‹ L'hérédo; essai sur le drame intérieurChapitre 29 sur 39 · PE ED ANNE · texte numérisé non relu

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tique, qui sont à la base de l'appareil. Un nouvel assemblage se reconstitue de formes, de dessins, de couleurs. Et ainsi de suite, presque indéfiniment. Il en est de même des hérédismes ou des hérédoprésences composant nes psychofigures ancestrales. C’est ce qui amène, chez les fortes natures, c’est-à-dire chez les humains pourvus d’un soi puissant, ces voltes et transformations soudaines de la personnalité et de la volonté, qui domptent l'entourage, l'adversaire et jusqu'aux circonstances de la vie. C'est ce qui fait, chez les fables natures, les perpétuels éboulements de projets, de résolutions et d'irrésolutions, la poussière des aboulies et des phobies, le repliement dans la cachexie et dans le marasme. C'est ce qui fait les convalescences rapides et les guérisons inespérées, alors qu'un ancêtre, en s'en allant, emporte le mal qu'il avait amené, alors qu'une des sphères dessinant son contour moral au sein du moi éclate en déchirant et éparpillant son contour physique au sein de l'organisme.

xl analyse nous permet de dissocier certaines

hérédoconstellations, plus rapprochées de

notre soi et de discerner les sphères psycho-

morales qui les composent. La synthèse nous permet de reconnaître quelques-unes de nos grandes figures héréditaires. Mais il en est d’autres, situées dans les profondeurs de la lignée ancestrale, comme des systèmes slellaires au fond des espaces infinis, que l’introspection ne nous permet pas de résoudre, du moins Jusqu'à présent. Cette introspection elle-même a été l'apanage d'un petit nombre . d'humains et c’est ce qui explique que le moral n'ait pas encore eu sur le physique la domination qui lui est réservée. Car le soi ne peut vaincre, c'est-à-dire dissoudre, pour une autre répartition et un nouvel équilibre, les hérédoconstellations, que s'il les a reconnues ciairement, que s1l est capable de nommer au moins leurs principaux éléments, leurs hérédosphères de première grandeur. C’est ainsi que, sur le plan organique, un remède fait élection de tels ou tels tissus, qui réagissent à son contact, de telle ou telle manière.

Prenons, pour fixer les idées, un accès de colère provoqué, chez un homme valide, par la vue d’une injustice ou de ce qu'il croit être une injustice. L'instinct génésique, moteur animal de l'être, évoque aussitôt un ou plu-

sieurs ascendants, ce que j'appelle une hérédoconstellation, qui se met à tourbillonner . devant le soi. Ce système atavique comporte . lui-même un certain nombre d'hérédosphères psychomorales, telles que le remords, l'inquiétude, la honte, l'espérance, des états innominés de l'esprit sensible, qui sont les nébuleuses intérieures, et les réactions organiques, congestions, anémies, contractures partielles ou dilatations de vaisseaux sanguins ou lymphatiques correspondantes. Ou notre homme se laissera,

comme on dit, emporter par sa colère, ou 1l la « dominera. Dans le premier cas, le moi l’emporte sur le soi, les hérédosphères masquent la volonté et l'équilibre sage. Il sortira de là une violence, un hérédomouvement quelconque, une apoplexie, une rupture de vais- - seau, un arrêt du cœur. La parole elle-même sera embarrassée, le geste incertain ou délirant. Les diverses glandes sécréteront. Dans le second cas, le soi l'emporte sur le moi, la “ volonté nomme, saisit, dissout les hérédo- - sphères, comme le soleil perce les nuages.

- L'homme prend un parti raisonnable et délibéré, capable de faire cesser l'injustice, sans - se désorganiser lui-même. C'est de cet acte

du drame intérieur que sont nés les codes et mesures législatives, susceptibles d'assurer l'ordre social par la contention des réflexes individuels devant l'injustice et le désordre. Le Droit est issu de la maîtrise du soi, de la victoire du soi. L’anarchie est fille de la wictoire du moi, c’est-à-dire de la multiplication spontanée, du foisonnement génésique des

hérédosphères. | ;

Il peut arriver aussi que l'impulsion créatrice du soi, utilisant le langage intérieur ou le monde des formes, élimine cette colère par l’œuvre d’art, par un poème, un drame, une statue. Observant cette œuvre d'art, après bien des années, le critique attentif et averti y retrouverait la projection de l’ensemble d'hérédismes qui gravitaient devant le soi de-l’auteur, mais qui n'ont pu résister à l'effort de dissociation et d'expulsion du soi.

Quatre exemples de ce procédé psychoplastique : Aristophane, Molière, Swift et Hogarth. Je suppose que mon lecteur les connaît bien et jusqu'à sentir tressaillhir à leur nom, au fond de lui-même, des parcelles imitatives de leurs tours d'esprit.

