‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 59 sur 67 · PAR LA NOURRICE · texte numérisé non relu

PAR LA NOURRICE

Enfin, une dernière indication prophylactique reste à remplir dans la situation dont nous poursuivons l’étude.

Cette indication, d'un tout autre ordre que les précédentes, est relative aux dangers que pourrait encourir [a nourrice à qui serait confié un enfant hérédo-syphilitique.

Cet enfant qui va naître et dont le sort nous est inconnu, cet enfant issu d’un géniteur ou de deux géniteurs syphilitiques, qui le nourrira ?

Voila une question qui, d'ores et déjà, c’est-à-dire avant même la naissance de l’enfant, doit nous préoccuper. Îl faut y songer par avance, afin de prévenir, pour le plus grand bien de tous, une situation éminemment féconde en éventualités des plus regrettables.

Car un grave danger se trouve en perspective. Au cas où l'enfant naïîtrait avec la syphilis et serait confié à une nourrice, 1l ne manquerait guère de contaminer cette nourrice.

Or, cet enfant, 1l y a des risques pour qu’il naisse en état de syphilis; 1l y en a plus ou moins, suivant les cas, mais qu'importe? Si peu qu'il y en ait, notre devoir n’est pas moins de nous tenir en défiance, et à l’avance notre résolution doit être prise d’une facon formelle, absolue, inébranlable. Cette résolution, c’est que ledit enfant ne peut être confié à une nourrice. Avant tout, il faut éviter un malheur, et ne pas laisser se compliquer d’un nouveau désastre une situation déjà si lamen-

table.

Donc : Pas de nourrice pour cet enfant, tel est

FourRNIER. — L'Hérédité syphilitique. 20

le précepte qui s'impose à nous d’une facon obligatoire, inéluctable.

Mais alors, qui nourrira cet enfant ?

Dans les conditions où il se trouve placé, il ne peut avoir qu'une seule nourrice, et une nourrice toute trouvée, tout indiquée : c’est sa mère.

Sa mère, et pourquoi?

Pour la triple raison suivante :

1° Parce que sa mère, qu'il soit sain ou qu'il soit syphilitique, n’a rien à redouter de lui. S’il est sain, pas de danger pour la mère; cela va de soi. Et, s’il est syphilitique, nul danger non plus pour elle, en vertu de la loi dite autrefois loi de Colles et mieux dénommée actuellement loi de Baumès. Jamais on n’a vu, en de telles conditions, une mère être contaminée par son propre enfant.

2° Parce que lui non plus n’a rien à craindre de sa mère, alors même qu'elle serait syphilitique. Car jamais un enfant né d’une mère syphilitique n’a gagné d’elle la syphilis ultérieurement.

3° Parce qu'enfin, d'autre part, l’allaittement au sein est en l'espèce une nécessité qui s'impose. Étant donnée l'éventualité possible ou probable d’un enfant qui va naitre en état de syphilis, c’est-à-dire malade, chétif, étiolé, il n’est pas à songer pour lui à tel ou tel mode d’allaitement artificiel qui ne manquerait guère de l’achever, de le tuer.

Done, à tous égards, une solution est commandée par les circonstances : C’est que la future mère nourrisse son enfant.

Cette solution, en effet, coupe court à tout danger, à toute éventualité fâcheuse. Je ne la dirai pas préférable à toute autre; je la dirai unique dans les conditions actuelles ; je la dirai obligatoire, nécessaire.

Partant, un devoir vous incombe en pareille occurrence : c’est d'éclairer le mari, le futur père, sur l’état de choses qui se prépare et les éventualités qui peuvent surgir. Pour cela, choisissez le moment propice. Attendez, je le veux bien, que la grossesse soit déjà assez avancée pour n'avoir plus à craindre un avortement. Mais n'attendez pas trop longtemps; car vous auriez vraiment mauvaise grâce, alors qu’une nourrice serait déjà retenue, à déclarer « qu'il ne faut pas de nourrice ».

Done, au moment que vous Jugerez opportun, abordez carrément la question, en tête-à-tête avec le mari. Expliquez-lui nettement la situation, avec les dangers, tous les dangers qu’elle comporte : contamination possible d’une nourrice; justes et bruyantes récriminations de cette nourrice, éclat scandaleux, procès, publicité compromettante, ete. ; et terminez par ceci : obligation absolue de confier à la mère l’allaitement du futur enfant.

