que s’est accréditée, répandue, vulgarisée, la bienfaisante doctrine d’après laquelle une femme syphilitique en état de grossesse doit être traitée, doit être traitée tout comme si elle n’était pas en état de grossesse, et que, bien plus même, elle doit être d'autant plus scrupuleusement et religieusement traitée qu'elle représente, si je puis ainsi dire, deux malades à guérir, deux existences à sauvegarder.

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