‹ L'hérédo; essai sur le drame intérieurChapitre 24 sur 39 · ER · texte numérisé non relu

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mentée, de la même époque par Taine. lei, ce

n'est plus le fanatisme, mais c'est la timidité qui domine, un scrupule d'homme de bureau

et de bibliothécaire, dressé — tel une oreille de lièvre — vers les gens des assemblées et les foules de la rue. Cette timidité lui fait apparaître la Révolution comme une succession d'émeutes : et, si elle ne lui masque pasles erreurs mentales, beaucoup plus importantes, par lesquelles furent déchaînées ces émeutes, cette angoisse annotée, bourrée de gloses et de références, est à peine moins déformatrice que l'enthousiasme de Michelet.

On sent que les Conventionnels empêchent Taine de dormir et il les raconte sérieusement, comme l'enfant ses cauchemars, en claquant des dents et vacillant sur ses jambes. En outre la tare des gens de son époque — l'abus des comparaisons issues des sciences biologiques

ous ajoute ses déformations ingénieuses au

vertige de la panique.

Chez les historiens et les savants, contrairement à une opinion répandue, l'impartialité et l'impassibihité sont aussi rares que chez les écrivains et les poètes. Les passions et les hu-

meurs sont d'ailleurs chez eux d'autant plus vives qu'elles sont mieux dissimulées, qu'ils cherchent à se donner l'apparence de les avoir bannies. Celui-ci, prompt aux marottes, se donne à la doctrine de l’évolution. Il entend y plier l’univers, la morale, la religion. Vous avez reconnu Brunetière, hérédo achevé, jusque dans l'affectation de son style, imité du xvir° siècle et tout hérissé de conjonctions. Si le fanatisme sensuel domine chez Michelet et la peur chez Taine, Brunetière est victime de la contradiction : deux ascendants, également dominateurs, tirant chez lui en sens contraire, écartelant tout jugement porté, tout préjugement, toute sympathie et toute analyse. Il est docteur ès &« mais oui mais non » et se dirige ainsi, non d’après sa ligne propre, mais d'après celle qu’il suppose à son interlocuteur et qu'il s’agit avant tout de contrecarrer. Il hait, 1l aime, il rejette, 1l admet, en fonction d'autrui et en opposition avec autrui. Je le compare à l'enfant qu'on fait obéir par la suggestion contraire; c’est le critique de Jean de Nivelle. L'amour de la patrie, tout en demeurant un amour humain, relève du soi sans interpo-

sition d'instinct génésique. Il participe au

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drame intérieur par le sacrifice qu'il exige, notamment par son conflit permanent avec toutes les petites défaillances qui parsèment les caractères les mieux trempés.

À La communion nationale, foyer du patriotisme, est l’ensemble des soi et aussi la con- Jonction des hérédismes sages. Les premiers se séparent des seconds par le risque délibément choisi et par cet esprit de sacrifice qui personnalise l'acte noble ou vertueux. Il en résulte une moisson de héros. La lucidité caractérise le héros. Il connaît les biens pour lesquels il donne sa vie. D'autre part, le silence de l'instinct génésique assure à l’amour de la patrie un champ de conscience parfaitement libre, net et pur, débarrassé de tout personnage ou fragment de personnage héréditaire, de tout atavo-automatisme, suspect, de toute scorie congénitale. Les combattants rendent compte de cet état d'esprit en disant qu'ils sont « au-dessus d'eux-mêmes ». Les mesquineries ne comptent plus. Le sentiment vif et fort du soi brille au centre de la personnalité, délivrée de tous ses fantômes. C'est une sorte d'extase raisonnable, où la pensée se tourne naturellement vers le divin.

ah L HÉRÉDO.

Je me rappelle avoir eu, voici quelques années, alors que je méditais déjà ce chapitre de l'Hérédo, une discussion avec un médecin qui venait d'opérer sur lui-même une expérience dangereuse. Esprit fort confus, très orgueilleux, dominé par une ascendance complexe, il affirmait que son sacrifice humanitaire était supérieur à tout sacrifice patriotique. Je lui dis : « C’est un atavisme huguenot, docteur, et dans la ligne mâle, qui vous souffle certainement cette lourde erreur. » Il devint très rouge, mais dut convenir que le dit atavisme était réel et dans les conditions indiquées. Les hérédismes ethniques et religieux sont en effet aisément discernables, avec un peu d'habitude. Profondément imprimés, souvent répétés dans l'ascendance, 1ls pénètrent et imprègnent les appréciations, les jugements, les élans, les calculs, les réticences et jusqu'aux instincts. En vain essayerait-on de les dissimuler à l'observateur averti.

La pitié est une forme de l'amour humain qui s'attache aux imperfections, aux erreurs, aux manques, aux maux, à la déchéance du moi de notre prochain. Aussi fait-elle aisément appel aux hérédismes, encore que son point

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