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CHAPITRE IX

l’hérédité PSYGHOLO&IQUS MDRBtDE.

Au début dê ce travail, daUs rintroduction consacrée à rhèrédité physiologique, nOüs avoüs montré rapidement que les maladies sont transmissibles, comme toùË les caractères de structure externe Cü interné, comme tous les modes variés de rorganisatiort à l’étal normal, La même question se pose maintenant dans l’ordre 'psychologique. Les modes de la vie mentale sont-ils transmissibles, sous la forme morbide, comme spus la forme normale? L’étude des maladies de l’esprit apporte-t-elle son contingent de faits en faveür de l’hérédité ? L’affirmation n’est pas douteuse, La transmission des anomalies psycho^ logiques de toute sorte, soit des passions et dés crimes dont nous avons parlé, soit des hallucinations et de la folie dont nous allons parler, est si fréquente, elle se traduit par des faits si éclatants, que lês esprits les plus inattentifs en ont été frappés, et que l’hérédité psychologique morbide est admise, par ceüx-lâ mêmes qui né soupçonnent pas qu’elle n’est qu’un aspect d’unè loi beaucoup plus générale. . ' -

Plus tard, en étudiant les causes immédiates de l’héré-

LES FAITS

dite mentale, nous essayerons d’établir cette proposition importante : que dans l’homme, à tout état psychologique, quel qu’il soit, correspond un état physiologique déterminé; et réciproquement, qu’à tout état physiologique, quel qu’il soit, correspond un état psychologique déterminé. Ici cette question se présente à nous incidemment : car on a beaucoup discuté pour savoir si toutes les maladies mentales ont une cause organique, les uns l’affirmant, les autres le niant.

Quand on s’en tient aux faits palpables, visibles, constatés et acceptés par tous, il se rencontre deux Sortes de cas : ceux où, aux désordres de l’intelligence correspondent des altérations évidentes du tissu des centres nerveux ; ceux où l’encéphale ne présente au contraire aucune altération appréciable.

C’est en se fondant sur les faits de la seconde catégorie que quelques aliénistes, dont le plus célèbre est Leuret, ont soutenu que la folie peut avoir des causes purement psychologiques. « Physiologie, pathologie, science des faits et des lois delà pensée ou de la passion, observations cliniques et microscopiques, expérimentation thérapeutique, tout concourt, dit-il, à ruiner cette thèse absolue : que la folie a toujours et nécessairement son foyer dans une altération des organes : tout concourt à donner les caractères de l’évidence à cette définition de la folie : « La folie consiste dans l’aberration de l’entendement .... et les causes qui la produisent appartiennent le plus souvent à un ordre de phénomènes complètement étrangers aux lois de la matière. » Malgré ces affirmations catégoriques, la thèse de Leuret a trouvé de jour en jour moins d’adhérents. C’est qu’au fond, elle ne repose que sur notre ignorance et notre impuissance ; elle se réduit à dire que dans

- l’hérédité psychologique morbide. 169 beaucoup de cas, il n’y a pas de cause physique, puisque nous n’en voyons pas. Mais au delà des limites que la puissance du microscope ne dépasse pas, il se produit des phénomènes qui , quoiqu’ils ne soient pas appréciables à nos sens, n’en sont pas moins matériels. L’électricité, le magnétisme, les divers agents physiques et chimiques produisent^, dans le plus profond de nos organes, des modifications moléculaires qui échappent à nos moyens d’investigation, mais dont les conséquences peuvent aller jusqu’à la mort. D’ailleurs, l’idée d’une maladie de l’esprit, indépendante de toute cause organique, est si inintelMgible que les spiritualistes eux-mêmes l’ont rejetée, et que l’on s’accorde, en général, à reconnaître que la cause delafolie est toujours un état morbide de organes; que l’aliénation est, comme les autres, une maladie physique dans sa cause, quoiqu’elle soit mentale dans la plupart de ses effets L

Puisque la folie a pour cause immédiate quelque affection morbide du système nerveux, et que toute partie de l’organisme est transmissible, il est clair que l’hérédité des affections mentales est la règle. Que l’on considère la pensée comme une simple fonction du système nerveux, ou au contraire le système nerveux comme une simple condition de la pensée, il importe peu iei. Notre

< V. Lemoine, V Aliéné, p. 105-137. L’hypothèse de causes purement psycholo- ' giques de la folie a conduit Heinroth à écrire les énormités suivantes, qui valent la peine d’être, citées ;

