‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 60 sur 67 · IV. — Après l'accouchement · texte numérisé non relu

IV. — Après l'accouchement

Enfin, l'enfant est né. — Quelles indications se présentent à remplir dans cette quatrième et dernière situation.

Ici, c'est de l’enfant presque exclusivement que

nous allons avoir à nous occuper, puisque, de par ce qui précède, tout a été réglé quant à l’allaitement.

Eh bien, deux éventualités sont alors possibles :

L'enfant est venu sain; — ou bien il est venu syphilitique.

De là, pour nous, deux ordres de situations à étudier.

Première alternative : L'enfant est venu sain, et une observation minutieuse, non moins que prolongée, n’a pas permis de surprendre sur lui le moindre symptôme suspect.

Done, bien manifestement, rien à faire en pareil cas.

Toutefois, cet enfant, sur lequel nous n'avons rien découvert après une surveillance de plusieurs mois, voire d’une année, je suppose, sommes-nous en droit de le déclarer sûrement et absolument indemne de syphilis ? Non. Car parfois (c’est un fait actuellement hors de conteste) l’hérédité syphilitique ne se manifeste qu’à long terme, dans un âge plus ou moins avancé. C’est là ce qu’on appelle la syphilis héréditaire tardive, laquelle, on le sait, peut avoir des échéances de 5, 10, 15, 20, 30 ans et plus au delà de la naissance.

Or, cette syphilis héréditaire tardive est par excellence une mauvaise syphilis, se traduisant par de grandes manifestations tertiaires, manifestations toujours importantes, souvent sérieuses, quelque-

fois très graves. Il peut en coûter cher de la méconnaître et conséquemment de ne pas lui appliquer le seul traitement qui lui convienne. Cela, par exemple, a coûté le nez à une petite fille que je voyais récemment en consultation et qui, traitée depuis un an avec un insueccès absolu pour un prétendu lupus scrofuleux, a guéri en quinze jours une fois qu'on a été renseigné sur les antécédents syphilitiques de son père, mais a guéri comme elle pouvait guérir après des destructions irréparables. Une telle méprise est même susceptible de conséquences bien autrement graves, alors que l’hérédité morbide intéresse quelque organe essentiel, tel que le foie, le rein, le cerveau, ete. Que d’enfants ou d'adolescents sont morts de lésions d’'hérédo-syphilis restées méconnues, et restées méconnues pour cette seule raison qu'on n’a guère l'habitude — et bien à tort — de mettre en cause l’hérédo-syphilis comme facteur étiologique sur des sujets ayant dépassé la première ou la seconde enfance!

Aussi bien, en vue de conjurer de semblables éventualités, comme aussi de vous tenir en garde contre la part de responsabilité qu'on ne manquerait pas de vous en attribuer, n'oubliez jamais, Messieurs, dans l’ordre de cas actuellement en question, d'exposer au père la situation pronostique de l'enfant, et de la lui exposer telle qu’elle est pour vous, telle qu’elle est scientifiquement. Donc, «quant à présent, lui direz-vous, votre enfant est au mieux, et Je le crois quitte à jamais des accidents que nous

redoutions pour lui. Mais l'avenir doit encore être réservé, car ce n'est pas un fait impossible pour l'hérédité syphilitique de se traduire dans un âge plus avancé, par exemple dans la seconde enfance ou l'adolescence, voire au delà. Soyez done averti de cela; et, si votre enfant venait à présenter dans l'avenir quoi que ee soit d’anormal, s’il venait à être affecté de n’importe quelle lésion, ayez toujours bien soin de déclarer vos antécédents morbides au médecin qui le traitera (si ce n’est plus moi). Car, la notion de vos antécédents pourrait être indispensable à la guérison de cet enfant; sa vie méme pourrait être à ce prix. »

Seconde alternative : L'enfant est venu syphilitique.

Dans ce cas, trois choses sont à faire, obligatoirement, et trois choses des plus simples :

1° Traiter l’enfant;

2° Traiter à nouveau le pere ou les parents de l'enfant, car l’état syphilitique de l'enfant est un critérium de la non-guérison de ses ascendants.

3° En outre et tout naturellement, interdire une orossesse nouvelle, et cela jusqu'à l’époque où une dépuration suffisante sera acquise au prix de ce nouveau traitement.

M'engager plus avant, Messieurs, dans les indications prophylactiques ou thérapeutiques de lhérédo-syphilis serait excéder les limites du sujet que je me suis tracé. Je n'ai, je ne dois avoir en vue que l’hérédité syphilitique; conséquemment, je m’abstiendrai de vous parler du traitement de la syphilis héréditaire.

Toutefois, il est diverses considérations qui me semblent constituer un complément naturel à l'exposé qui précède et que je désire vous soumettre avant de terminer notre sujet.

I. — Tout d'abord, j'appellerai votre attention sur un point essentiel. C’est que la syphilis héréditaire est très communément viscérale ; elle est bien plus souvent viscérale qu'on ne le dit et qu’on ne le croit généralement.

En pratique, on pense avoir tout fait lorsque, ayant à examiner un petit enfant suspecté de syphilis héréditaire, on a exploré la peau, les muqueuses, les orifices naturels, les os. Et, si l’on n’a rien trouvé sur ces divers systèmes ou sur ces divers points, on s'empresse de conclure à la non-existence de la syphilis. Un tel examen a le défaut d’être radicalement incomplet; il n’est que partie de ce qu'il doit être. Restent les viscères, qu'il faut interroger

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