« Donc, ajouterez-vous comme conclusion pratique, faites en sorte, monsieur, que votre femme nourrisse. Tout est la, dans l'intérêt de tous, dans le vôtre et dans celui de l'enfant. Acceptez cela comme une obligation, comme une nécessité indispensable, dans les conditions où vous vous trou-

vez placé. En conséquence, si madame a dessein de nourrir, gardez-vous de l’en détourner. Et, si elle n’y est pas disposée, prenez les devants, influez énergiquement sur elle, par tous les moyens que vous pourrez imaginer, en vue de modifier sa résolution. Car, à tous égards, je vous le répète une dernière fois, c’est elle, et elle seule, qui doit servir de nourrice à votre enfant. »

La situation étant présentée de la sorte, 1l sera bien rare que le médecin n'obtienne pas ce qu'il désire. Conséquemment, l'objectif qu'il poursuit sera réalisé ; la jeune mère, soit de son propre gré, soit sur les instances de son mari, se décidera à nourrir son enfant. — D’où la sauvegarde d'autrui.

Mais n’espérez pas arriver toujours à vos fins aussi facilement. Bien des fois on vous résistera. Sans parler de raisons qui n’en sont pas, de raisons basées sur de prétendues convenances, sur des exigences mondaines ou autres, on vous objectera surtout (c’est là le grand argument) que la mère est « bien faible, bien délicate pour nourrir », qu'elle ne saurait supporter les fatigues de l'allaitement sans danger pour elle-même, ete. Insistez, car il est rare, absolument rare qu'une femme ne puisse, au moins pour quelques mois, allaiter un enfant. Insistez, et dites ceei : « Soit! madame ne nourrira pas tout le temps qu’un enfant doit en général être nourri ; mais elle fera /e possible, et c’est là seulement ce que nous lui demandons. Qu'elle donne au

moins le sein pendant les premiers mots ; cela nous permettra d'attendre, et nous aviserons au delà. En tout cas, il y a utilité, urgence à ce que madame nourrisse pendant quelques mois. »

Et pourquoi cela, messieurs ? Pourquoi solliciter tout au moins ces quelques mois d’allaitement maternel ? C’est que la syphilis héréditaire, quand elle doitse révéler, se révèle, sinon absolument toujours, du moins presque toujours dans les deux ou trois premiers mois. Sur 158 cas, M. Diday l’a vue faire éclosion 146 fois dans ce délai‘. De tels chiffres ont une signification telle qu'ils nous dispensent de tout commentaire.

Donc, ces quelques mois d'allaitement maternel peuvent nous servir 101 et de critérium sur la santé de l'enfant et de guide pour la conduite à tenir ultérieurement.

Et, en effet :

1. — Si, dans ce laps de temps, la syphilis s’est révélée sur l'enfant, tout est dit, et la situation se trouve réglée de la facon la plus catégorique. L’enfant, alors, doit subir le sort commun à tous les enfants syphilitiques. Dans aucun cas, sous aucun prétexte, il ne peut être confié à une nourrice; et c’est la le point essentiel en ce qui nous occupe actuellement, c’est-à-dire en ce qui concerne la sauvegarde publique”.

1. Traité de la syphilis des nouveau-nés et des enfants à la mamelle,

Paris, 1854, p. 164.

2. C’est là un point sur lequel j'ai longtemps insisté ailleurs. —-

Dans cette première alternative, ou bien l’allaitement maternel devra être prolongé, si cela est

Qu'il me soit permis de rappeler ici les points principaux de cette discussion.

« . Interdire l'allaitement d’un enfant syphilitique par une nourrice saine, voilà, pour le médecin, un principe qui doit être formel, absolu... Pas de transaction possible avec ce principe, car il a pour double assise les données de la science et les lois de la morale.

J'insiste cependant, quoique en apparence il n’en soit guère besoin; j'insiste et je dis : C’est un devoir pour le médecin de proscrire l'allaitement par une nourrice en pareil cas, et de le proscrire : 1° alors même qu'il est le plus énergiquement sollicité, réclamé par les parents; — 2° alors même qu’en dépit des risques auxquels il expose, il est consenti, accepté par la nourrice. — J'ajoute, en troisième lieu : Cet allaitement doit être proscrit pour le présent et pour l’avenir.

Quelques mots de développement sur cette triple proposition.

I. L'amour paternel ou maternel, il faut bien le reconnaître, est souvent égoïste. Pour le moins, il est souvent aveugle. Aussi rencontrerez-vous parfois, Messieurs, certains parents qui, dans les conditions dont nous parlons actuellement, tenteront de vous détourner à leur profit de la seule ligne de conduite à tenir en pareil cas.

