‹ L'hérésiarqueChapitre 28 sur 161 · Acte Second 5j · texte numérisé non relu

Acte Second 5j

Victorîn ( songeur).

Les cloches !

Astéria.

Que c'est beau !

Victorîn.

Oui, c'est bien beau !

Soleil, lampe et foyer du monde, et toi, vent frais du matin par qui toutes choses frissonnent de bien-être, matin réparateur, réjouisseur, rajeunisseur, et vous, oiseaux des airs, bêtes des champs, fleurs des monts et des prés... que vous êtes heureux!... Il fut un temps où j'étais heureux moi aussi. Pourquoi ne puis-je plus bénir, pourquoi ne puis-je plus pleurer ? Qu'y a-t-il donc de changé dans l'aurore ?

Astéria.

L'amour exige-t-il les larmes ?

Victorîn.

Oh non, car je le sens bien, la source d'eflusions n'est pas tarie, elle vit en moi, et tu sais mieux que personne, sœur divine, pour qui ses flots coulent comme des laves. C'est parce que j'ai concentré sur toi toutes mes flammes que

je ne peux plus les déployer sur le monde comme un manteau de foudres. Que m'importent l'embrasement des aurores et la mélancolie des crépuscules, c'est toi mon crépuscule et mon aurore, et la nature ne m'enchante plus que contemplée dans tes yeux !

Astéria.

Si tu m'aimais tu ne verrais pas en moi qu'un disciple.

Victorin.

Pourquoi revenir sur ceci, Astéria? Je suis prêtre, et mon seul amour licite est fraternel.

Astéria.

N'en est-il pas d'aussi doux ?

Victorin.

Tais-toi, par pitié. J'ai la gloire et la puissance et la richesse; je suis l'écolâtre de Saint- Jean qu'une foule de disciples escorte, j'enseigne l'Eglise, j'instruis les rois, j'apaise le populaire ; il ne tiendrait qu'à moi d'être évêque, qui sait, cardinal, et peut-être plus encore, et pourtant j'étais plus heureux dans ma cellule quand je pressentais le don des larmes, et que je savais prier et dormir.

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