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disparition, telle qu'elle nous est léguée par la disparition de nos ascendants et par l'idée qu'eux-mêmes sen sont faite. Cette idée est une face d'un système héréditaire qui tourne devant notre soi, nous représentant, suivant les ancêtres, les joies ou les peines de la vie, ou l'ambition, ou l’avarice, ou le recours à l’amour, à l'amitié, à la débauche, ou le sacrifice. Notre soi saisit et pèse chacun des aspects de cette sphère morale, dont l'irradiation fonctionnelle va plonger dans notre organisme, le réglant et le déréglant. Attractions et répulsions agissent à l’intérieur de ce système héréditaire, comme entre ce système et le soi, conformément à des lois d'équilibre que modifie sans cesse la liberté infinie du soi. Le pôle du moi nous conditionne, mais le pôle du soi nous émancipe. Le pôle du moi est négatif, le pôle du soi est positif.
Prenons, pour changer les conditions de l'expérience, un sentiment de violence et de haine. Il nous vient de divers ancêtres, à travers lesquels 1l s'est modifié, et 1l tourne dans notre moi, offrant à notre soi, pendant sa rotation, des segments de sphère, qui vont de la fureur homicide à l'indifférence, au pardon,
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puis reviennent à la fureur homicide. "Mais notre soi ne passe point à l'acte qu'il n'ait pesé les motifs de haine et calculé les conséquences. Pesée et calcul se produisent quelquefois avec une extrême rapidité, de telle façon que l'acte semble spontané, ou même réflexe. Mais nous savons qu'avant même l'hérédomouvement — qui est le nom vrai du réflexe — il yaun préjugement moral. Par ailleurs, au cours de cette gravitation, l'irradiation fonctionnelle de cette hérédo-haine va plongeant dans notre organisme, modifiant la tension vasculaire, congestionnant ou anémiant tel organe, poussant à la sécrétion de la bile, ou des autres humeurs, troublant les glandes à sécrétion interne comme la thyroïde, accélérant les battements du cœur et contractant ou décontractant la vessie.
Supposez notre soi vaincu, dans le premier cas, par les hérédismes, ce peut être le suicide. Dans le second, ce peut être le crime. Notre conduite est la résultante des actions et réactions du soi et de ces systèmes intérieurs.
Les hérédo-présences ont une gravitation devant le soi semblable à celle des hérédismes: avec cette différence que celle-ci est précédée de
la rencontre et de la conjonction d'une sphère
héréditaire et d’une impression sensible venue du dehors, laquelle accélère ou retarde le mouvement. La vue d’un poison, d’un revolver, d’un couteau, une odeur grisante et voluptueuse, le son d’une cloche rappelant l'heure, l'aspect d'un humain, peuvent déclencher, dans les exemples précédents, le suicide ou le crime. Vous trouverez le premier mécanisme très bien décrit, c'est-à-dire projeté, dans Île suicide du Svidrigaïloff de Crime el Châtiment, le second dans le meurtre accompli par Macbeth. Dostoievsky, comme Shakespeare, n'ont fait que décalquer la représentation intérieure hallucinatoire qu'ils s'étaient faite de cette double tragédie.
J'ai dit, en commençant, que les grandes figures congénitales, dont dépendent les hérédismes isolés et les hérédoprésences, étaient comparables à des constellations. Il suffit de nous considérer nous-mêmes, dans un moment quelconque de notre conscience, pour comprendre ce que cela signifie. Voici, par exemple, une passion violente qui nous agite, telle la jalousie, et qui tourne en nous représentant toutes les circonstances possibles de
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l'amour qu'éprouverait l’objet de notre jalousie pour un autre. Dans le même système psychostellaire, si l'on peut dire, gravite le sentiment de la propriété, si fort dans le désir de posséder un autre être, sentiment lui-même héréditaire, et susceptible d'être renforcé encore par une hérédoprésence; puis, un peu plus loin, c'est le goût du sang, venu du plus lointain de la lignée, avec la faim et la soif, participant des deux, qui tourbillonne rapidement devant le soi. À quelque distance, en contraste avec les précédents, le besoin de repos, si fréquent et si fort dans la race, et le sentiment de l'acceptation. A quelque distance encore, un äpre et cruel plaisir de notre souffrance, euphorie généralement perçue à l’occasion de toute désintégration sentimentale ou morale au sein du moi.
Pendant ce temps, l'instinct génésique, qui ne demeure jamais inactif, tout au moins chez les êtres normaux et jusqu'aux confins de la vieillesse, active, gonfle, fait éclater, réagence ces hérédismes, qui se combinent entre eux, se défont et se recombinent, à la ressemblance successive de tel ou tel de nos ascendants. C’est toute une cosmogonie intéricure,
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rassemblée en quelques grandes atavofigures, qui compose ainsi la personnalité intelleetuelle, morale, organique du moi, susceptible d'être surveillée, dirigée, contrainte, équihibrée par le soi, mais susceptible aussi de masquer et recouvrir le soi, d'émousser sa volonté agissante et de tromper finalement sa sagesse. Une infinité de sphères psychomorales. dessinant par leur ensemble des hérédoconstellations, le tout en perpétuel mouvement, tel est, à mon avis, le tableau le plus juste que nous puissions nous faire, en fin de compte, de notre moi. C’est sur ce monde intérieur que notre soi possède, sl le veut, vigilance, gouvernement et intervention.
Plus le soi est vigoureux et actit, plus ces systèmes héréditaires du moi sont divers, brillants et véloces, plus 1ls sont mûs rapidement. plus aussi ils se segmentent, se réassocient et se transforment en d’autres figures ancestrales, ainsi que dans le jeu d'enfant bien conpu que l'on appelle le kaléidoscope.
Quand on fait tourner entre ses mains, en l'appliquant à son œ1l, le kaléidoscope, on voit s'ébouler, les uns sur les autres, les fragments brillants, composant une figure géomé-
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