Ii en est, d’abord, d’odieusement cyniques (j’en parle par expérience) qui vous diront, qui oseront vous dire : « Au surplus, peu nous importe la nourrice; notre enfant avant tout! Et puisque notre enfant a besoin d’une nourrice, arrive que pourra à cette nourrice, qui est faite et payée pour nourrir notre enfant. » À ceux-ci vous saurez que répondre, Messieurs. Pour l’honneur de l’humanité, ce sont les plus rares, j'ai hâte de le dire.

Mais il en est d’autres aussi qui, tout en déplorant le risque encouru par la nourrice, tout en s’avouant tacitement coupables, chercheront une transaction de conscience dans les « nécessités » de la situation, autant pour s’excuser à leurs propres yeux que pour vous arracher le consentement qu’ils espèrent obtenir. « L'enfant est si malade, si exposé, vous diront-ils; sa vie est au prix d’une nourrice; devons-nous donc le laisser mourir? Serions-nous bien coupables, même en exposant cette femme, de chercher à le sauver ? Etc., etc. » C’est là le procédé par attendrissement. Eh bien, Messieurs, gardons-nous ici de toute sentimentalité, et

Ke.

possible ; ou bien force sera de recourir à tel ou tel de ces procédés spéciaux que j'ai étudiés devant

ayons le courage de ne pas nous laisser attendrir. Le devoir est formel, nous l’avons dit; obéissons au devoir, en dépit de toute autre considération, mêmes des considérations les plus émouvantes, les plus touchantes. Et ne nous laissons pas aller à ce qui serait, somme toute, une mauvaise action, quelque désintéressé, d’ailleurs que pût être dans l’espèce le mobile qui nous y entrainerait. Pour être utile à l'enfant, je le répète, nous n’avons pas le droit de lui sacrifier la nourrice. Pas plus qu’il n’est permis de faire la charité avec les deniers d’autrui, il ne nous est permis, à nous médecins, de faire la charité à cet enfant d’une santé qui ne nous appartient pas.

En ce qui nous concerne, d’ailleurs, la loi ne fait pas de transaction. Et plusieurs fois, comme je vous le dirai bientôt, les tribunaux ont vivement réprimandé certains médecins qui, en de semblables conditions, avaient consenti, pour un motif ou pourun autre, à laisser continuer l'allaitement.

IT. Je vais plus loin, et j'ajoute : C’est encore le devoir du médecin de s'opposer à l'allaitement, alors même qu'il est accepté, consenti, par la nourrice, dûment avertie de la maladie de l'enfant et des dangers auxquels elle s'expose.

Quelquefois vous serez étonné, arrivant dans une famille en de telles circonstances, de trouver une nourrice qui, mise au fait de la maladie de l’enfant, aura consenti néanmoins à continuer l’allaitement. Que s'est-il donc produit? La pauvre femme aura été circonvenue. « L'enfant n’a rien de grave, lui aura-t-on dit. Avec des précautions et des soins, les dangers à courir pourront être évités. D'ailleurs, on ne sera pas ingrat, on saura récompenser le dévouement dont elle fera preuve, etc. » Quelque peu d’argent et beaucoup de promesses auront cimenté la convention, pour laquelle on n'attend plus, comme sanction morale — et aussi comme garantie contre toute éventualité fâcheuse, — que votre consentement à vous, homme de l’art, à vous médecin, chargé d’endosser la responsabilité de ce qui peut suivre.

Qu’avez-vous donc à faire en pareille occurrence ? Ceci : refuser de la facon la plus formelle, la plus absolue, le consentement, la justification qu’on vous demande.

Et pourquoi? Pour les deux raisons que voici :

1° Parce que, d’abord, il est peu certain (disons mieux, il est plus que douteux) que la nourrice ait accepté en pleine connais-

vous dans une autre série de conférences, comme pouvant servir à l'élevage des enfants syphilitiques,

sance de cause. On a bien pu lui dissimuler, non pas la maladie de l'enfant, mais la gravité de cette maladie et les risques qui en dérivent. Certes, pour obtenir son consentement, on a dû moins charger le pronostic que l’adoucir et l’atténuer. Sans doute on n’a pas trompé cette femme tout à fait, mais on l’a trompée à demi, dans la mesure du nécessaire; voilà la vérité.