« La folie est la perte de la liberté morale ; elle ne dépend jamais d’une cause physique ; elle n’est pas une maladie du corps, mais une maladie de l’esprit, un péché.Elle n’est pas et ne peut pas être héréditaire, parce que le moi pensant, l’âme, n’est pas héréditaire. Ce qu’il y a de transmissible par voie de génération, ce sont le tempérament et la constitution, contre lesquels celui qui a des parents aliénés doit réagir pour ne pas devenir fou. L’homme qui a, pendant toute sa vie, devant les yeux et dans le cœur, l’image de Dieu, n’a pas à craindre de jamais perdre la raison, etc. ))

psychologie expérimentale, confinée dans les faits, renvoie à la métaphysique toute recherche des causes pre*mières. Ce qui est plus embarrassant, ce Sont les métamorphoses de l’hérédité. Très-souvent lés névropathies ne se transmettent qu’en se transformant. Les convulsions des ascendants peuvent sè changer en hystérie ou épilepsie, chez les descendants. On cite un caS où l’hyperesthésie du père s’est irradiée Chez ses pêtits-enfânts et à produit la monomanie, la manie, l’hypocondrie, Thystérie, l’épilepsie, les convulsions, le spasme i.. Les faits de ce genre abondent. Pour nous en tenir aux métamorphoses d’ordre psychologique, rien n’est plus fréquent que de voir la folie devenir suicide ou le suicide devenir folié, alcoolisme, hypocondrie. « Un orfèvre guéri d’un premier accès d’aliénation mentale, causée par la révolution de 1789, s’empoisonne : plus tard sa fille aînée est prise d’une attaque de manie qui se change en démence. Un de ses frères se donne un coup de couteau dans l’estomac. Un second frère s’abandonne à l’ivresse et finit par périr dans la rue. Üm troisième refuse toute nourriture, par suite de chagrins domestiqués, et raeiirt d’anémie. Une deuxième sœur, pleine de travers, se maria, eut un fils et une fille :1e premier meurt aliéné et épileptique ; la seconde perd la raison durant une couche, devient hypocondriaque et veut se laisser mourir de faim. Deux des enfants de cette même dame meurent d’ une fièvre cérébrale ; une troisième meurt sans avoir voulu prendre le sein L » Ce cas est Tun des plus instructifs ; d’autres plus obscurs nous laissent entrevoir des rapports curieux entre le talent et la folie. Bien avant la fameuse proposition de

* Piorry. De Vhéréditê dans les maladies p. 169. V. aussi Maudsley, Pathûlogy of Mind, 244-256.

l’hérédité psychologique morbide. 171 Moreau de Tours sur le génie, Gintrac avait remarqué le fait suivant : Un père atteint de folie a des fils de talent qui remplissent avec distinction des emplois publics . Leurs . enfants semblent d’abord sensés, mais à vingt ans deviennent fous. Sur cas d’hérédité de folie, Âubanel et Tboré ont noté deux faits de ce genre.

Réservant pour plus tard la question difficile des métamorphoses de l’hérédité, nous ne donnerons ici que des cas de similitude, par conséquent les plus incontestables : ce sont d’ailleurs les plus fréquents. Il y a des familles dont les membres, à peu d’exceptions près, sont tous attaqués de folie et delà même espèce. Trois parents entrèrent à la fois dans l’hôpital des fous de Philadelphie. On a vu, dans l’asile du Connecticut, un fou qui était le onzième de sa famille. Lucas parle d’une dame qui était la huitième. Ce qui est plus curieux, c’est que souvent ce mal se déclare au même âge dans les générations successives. Toute la descendance d’une famille noble de Hambourg, remarquable depuis le, bisaïeul par de grands talents militaires, était à quarante ans frappée d’aliénation : il n’en restait plus qu’un seul rejeton, officier comme ses peres, a qui le sénat interdit de se marier : l’âge critique arrivé, il perdit la' raison. (P. Lucas.) Un négociant suisse voit ses deux enfants mourir aliénés, tous deux à l’âge de 19 ans. Une dame est aliénée à ans après une couché ; sa fille devient folle à 25 ans, à la suite de couches. Dans une famille, le père, le fils et le petit-fils se sont suicidés vers 50 ans. (Esquirpl.)

