CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'HÉRÉDO-SYPHILIS. AO
« flou » (passez-moi le mot) qu’il se réduit à ceci : des signes de dépérissement progressif et rapide, d’athrepsie, d’émaciation. L'enfant perd lappétit, ne tette plus, rejette le peu de lait qu’on lui fait ingérer à grand'peine, prend la diarrhée, diminue de poids chaque jour, s’étiole, se sénilise, tombe dans le marasme et s'éteint. Puis, à l’autopsie, on n'est pas médiocrement surpris de rencontrer telle ou telle lésion viscérale spécifique qu'il a été absolument impossible de localiser, de soupconner même pendant la vie.
V. — Aussi bien — disons-le au passage, la chose en vaut la peine — l'invasion, sur un enfant suspect d'hérédo-syphilis, de symptômes attestant un deépérissementaiguetron motive devient-elle presqueune indication spéciale à mettre en œuvre le traitement spécifique. Si ce n’était sortir du cadre de mon sujet,
Sans doute un diagnostic de cet ordre, reposant sur une relation simplement possible entre un effet et une cause, n'offre pas les garanties d’un diagnostic basé sur un symptôme précis, sur un signe formel. Mais que voulez-vous? Nous n'avons pas mieux, et force est bien de nous satisfaire de ce que la clinique met à notre disposition. Exiger plus, vouloir « autre chose », comme le réclament certains de nos confrères, pour nous décider à diagnostiquer une syphilis cérébrale et à lui appliquer le traitement qu’elle réclame, serait nous condamner — ou plutôt condamner nos malades — à ne la diagnostiquer jamais et à ne la traiter Jamais, pratique négative dont vous savez le résultat.
Donc, en l’espèce, tout est dans la détermination des antécédents morbides. Le malade est-il ou non en puissance de syphilis? voilà la question à résoudre, la question qu’il faut absolument résoudre, et dont la solution constitue la base même du diagnostic. » (Syphilis héréditaire tardive, p. 516.)
j'aurais à vous citer des cas nombreux à l'appui de cette proposition quasi-paradoxale, mais vérifiée cliniquement. Un seul fera foi.
Rappelez-vous un petit enfant que nous avions dans le service 1l y a quelques mois. Né d’une mère syphiltique et en pleine période secondaire, il n'avait encore présenté à six semaines aucun symptôme d'infection héréditaire, lorsque, presque subitement, 1l se mit à maigrir, à s’étioler, à refuser le sein, à vomir, à prendre la diarrhée, à perdre de son poids dans les proportions les plus alarmantes. Il s’acheminait hâtivement vers une terminaison fatale, et cela sans troubles fonctionnels spéciaux attestant la souffrance de tel organe plutôt que de tel autre. Eh bien, le traitement spécifique (frictions mercurielles et iodure) a coupé court, comme par enchantement, à cette déchéance vitale; il a rétabli, il a guéri l'enfant en moins d’une quinzaine |
La morale de ceci, je le répète, c’est que, sur un enfant même simplement suspect d'hérédo-syphilis, il peut y avoir indication au traitement spécifique dans le seul fait d’une athrepsie aiguë survenue sans cause et sans lésions appréciables.