2° Parce qu’en saine morale un contrat n’est valable qu’autant que la nature des engagements souscrits est nettement déterminée. Or, comment cette nourrice serait-elle éclairée, elle ignorante, sur la nature des risques auxquels elle consent à s’exposer, alors que nous, médecins, nous ne saurions formuler, préciser ces risques ? Savons-nous ce que deviendra jamais un cas de vérole donné? Et comment alors voulez-vous qu’elle le sache, cette nourrice ?

N’en déplaise à certains de mes confrères qui ont dit « ne voir rien d’immoral » dans un tel contrat, je trouve, moi, que ce contrat n’est pas moral. Je ne sais, je n’ai pas besoin de savoir s’il est valable en droit, et je laisserai aux gens spéciaux le soin d’en discuter la valeur légale. Mais ce que je sais, c’est qu’il n’est pas : valable en principe. Je ne puis me résigner à le considérer comme honnête. Car, en somme, qu'est-ce donc que ce contrat, sinon l'achat de la santé d'une nourrice pour un peu d'argent ? Et ce singulier marché, cette traite de la nourrice me répugne; je me refuse à ratifier, à couvrir un tel trafic de mon eonsentement médical.

N’acceptez donc pas, Messieurs, je vous le conseille, de semblables transactions entre parents et nourrice. Dissuadez-en les familles d’abord ; dissuadez-en la nourrice surtout. Éclairez cette femme sur la situation qu’on lui propose; dites-lui bien catégoriquement les dangers qu’elle va courir. Efforcez-vous de la persuader qu’elle n'a pas le droit — pour son mari, pour ses enfants à venir, pour elle-même, — de faire ainsi le sacrifice de sa santé actuelle et future.

Que si cependant, malgré tout, malgré vos avertissements répétés, les deux parties résistent et s’obstinent l’une et l’autre à respecter le pacte conclu, alors tout au moins restez en dehors de telles « affaires »; n’y compromettez pas votre caractère et votre dignité de médecin; déclinez toute responsabilité, et cela devant témoins, si possible, afin que, plus tard, on ne vous accuse pas (comme cela s’est vu) de vous être associé pour une part quelconque à ce contrat malsain. Au besoin même, retirez-vous, si vous

à savoir : recours à une nourrice syphilitique, allaitement par la chèvre-nourrice ou par l’ânesse, etc.

croyez cela nécessaire; retirez-vous en protestant, en disant que vous ne sauriez accepter la situation actuelle avec les résultats qu’elle doit presque inévitablement comporter.

IIT. Troisième point. — Non seulement, ai-je dit, il faut proscrire d’une façon formelle l’allaitement d’un enfant syphilitique par une nourrice saine; mais il faut le proscrire à la fois pour le présent et pour l'avenir.

Cela n’est pas douteux. Et, en effet, si vous avez eu de bonnes raisons pour interdire l’allaitement aujourd’hui, ces mêmes bonnes raisons subsisteront pour l’interdire encore dans quelques semaines ou quelques mois. Même traité, même délivré des accidents contagieux qui vous ont imposé de le séparer de sa nourrice, un nourrisson syphilitique n’en reste pas moins syphilitique, et sera exposé, comme tel, à des récidives possibles de manifestations contagieuses. Dangereux actuellement, il reste dangereux pour l’avenir. Donc la prohibition de l'allaitement doit ne pas être actuelle et provisoire seulement; elle doit en plus s'étendre à l'avenir.

Ce précepte vous paraîtrait-il excessif, Messieurs? Eh bien, pour vous convaincre du contraire, écoutez l’observation suivante, racontée par son auteur avec une abnégation qui l’honore, et très propre à servir de leçon en pareille occurrence.

Un de nos plus distingués confrères, chez lequel le caractère est à la hauteur du talent médical, le docteur B..., est mandé dans une famille pour examiner un tout jeune enfant qu'allaitait une nourrice. Il trouve l'enfant syphilitique et la nourrice encore saine. Immédiatement, bien entendu, il fait cesser l’allaitement, et institue pour le nourrisson un traitement approprié. Trois mois plus tard, à une époque où l’enfant ne présentait plus depuis longtemps la moindre trace de manifestations suspectes, notre estimé confrère juge la guérison assez confirmée, tout au moins la diathèse assez affaiblie, pour qu'il n’y ait plus risque de contagion, et il permet de confier l’enfant à une autre nourrice. Qu’arrive-t-il alors? C’est que de nouveaux accidents se reproduisent à la bouche de l’enfant, et que ces accidents contagionnent la nourrice!

