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mais autrement qu'en leur donnant de l'argent, par exemple en leur procurant du travail. Mon père proposait du travail, quand la chose était possible, mais 1l commençait par donner, et tout de suite, une somme en argent, Q Il faut laisser, — disait-1l, — à celui qu'on secourt, la possibilité de choisir sa dépense. » Il ajoutait qu'il est parfois aussi indispensable de se payer une fantaisie que de satisfaire sa faim ou sa soif. Le donateur a trop souvent tendance à imposer à son obligé — ce mot affreux dit tout — un emploi de son argent conforme à ses vues.
Il m'a été donné d'observer un malheureux hérédo, fils d’un manieur d'argent, chez qui la pitié, happée et déformée par d'affreux atavismes, était devenue une véritable propension sadique. Ce garçon s’amusait, par exemple, à fare une pension à un ancien précepteur tombé dans le dénuement, puis à la lui retirer brusquement. Il faisait luire, dans des milieux étriqués et gênés, l'espérance d'un enrichissement subit, quitte à décevoir celle-ci, après plusieurs semaines, par une lettre froidement polie. C’est pour moi un sujet d’étonnement qu'il at échappé, parmi tant de haines, à
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l'assassinat. Jamais je n'ai mieux compris qu'a la lumière de son rictus l’'épouvantable puissance de l'or. J'en ai rencontré d’autres, au cours de l'existence, hommes et femmes, comblés de richesses, accessibles à la pitié, mais qui compliquaient la charité — par désir d'originalité — jusqu'à faire d'elle un
instrument de torture et d’oppression. Celle-
c1 avait la marotte des logements ouvriers et dépensait des sommes considérables à l’établissement de ces salles de bain, vite transformées en débarras, si ce n'est en sentine pour les enfants, en vomitorium pour le père ivrogne. Celle-là venait en aide à certaines infortunes déterminées, et non à d’autres, pratiquait l’aumône à compartiments, la philanthropie logique et scientifique. Cette autre s’intéressait aux nourrissons, mais pas à leurs mères, aux femmes en couches, mais pas aux femmes relevées, aux orphelins, aux aveugles, aux paralytiques à condition que... dans la mesure où... jusqu au point où... Leur générosité, réelle au début, promptement oppressive, tournait ainsi peu à peu, sous l'influence génésique et héréditaire, à l’assouvissement de tics, de manies, à une reviviscence d’ascen-
. fois, à une tyrannie intolérable. Je connais le cas d’une grande dame, archimillionnaire, qui en était arrivée, le jour du règlement de ses bienfaits, à jeter la monnaie et les billets
par poignées aux infortunés, qui devaient les ramasser, à quatre pattes, sous tous les meubles. Il lui fallait l’excitant de l’affront!
On m'a cité cet autre cas d'une personne colossalement riche, qui pratiquait le supplice de Tantale sur ses visiteurs et parasites. Elle leur interdisait toute conversation sur les questions d'intérêt. Il devait être entendu, quand on était chez elle, à sa table ou dans son salon, que personne jamais ne manquait de rien, n1 n avait besoin d'argent. À ce prix, on demeurat dans son amitié. Elle conserva néanmoins, bien que laide et odieuse, une petite cour, parce que les gens espéraient toujours que la consigne se relâcherait. On n'en finirait pas d'énumérer les lubies des riches et les pièges de leur apitoiement. La possession de l'argent, par les possibilités qu'elle ouvre dans tous les ordres et les désillusions qu'elle entraine, épanouit facilement les hérédismes. Sa force est aussi redoutable qu'un élément et ajoute
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du pathétique au drame intérieur. Ce n'est pas tout que de convoiter et d'acquérir la fortune, encore faut-1l la dépenser sans dommage, sans choc en retour.
L'avarice, c'est l'amour de tout ce qu’on possède ou de tout ce que l'on croit posséder. Celui qui restreint la fécondité naturelle est un avare, au même ütre que celui qui cache son argent ou ses titres dans des pots de beurre. Le jaloux est un avare, chez qui l'instinct génésique est exaspéré; mais cet instinct fonctionne plus ou moins dans toutes les formes de l'avarice, et 1l les peuple d'images troublantes et obsédantes, empruntées à la lignée héréditaire. C'est pourquoi l'avare et le jaloux sont des types si fréquents d’'hérédo, si nets et si bien décrits par les romanciers et les auteurs dramatiques. L'autofécondation, la typification, le morcellement des hérédismes, l’automatisme intellectuel opèrent chez eux continuellement. Othello cache, voile, recouvre sa femme, comme Harpagon et Grandet cachent, voilent, recouvrent leur or. Les doctrines individualistes et les lois résultant de ces doctrines — par exemple le partage forcé — restreignent la dépense physiologique et
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l'expansion familiale, comme le moi héréditaire limite, restreint, déforme la personnalité. Ces concordances signifient quelque chose.
Chez l'avare, comme chez le jaloux, comme chez l’apitoyé perverti, comme chez le grand orgueilleux, amoureux de sa propre intelligence et de sa situation en ce monde, c'est le soi qui est recouvert et obstrué, c'est le soi qui est victime d’une longue économie atavique, pécuniaire, morale ou sentimentale, c'est le soi qui est recouvert d’une rouille congénitale. C’est le soi qu'il faut redresser, pour guérir ces déformations et dépravations de l’amour humain.
La dépense imaginative des jaloux est un phénomène bien connu. Mais elle n’est qu'un épisode de l'imagination héréditaire en général, dont nous allons maintenant étudier le mécanisme, à la fois simple et compliqué.