Montrons maintenant, par des exemples, que les prin-

LES FAITS

cipales variétés de maladies mentales sont transmissibles. En l’absence d’une classification universellement admise, nous grouperons nos faits sous les titres suivants : Hallucinations, Monomanie, Suicide, Manie, Démence, Idiotie.

L’haüucination se produit sous deux formes principales. Tantôt elle résulte de l’automatisme des centres nerveux et est compatible avec la raison la plus parfaite; l’hallucination n’entraîne pas l’erreur du Jugement , elle est reconnue comme une illusion, l’halluciné n’en est dupe en aucune façon. Tantôt l’hallucination est complète , alors le malade croit à la réalité objective de ses perceptions imaginaires et agit en conséquence : sous cette forme, elle est un premier symptôme de folie. L’hallucination est héréditaire, sous l’une et l’autre forme.

« On ne peut, dit l’auteur d’un des meilleurs traités sur ce sujet, établir par la statistique le pouvoir de l’hérédité sur les hallucinations, parce que, dans le plus grand nombre de cas, elles existent avec la folie. Pour bien apprécier cette influence, il faudrait l’étudier chez les individus qui n’ont que des hallucinations Simples, et chez les monomanes hallucinés qui ont une forme de folie bien arrêtée. Il est incontestable qu’on les observe assez souvent, chez les fils de ceux qui ont présenté cette double condition.

a Le père de Jérôme Cardan était sujet à des apparitions, le fils en eut également. Catherine de Médicis eut une hallucination, . au rapport de Pierre de TEstoile, et Charles IX, son fils, en eut une le soir même de la Saint- Barthélemy L »

Abercombie cite un cas d’hallucination héréditaire, la raison restant intacte. «J’ai connu, dit-il, un homme qui

Brierre de Boismont. Des hallucinations, p. 431.

l’hérédité psychologique morbide. 173 a été assiégé toute sa vie par des hallucinations. Cette disposition est telle que, s’il rencontre un ami dans la rue, il ne sait d’abord s’il voit une personne véritable ou un fantôme. Avec beaucoup d’attention, il peut constater une différence entre eux. En général^, il corrige les impressions visuelles en touchant ou en écoutant le bruit des pas. Cet homme est dans la force de l’âge, sain d’esprit^ d’une bonne santé et engagé dans les affaires. Une autre personne de la famille a eu la même affection, mais à un moindre degré. »

Voici un cas non moins curieux. Un jeune homme de dix-huit ans, ni enthousiaste, ni superstitieux, ni romanesque, habitait Ramsgate. En entrant par hasard le soir dans une église de village, il fut frappé de terreur, en voyant le spectre de sa mère morte quelques mois auparavant. Ayant eu plusieurs fois la même apparition, il se sentit malade et revint à Paris, où son père habitait. Il n’osa lui parler de cette apparition.

Obligé de coucher dans la chajhbre de son père, il fut surpris de voir que , contrairement à ses habitudes , celui-ci tenait toujours une lampe allumée pendant la nuit. Comme cette lumière importune empêchait le fils de dormir, il voulut l’éteindre un soir. Son père, trèsagité, lui ordonna de la rallumer.

Enfin, le jeune homme alla, à quinze lieues de Paris, visiter son jeune frère qui était en pension dans une petite ville. Il était à peine entré, que le fils du maître d’écolelui dit: ccYotre frère a-t-il jamais donné des preuves de folie? Il est descendu la nuit dernière, en chemise, hors de lui, déclarant qu’il avait vu l’esprit de sa mère‘

Brierre de Boisœont. Op. cit., Ÿ‘

LES FAITS,

Ce fait n’est explicable qu’en admettant que les deux fils tenaient de leur père- une tendance à l’hallucination, que le vif chagrin que tous trois avaient éprouvé déterminait dans le même sens.

A l’hôpital de Lyon, un homme était atteint à la fois d’hallucinâtion du goût et de l’odorat; poursuivi par des odeurs et des saveurs infectes, il passait des heures entières à se moucher et à cracher. Son père était mort dans le même hospice, de manie avec hallucination.

Rappelons encore la célèbre Visionnaire de Prémrst, Frédérique Hauffe, dont Kerner a raconté l’histoire et recueilli les visions. Cette faculté de « causer avec les esprits » était eommune à la plupart des membres de la famille Hauffe. Son frère surtout l’avait, bien qu’à un moindre, degré et sans complication des phénomènes d’extase et de catalepsie de la Visionnaire * .

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