Acte Premier
bien elle, son relent lascif, son cliquetis de joyaux et sa froissure d'étoffes en le rejet de sa superbe, tout jusqu'au son de sa voix encore muette que je crois déjà entendre.
Dehors, maudite ! Infâme, hors d'ici ! La lance de saint Maurice t'a échappé, tu n'es plus qu'une réprouvée, une bête fauve que le premier chasseur doit abattre. Et te voilà prise au piège, louve ! En nos mains, tu es en nos mains ! Le Saint-Père nous a libérés de ta mouvance. Tu n'es plus la Dame de Burgundie, maîtresse des clés de ce monastère, mais une vagabonde qui a violé Valsainte, et qui sera, pour ce crime, remise au bras séculier dont elle prévoit la sentence!
Astéria.
T'avais-je menti, frère Victorin, et n'est-ce pas la mort jusqu'en cet asile ?
DÉODAT
Péril sur nous parce que cette Immonde a infecté l'air de notre âme, sur cette nef d'où sa vue fait enfuir les prières, sur toi, mon pauvre enfant, qu'elle a peut-être ému de pitié et sur moi-même qui lui parle, et même en la maudissant, m'empoisonne de ses effluves ! Je sens
la colère de Dieu, parce qu'elle l'obombre, planer sur nous. Valsainte, dans quel creuset de flammes purifieras-tu la souillure que t'imprime sa pestilence... Ah ! fuis, fuis, frère Victorin, qu'importe la mort d'un vieillard, mais toi, fuis...
Victorin.
Pas avant, mon père, que je n'aie imploré votre pardon pour la pécheresse !
DÉODAT
Hélas, hélas, voilà bien ce que je redoutais pardessus tout... Ah! mon fils, mon malheureux fils, dans quel piège as-tu glissé ! Toi, le chérissant, c'est par l'amour que tu devais être séduit et le Rusé a bien perpétré son œuvre.
Victorin.
Mon père, penseriez-vous au péché de chair ? Je vous le jure, cette misérable est pour moi sans sexe, et je n'avais même pas vu son front large et son teint de marbre et ses yeux étincelants avant que vos lèvres ne me les aient révélés. Mais elle est malheureuse.
DÉODAT
Hélas !