Acte Quatrième
Tu voulais leur faire grâce !
Victorin.
Il vaut mieux faire grâce que faire horreur.
C'est une force infernale qui me domine, et
quand elle m'abandonne, je me sens plus lâche
qu'une femme.
Astéria.
Plus lâche ?
Victorin.
De nous deux, c'est toi qui es l'homme, morr
âme à moi est imprégnée de larmes. N'aurais-je
pas vécu dans le silence et la fidélité? L'acte
de chair ne m'emplit pas de tristesse, mais
d'attendrissement. J'ai trop aimé la Vierge
autrefois et je la hais trop aujourd'hui. Ah, je
n'étais pas né pour ces tourbillons effroyables !
Que fallait-il au vomi du cloître ? un amour de
femme embaumeur, endormeur, des genoux
pour appuyer mon front, et le silence, et la
ténèbre... Heureux ceux qui sont morts, ils se
reposent.
Astéria.
N'as-tu pas mes genoux, à moi ?
Tes genoux sont des glaives et je m'ensan-
234 V Hérésiarque
glante le cœur à me traîner contre eux. Ah, les matins de la montagne! Nous nous aimions alors, et maintenant tu me hais.
Astéria.
Je ne hais que les lâches et tu ne l'es pas.
Victorin.
Je ne suis pas lâche, tu le sais, nous avons vu la mort de près, mais tout m'accable, tout m'empoisonne; je ne puis plus que haïr et j'étais né pour tant aimer !
Astéria.
Eh bien, aime-moi ! Ne suis-je pas à toi tout entière ?
Victorin.
Non, tu n'es pas à moi, mais à ta vengeance. Ce n'est pas moi que tu aimes, mais la force que tu m'inspires, et tu t'aimes en moi. Si tu m'aimais, me refuserais-tu ton corps comme ton âme ? Pas une seule fois tu ne t'es offerte de toi-même.
Astéria.
Tu le sais, je veux qu'on me prenne. Ma vengeance, assouvis-la, mon orgueil, maîtrisele, mes vêtements qui me font luire dans l'om-