En Aristophane prédomine le lyrisme,

disons les hérédismes expansifs, mus par un soi exceptionnellement fort et brillant. La gravitation intrapsychique est intense, les hérédoconstellations sont nombreuses, mais l'impulsion créatrice est d’une qualité telle qu'elle brasse, éparpille, expulse les images ancestrales, à mesure qu'elles se présentent devant son ardent et libre foyer. D'où une sorte de rire jupitérien, provoqué par le saccage des assemblages, qui a traversé les siècles, associé à la plus libre fantaisie, parmi les chœurs de grenouilles et d'oiseaux. Ce dramaturge ensoleillé rend à l’univers, avec prodigahité, ce que ses ancêtres lui ont légué. Sa verve est inépuisable, attendu que les hérédoprésences viennent à chaque instant la renouveler et renforcer les hérédismes simples. Il est circonstanciei et éternel, allusionniste et fait pour être toujours compnis, elliptique et torrentiel. Les trois ou quatre grandes figures psychostellaires, qu'il déforme et projette dans son drame, sont à prédominance civique, amoureuse, guerrière et irritée. Sa puissance satirique est issue du conflit entre un orgueil ancestral — conforme à ce que nous savons de ses origines — et une profonde compréhen-

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sion, admirablement équilibrée, de la petitesse des mobiles et des moyens humains.

Molière a lui aussi, dans son moi, quelques ascendants lyriques, sensibles notamment dans Don Juan, le Bourgeois gentilhomme et Tartujje. Mais les hérédofigures souffrantes, jalouses, déshéritées, amères, grimaçantes — la grimace est un affleurement ancestral sur la physionomie — l'emportent, en lui, sur les atavismes Joyeux et hardis. Sa grande caractéristique est dans la reprise d’un mouvement noble ou généreux par la peine et par le sarcasme; reprise évidemment provoquée par le rabattement d'une image atavique douloureuse sur une épanouie, par un contraste d’autofécondation. Tous ses personnages ont la même voix, la même inflexion, le même accent, maîtres ou serviteurs, raisonnables ou obsédés, tellement 1ls dérivent des protagomistes psychiques qui composent son imagination. $es comédies sont la projection d’un drame intérieur, où le soi lutte tant qu'il peut, fréquemment recouvert par le moi. Le Misanthrope est, à ce point de vue, une autopsychographie fort singulière, la confession acerbe et méticuleuse d'un hérédo qui est Alceste. Incomparable dans

la peinture des caractères masculins, Molière est gêné dans celle des caractères féminins,

comme s'1l manquait de reviviscences fémi-

nines intérieures pour communiquer avec EUX, comme s1 tous ses hérédismes étaient mâles.

Il y a là un malaise évident et dont ses malheurs conjugaux ne sont point, selon moi, responsables. La cause en est plus intime, plus secrète. Les personnages féminins qu'il met à la scène m'ont toujours fait l'effet de travestis. Ils ont été conçus comme des messieurs et plus tard seulement habillés en dames.

Swift a laissé son moi recouvrir son soi jusqu au dernier terme de cette échpse, qui est la folie. Le chapitre des chevaux raisonnables des Houyhnhums, dans Gulliver, présente une grande analogie avec la composition aristophanesque, sauf que les hérédofigures y gravitent dans une sorte de pénombre douloureuse, et non plus dans une vive lumière. Swift s'est peint lui-même dans son héros rattaché au sol par les mille liens de Lilliput et qui n'a pas la force de les briser. Il s’est certainement fait une représentation très juste de son drame intérieur, le plus tragique qui soit : l’'emprisonnement, l'étouffement du soi par le foison-

nement continu des atavismes et le manque de réaction de l'équilibre sage, aussi bien que du tonus du vouloir. J'incline à penser que, chez lui, l’effervescence héréditaire était activée par une pointe pathologique, vraisemblablement par le tréponème. Chez lui, comme chez Maupassant et comme chez Nietzsche, l'impulsion créatrice a été incapable, à un moment donné, de libérer tous les hérédismes, de faire éclater toutes les constellations intérieures qu'animait l'instinct génésique. Quand il disait tristement, regardant un grand arbre : « Je mourrai, comme celui-ci, par la tête », 1l sentait déjà le tourbillonnement des hérédo-images monter en lui, avec l'impossibilité de les expulser, ou de les dompter en les ordonnant. Cette phrase amère était le renoncement de son SOI.

