CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'HÉRÉDO-SYPHILIS. AO
IV. — Sachez encore que, chez l'enfant et surtout chez le tout petit enfant, l’ensemble sympto-
la faire triompher. Quantité de nos confrères se refusent à prescrire le traitement spécifique en pareille occurrence, tant qu’ils n’ont pas sous les yeux la démonstration objective de la syphilis. Comme si la syphilis était astreinte à s’accuser toujours par des symptômes extérieurs; comme si elle était assujettie à se traduire, en sa qualité de maladie spécifique, par des symptômes spécifiques! Tout au contraire, bien souvent, très souvent, elle ne se traduit que par des symptômes d'ordre vulgaire, par des troubles fonctionnels n'ayant rien que d’absolument vulgaire.
J'insisterai par un exemple; et cet exemple, je ne saurais mieux faire que de l’emprunter à la plus grave des manifestations de la syphilis acquise ou héréditaire, à savoir l’encéphalopathie spécifique. Est-ce que cette encéphalopathie a le moindre symptôme propre? Qu'il me soit permis de reproduire ici ce que j'en disais, dans une autre série de conférences, à propos précisément de ses formes héréditaires :
« L'étude diagnostique qui précède vient de mettre en évidence ce fait majeur, capital en ce qui nous concerne, à savoir : que la syphilis cérébrale héréditaire n’a pas de symptômes propres, Elle n’a quoi que ce soit de spécial, je ne saurais assez le dire et le répéter. Tous les phénomènes par lesquels elle se traduit sont ceux qui servent d'expressions à nombre d’autres encéphalopathies vulgaires ou plutôt à toutes les encéphalopathies possibles, de n'importe quelle nature.
Et comment en serait-il autrement? Le cerveau, en effet, ainsi que je vous le disais à propos de la syphilis cérébrale de l'adulte, n’est qu'un instrument, une machine, qui, lésée dans un de ses rouages par une cause quelconque, traduit ce trouble par un seul et même ordre de phénomènes, à savoir par un désordre ou un arrêt des fonctions qui lui sont dévolues. Il en est du cerveau comme d’une montre, suivant la spirituelle comparaison d’un auteur anglais, Th. Buzzard : « Les roues d’une montre peuvent aussi bien être arrêtées par un cheveu que par un grain de sable, et le désordre qui surgit reste toujours le même, quelle que soit la cause qui l’ait produit, que ce soit le grain de sable ou le cheveu qui ait lésé la montre. » Eh bien, il en est de même pour le cerveau. Que ce soit une gomme syphilitique, un cancer, un tubercule, etc., qui comprime un vaisseau ou désorganise un centre cérébral, les troubles qui en résultent sont toujours les mêmes,
matologique qui traduit une lésion viscérale est souvent tellement vague, tellement incertain, tellement
n'importe la qualité de la lésion. Ce ne sont jamais que des désordres fonctionnels qui traduisent une lésion du cerveau; et, le cerveau n’ayant pas de fonctions variables à troubler suivant telle ou telle maladie qui l’affecte, il suit de là qu’au total il manifeste toujours ses souffrances de la même façon, quelle que soit la cause morbide qui l’offense.
Cela, n'est-il pas vrai? ne fait pas l’ombre d’un doute. Eh bien, cette vérité banale, que chacun admet en principe, est méconnue à chaque instant dans la pratique. J’en pourrais citer maints exemples pour ma seule part. Est-il question, dans un cas particulier, de rapporter à la syphilis les divers troubles cérébraux qui viennent de nous occuper, vous ne manquerez jamais de rencontrer un interlocuteur pour vous dire : « Mais de quel droit mettre ici en cause la syphilis? Qu'est-ce que ces troubles ont de spécial? En quoi démontrent-ils que nous ayons affaire à la syphilis? Ete., etc. » Comme si la syphilis cérébrale, contrairement à ce qu’enseignent à la fois la théorie et la pratique, ne pouvait, ne devait être diagnostiquée que d’après des symptômes qui lui fussent propres!
Répétons donc une fois encore, puisqu'il le faut, puisque cette vérité est d’une vulgarisation si difficile, que la syphilis cérébrale — de provenance héréditaire ou acquise, peu importe — n’a pas et ne saurait avoir de symptômes propres ; — que nous devons nous résigner à la diagnostiquer d’après des symptômes communs, absolument vulgaires; — et que s’obstiner à réclamer d’elle quoi que ce soit de spécial, c’est en attendre ce qu’elle ne peut donner, ce qu’elle ne produit et ne produira jamais.
Or, si la syphilis héréditaire du cerveau n’a rien de spécial au point de vue clinique, comment donc pourra-t-elle être reconnue ou soupconnée ?
Une seule considération — une seule, entendez-le bien, Messieurs — servira ici d’élément diagnostique. C’est la notion des antécédents spécifiques héréditaires.
On n'arrive jamais à diagnostiquer la syphilis cérébrale héréditaire — comme celle de provenance acquise, du reste, — que d’après les antécédents spécifiques. On n'arrive jamais à instituer ce diagnostic qu’en raisonnant de la façon suivante : Voici un malade certainement affecté d’une lésion cérébrale ; — or, ce malade est en puissance de syphilis; — donc il est possible que sa lésion cérébrale soit de nature syphilitique.