‹ L'hérédo; essai sur le drame intérieurChapitre 25 sur 39 · RE SE · texte numérisé non relu

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de départ ait lieu naturellement dans le soi. IL n’est pas de sentiment plus altérable, n1 plus sujet à corruption. Il n'en est pas de plus respectable, n1 de plus beau, quand elle se présente limpide et fraîche, à la sortie de la sagesse blessée, et quand elle se dispense généreusement sur les plaies physiques et morales. IL faut seulement savoir qu'en l’opprimant on la transforme en colère et en révolte, qu’en la déviant on la corrompt Jusqu'au pire. L'instinct génésique, s1l se saisit d'elle, la conduit à toutes les perversions. Elle devient alors un piment pour la débauche, un ferment de convulsion sociale. Corruplio oplimi pessima. Mais ceux. qui nient ses bienfaits, comme Nietzsche, sont, malgré leur science, des 1ignorants ou des fous.

J'ai eu devant moi, pendant toute ma jeunesse et une partie de mon âge mür, le spectacle d’une pitié dérivant du soi, infiniment délicate et équilibrée, ne dépassant point la

mesure et cependant inépuisable, car elle

s’alimentait à une observation clairvoyante;

je parle de celle d’Alphonse Daudet. Quand

mon père commença de souffrir, elle prit aus-

sitôt place parmi les apaisements à-sa douleur,

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entre l'acceptation et un entrain persistant à la vie, dont peuvent témoigner tous ses familiers. Cette pitié, dérivation de l’amour, se précipitait, comme l'amour, sur l'objet de son choix et cherchait d’abord à rendre l'espérance, à consoler. Il disait : «Mes souffrances me servent en ceci qu'elles m'épargnent la moitié du chemin, pour aller au cœur des malheureux. Ils n’ont pas à m'envier dans le moment que Je les frictionne. Ils ne me soupçonnent pas de compassion voluptueuse. »

C'est un fait que la moindre interposition d'hérédisme dans la pitié est perçue aussitôt par l’obligé ou le secouru et devient un motif de haïr son bienfaiteur.

La pitié inactive — où manquent à la fois l'impulsion créatrice, c'est-à-dire l'improvisation et l'ingéniosité, où manque le tonus du vouloir — la pitié uniquement verbale est décevante et odieuse. La dureté lui est préférable. Beaucoup d'êtres, se laissant aller à un attendrissement banal et inefficace devant le malheur ou la détresse d’autrui, s’étonnent de la rancune qu'ils inspirent. Le contraire serait étonnant. Combien de fois n’entend-on pas dire qu'on veut bien secourir les misérables,

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