Hogarth est un des humains qui sont descendus le plus profondément en eux-mêmes, qui se sont le plus froidement examinés et analysés. Son œuvre en est la preuve. Le Mariage à la mode, l'École du roué, l'École de la fille, encore que projection d’hérédoprésences et de souvenirs personnels, traduisent surtout, avec une formidable intensité, l'éli-

mination d'un torrent d'images ancestrales intérieures. Ces hérédofigures grimacent el complotent comme celles de Molière. Elles sont ordonnées par un soi robuste et savant, qui note, sans pitié, les pentes du vice et leurs degrés, l'accélération des penchants. la chute des âmes. C'est le déterminisme avant Claude Bernard, mais jugé de haut et conçu comme une cage mentale, de laquelle on peut et on doit s'échapper, au heu que Claude Bernard, — hérédo chez qui les ascendants volontaires et négatifs dominent, — se délecte manifestement de sa servitude. Il ajoute ce qu'il appelle une loi — c’est-à-dire une somme de conséquences — à une hypothèse d’ailleurs ingénieuse, ainsi qu'un barreau à sa cage.

Hogarth sait qu'il peut briser ces barreaux fabriqués de sa propre substance. Hogarth n'a Jamais abandonné la gouverne exacte de son soi.

Vous reconnaîtrez les hérédosavants à ceci qu'ils fabriquent des « lois », physiques, ch1miques, mathématiques, biologiques, anatomiques, histologiques, à Jet continu. Leurs ascendants intérieurs les poussent à réglementer et compartimenter la nature, tout en

la simphfiant à l'excès. Chaque hérédo-image ou groupement d'hérédo-images prend à leurs yeux un caractère de rigidité absolue : « c’est ainsi et non autrement ». Leur sagesse, qui cependant leur appartient en propre, comme aux autres humains, ne leur suggère pas une minute que les choses ne sauraient avoir cette rigidité ; ni que cette prétendue loi peut n'être qu'une contingence répétée, ou qu'un très petit aspect de la vérité, ou qu'une erreur vue à l'envers. On dirait qu'ils n'ont aucune introspection. Malgré les titres dont ils se parent. le battage organisé autour d'eux, les récompenses académiques ou autres, voire la gloire qui les couronne, ils me font l'effet de tout petits, petits enfants. Encore le tout petit enfant a-t-1l, en général, cette idée juste que ce qui arrive une fois n'arrivera pas nécessairement toujours.

Donc le soi responsable commance et hiérarchise la gravitation des hérédofigures. Îl est à la fois moteur, régulateur et Juge : moteur susceptible de s'enrayer, régulateur susceptible d'un bref dérèglement, juge partois somnolent ou inattentif. D'où des désordres, une anarchie, des cataclysmes de toute nature.

LES CONSTELLATIONS HÉRÉDITAIRES. 20ÿ

L'origine de la plupart de nos maux physiques, comme de nos erreurs, est dans l’obscurcissement du soi. Soyons convaincus que les fausses doctrines, telles que le déterminisme, ou l’évolution, ou le matérialisme, ou l'inconscient, flottantes sur l’immensité de l'hérédité humaine, amènent à la longue des troubles somatiques inclinant l'organisme à la réception des germes morbides, mettent nos tissus en état d'infériorité. On dit d’un malade qu'il s’abandonne; mais bien souvent la maladie est entrée en lui parce qu'il s’abandonnait, parce que sa raison était obscurcie et son vouloir inattentif.

Entendons-nous bien. Ïl ne s’agit nullement de se replier sur soi-même, ce qui serait le chemin de l’obsession. J’ai assez insisté sur le caractère d'expansivité, de générosité, de surabondance dans l'improvisation du soi, pour qu'il n'y ait pas confusion sur ce point. Malheur à celui qui, ayant une propension à un mal physique, à une altération morale, se penche dessus, s'y complaît, s’y absorbe sans réagir. Il faut sortir de sa préoccupation, regarder les autres, s'intéresser aux autres. Le soi est communicatif et participant, par cela

même qu'il est l'essence de la personne, au heu que le moi, chargé d’hérédismes, est au contraire individualiste; le moi gravite, mais ne se répand pas. Dans le domaine psychomoral, comme dans le domaine physiologique, on doit se répéter que qui se dépense gagne.

Aussi faut-1l attacher de l'importance à l'oubli héréditaire, à la fuite des constellations ataviques jusqu'aux confins de la connaissance, — confins qui d’ailleurs, nous l'avons vu, ne sauraient être qualifiés d'inconscients. Il y a des êtres légers, au physique comme au moral, chez qui les quahtés et les tares venues des ancêtres marquent peu et qui n'y attachent pas d'importance. Malléables et furtifs, ils passent à travers le feu sans se brûler. Ils s’en tirent avec un tic facial ou une crampe spasmodique, là où un autre eüt récolté de l'épilepsie. Ils s'en tirent avec une bronchite chronique, là où un autre eût récolté une caverne pulmonaire, ou une péritonite tuberculeuse.