La morale de ce fait est aussi simple que formelle. Et cette morale, la voici, telle qu’elle nous est donnée en excellents termes par le médecin auquel j'ai emprunté ce qui précède :

« Alors même que, sous l'influence d’un traitement régulier et longtemps suivi, on a fait taire (chez un nourrisson syphilitique)

11. — Que si, au contraire, après trois mois ou mieux encore après quatre à cinq mois d'observation, rien de suspect ne s’est produit sur l’enfant, il y a de fortes présomptions (je dis présomptions, et rien de plus) pour qu'il ait échappé à l'influence héréditaire, tout au moins pour qu'il ait échappé à cette forme de syphilis héréditaire précoce qui est si redoutable pour la nourrice en raison de ses manifestations contagieuses. Et nous voici dès lors bien plus libres d’allures ; car, à dater de ce moment, trois solutions sont possibles :

1° Ou bien la mère pourra continuer à nourrir, avec l'assistance du biberon, devenu moins dangereux à cet âge; — ce qui'me parait en l'espèce le meilleur parti, celui auquel je vous conseille de donner la préférence.

2° Ou bien l'allaitement pourra être poursuivi avec le biberon seul.

3° Ou bien, enfin, en cas de nécessité et sur des indications formelles relatives à l’état périclitant de l'enfant, l'allaitement par une nourrice pourra être permis, non toutefois sans que le médecin soumette encore le nourrisson à une surveillance mi-

les manifestations appréciables, ces manifestations peuvent réapparaître à un moment donné... J'ai donc à me reprocher d’avoir permis l'allaitement, croyant l’enfant guéri, d’avoir manqué de cet excès de prudence dont un médecin ne doit jamais se départir, et d’avoir été la cause des accidents qui se sont produits... »

Rien de mieux dit. — Et que cela nous serve à tous d’avertissement, pour rester fidèles à cet « excès de prudence » si indispensable, si impérieusement imposé au médecin en pareil cas. » (Nourrices et nourrissons syphilitiques, Paris, A. Delahaye, 1878).

nutieuse, quotidienne, assidue, véritablement suffisante à écarter tout risque de contagion.

Croyez-le bien, messieurs, si de telles précautions étaient toujours observées à l'égard des nourrissons suspects d’hérédo-syphilis, le nombre des contaminations subies par les nourrices — nombre énorme et dépassant tout ce que vous pouvez croire! — diminuerait dans une proportion considérable.

Cela, j’en ai l’absolue conviction; cela, de plus, j'ai le droit de l’affirmer, pour avoir été mêlé déjà bien des fois, ou comme médecin ou comme expert commis par les tribunaux, à des démélés ou à des procès entre parents d'enfants hérédo-syphilitiques et nourrices contaminées par ces enfants.

Et, en effet, sauf exceptions des plus rares, ce n’est pas de gaieté de cœur, ce n’est pas en pleine connaissance de cause que des parents syphilitiques confient à une nourrice un enfant susceptible de l'infecter. Très généralement ils ignorent de bonne foi le danger encouru par la nourrice; ils ne s’en doutent pas; et, comme règle très habituelle, c’est le plus inconsciemment du monde qu'ils deviennent les auteurs et les auteurs responsables du dommage fait à cette nourrice. Écoutez-les, le malheur arrivé, s’expliquant devant les experts commis par la justice; c’est toujours le même thème, identiquement,

1. J'en appelle ici aux statistiques de M. le Directeur général de l’Assistance publique, statistiques qui m'ont été communiquées, mais que je n’ai pas le droit de produire.

que répète le mari avec une naïveté, une sincérité non équivoque : « Est-ce que je savais, moi, que mon enfant püt hériter du mal que j'ai eu autrefois? Est-ce que je savais qu'il püt donner du mal à une nourrice? Si l’on m'avait prévenu de cela, certes je n'aurais pas pris de nourrice pour mon enfant; j'aurais dit à ma femme de le nourrir, ou je l'aurais fait élever au biberon; je ne me serais pas exposé à ce qui m'arrive actuellement. Ce qui m'arrive n'est assurément pas de ma faute; la faute en est à mon médecin, qui ne m'a rien dit, qui ne m'a pas averti, etc., etc. ».

Quelle lecon pour nous, Messieurs! Est-ce assez clair? Et ne ressort-il pas de là en toute évidence qu'il nous incombe, comme devoir professionnel et au nom de l'intérêt commun, l'obligation d’intervenir toutes les fois que nous en avons l’occasion et par tous les moyens dont nous pouvons disposer, en vue de conjurer ces ricochets de l’hérédité syphilitique ?

Page 1