‹ L'hérésiarqueChapitre 20 sur 161 · Acte Premier · texte numérisé non relu

Acte Premier

gueur éteinte, mes yeux aveugles, toute ma vie s'est réfugiée dans mes narines, et c'est pourquoi elles distinguent vite le relent obscène des sorcières, et ton parfum de myrrhe et de cinname, à toi... Tu es le plus pur de nous tous, Victorin, et ta prière monte vers Dieu aussi droite qu'une vapeur dans un air très cal:

Victorin.

Mon père, par pitié !

DÉODAT

Voici que je descendrai bientôt dans la tombe, mes forces sont sur leur déclin, et depuis quelques instants même ma faiblesse augmente... Avant d'expirer, j'ai voulu te bénir encore, car je te vois oint par Dieu pour l'avenir : tu as l'amour qui aspire les foules et l'éloquence qui les échauffe et la passion qui les entraîne, tu es beau, tendre et chaste, ton rôle peut être

immense...

Victorin.

Ah, la domination de son âme est plus désirable que l'empire de la terre.

DÉODAT

Cette odeur est étrange. Mon fils, es-tu bien seul ici?

VlCTORIN.

Nous étions deux à prier ensemble.

DÉODAT

Deux?

VlCTORIN.

Pardonnez-moi, mon père, si j'ai péché.

DÉODAT

Oui, oui, je vois... je vois... une femme... Eh ! quelle femme pourrait pénétrer en ce monastère que gardent tant de grilles, sinon... Elle!

VlCTORIN.

Mon père...

DÉODAT

Ah ! l'horrible louve, la chienne altérée de sang et de sanie, la Jézabel dont les crimes ont ému la divine patience ! Elle est ici, et tu lui as parlé, Victorin, et tu dis que tu as prié avec elle ! Ah, malheureux enfant ! Oui, je la reconnais : c'est bien ce front bombé et largement découvert, et ce teint blême que les brasiers d'enfer ne rendraient pas pourpre, et ces lèvres plus sinueuses qu'un frémissement de marécage, et ces regards dont me brûle la flamme à travers la taie de mes prunelles, oui, c'est

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