L'inattention profonde peut devenir ainsi, dans certains cas, une sauvegarde.

A y regarder de près, cet oubli, par fuite psychostellaire, est ainsi une conséquence du soi, un acte de souverain équilibre. Le soi

sait que telle préoccupation est elle-même un système d'hérédismes, et 1l la repousse ou la désagrège, afin qu'elle n'agisse plus sur lui,

— afin de se soustraire à son influence.

Dans l'acte de mémoire, le soi est senti comme complètement distinct de la partie du moi à laquelle :l s'applique et sur laquelle 1l projette sa lumière. De mêmeest sensible, en y appliquant l'attention introspective. le fait que la partie du moi rappelée est un segment d'une hérédosphère, qui tourne devant la conscience, C’est ainsi que nous n’arrivons à nous souvenir d'une certaine parole, ou d'une certaine lecture, qu'en évoquant les circonstances de temps et de lieu jointes à cette parole ou à cette lecture. Mais cette parole et cette lecture elle-même constituaient des hérédoprésences, au sein d’un système de gravitation psychostellaire, que nous évoquons du même coup. Il en résulte que l'acte de mémoire fait partie des réussites du soi et que l'acuité et la qualité de la mémoire mesurent l’acuité et la qualité du soi, dans son ensemble, ou dans l’une de ses trois composantes. La perte de mémoire ou amnésie peut tenir au contraire, soit à l’affaiblissement du soi, soit

à la disparition, à l'éclatement d’un système hérédostellare dans les profondeurs de la personnalité. Souvent, à quelques mois ou quelques années de distance, ce système ou ce fragment de système repasseront dans le champ du soi, et l’amnésie cessera brusquement, et le sujet se demandera ce qui lui vaut une telle aubaine.

Il est à remarquer que ces soudains réveils de la mémoire sont accompagnés d'un court vertige, plus ou moins vif, suivant les individus. Ce vertige exprime physiologiquement le passage d'un état d'équilibre mental à un autre. Car, dans notre univers intérieur, comme dans l’autre, 1l y a une tendance permanente et immortelle à la reprise de l'équilibre, tendance qui est une vertu fondamentale du soi.

Les grands troubles mentaux, fonctionnels, ou organiques, sont le résultat d'un bouleversement profond dans la gravitation psychostellaire, sur laquelle le soi affaibli n’a plus surveillance, n1 maîtrise. Il y a lieu, à mon avis, de reviser complètement la psychiatrie, en partant de ces données nouvelles, et de ne plus considérer seulement l’aliénation comme une altération du cerveau, mais bien comme

un désordre hérédopsychique de toute la personnahté. Les altérations anatomiques observées dans certains cas de folie seraient ainsi des effets et non des causes, des effets dus à l'éclatement, en un point donné, des prolongements organiques des hérédosphères. C'est un fait que les traumatismes réduits du cerveau et même les pertes de substance cérébrale altèrent peu l'ensemble des facultés, quand la mort n'en est pas la conséquence. Au heu qu'une obsession ou la fine intrusion d'une spirille, acquise ou congénitale, amènent, en peu de temps, les désordres les plus graves. C’est un fait aussi, observé par tous les aliémistes, que la persistance d’actes de conscience, jusque dans les périodes ultimes d’une-maladie telle que la paralysie générale, persistance tenant à la survivance et aux réapparitions d’un soi, qui peut être masqué, affaibli, mais non détruit ni supprimé. Là est la grande ressource de la médecine de l'avenir.

Il est même des cas, comme celui, classique, de Pasteur, où une légère hémiplégie, succédant à un épanchement cérébral, coïncide avec une amplification notable du génie créa-

teur et correspond à une ascension du soi. C’est sans doute le soi qui, dans sa lutte et dans sa victoire, a maltraité un système hérédostellaire jusque dans son prolongement organique. Cette augmentation de la personnalité, que la science matérialiste prend pour un efiet, est une cause.

Considérez les préoccupations, les inquiétudes, les appréhensions, les complications de l'existence. Elles sont à peu près les mêmes pour tous les humains, quel que soit leur rang dans l’échelle sociale, mais elles résonnent différemment en eux, selon la trempe et la qualité de leur soi. L'énergie ne consiste pas seulement à accepter, d'un cœur ferme, les chocs en retour de nos hérédofigures et de nos hérédoprésences, mais encore et surtout à les faire servir à notre perfectionnement. Dès qu'une difficulté se présente à vous, commencez par éliminer les images déprimantes ou absorbantes, les systèmes de figures que l'instinct génésique aurait tôt fait de convertir en obsessions de tous genres et en marasme. Cherchez à faire de cette difficulté le point de départ d'une activité nouvelle, sagement conçue et équili-

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