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L’HÉRITAGE DE CII ARLEM AGXE.
Jehanne, écoulaient et regardaient, diversement groupés dans la pénombre de la grotte.
(c Ah! reprit bientôt le blessé d’ime voix qui commençait à faiblir. Je suis satisfait maintenant... Je suis heureux!... Mais c’est étrange... mes sens s’engourdissent de nouveau... mon cerveau s’embarrasse... mon regard s’obscurcit, je nevois plus... je n’entends plus... je ne sens plus même la pression de vos mains sur les miennes... Amaury... Geneviève... adieu!... adi... ou plutôt non... soit dans ce monde... soit dans l’autre... au revoir! ï»
•Et il retomba dans cet évanouissement profond, dans cette effroyable léthargie où, déjà depuis près de quarante-huit heures, il était plongé.
a Bérenger!... Bérenger! s’écrièrent simultanément Geneviève et Amaury. Mon ami!... mon frère!... mais il se meurt!... il est mort !
— Non! fit Jehanne, qui venait d’interroger le cœur du blessé; il respire encore... il vivra peut-être! Fiez-vous à moi... Dieu aidant, nous les sauverons tous les deux. »
De l’autre main elle montrait Landrik, qui, brisé par tant d’émotions, semblait aussi perdre connaissance.
Tout le monde sertit en silence de la grotte.
11 était environ midi.
Le reste du jour fut employé à tenir conseil, à tout préparer pour le départ, qui venait d’être fixé pour le soir même.
xVu moment où le soleil disparaissait à l’horizon, Amaury et Geneviève retournèrent auprès de Bérenger.
Celui-ci s’aperçut pas de leur présence, ne rouvrit pas les yeux, ne se réveilla pas.
Il en était tout autrement de Landrik, auquel le comte Efllam était venu dire un dernier adieu.
« O mon maître ! murmurait le blessé, que la fièvre dominait en ce moment, mon bon maître... oh ! je vous rejoindrai promptement, allez!... Mais qu’il me soit permis de vous donner un dernier avis. Soyez prudent... et défiez-vous... défiez-vous de Morgane! »
LA REVANCHE DU C II AMP-ROUGE
Une heure plus tard, le vieux Noël et sa fille veillaient seuls auprès des deux blessés.
L’impéralrice et son fils s’acheminaient déjà vers Aix-la-Chapelle, escortés par Roland, Eginhard, Hugues et Drogo, Hervé de la Tour et tout l’host impérial.
D’un autre côté, sur la route de l’ouest, le comte Efflam commençait son long voyage avec Amaury et Barthold ; l’alerte Kob leur servait d’éclaireur.
Enfin, le comte Robert chevauchait seul vers le couvent, où les moines, se relayent à l’entour des deux trépassés, chantaient sans interruption la prière des morts.
Mais non loin de là, dans le silence d’une sombre nuit, une autre cérémonie funèbre s’accomplissait aussi.
C’était sur l’îlot solitaire, sur le rocher expiatoire où Ganelon avait reçu le châtiment de ses crimes.
Bertrade et Morgane y étaient revenues, escortées cette fois de quelques-uns des leurs, qui creusaient une fosse.
Lorsque la tête et le corps du supplicié y furent descendus, lorsque la terre les eut à jamais recouverts, ses deux complices firent éloigner lesdossoyeurs, et, pareilles à deux noires sibylles, restèrent seules auprès du tombeau.
De grand nuages, aux formes monstrueuses, couraient dans un ciel couleur de sang ; les arbres, courbés par d’impétueuses rafales, faisaient entendre des gémissements sinistres; la foudre grondait au lointain ; déjà les fausses lueurs de l’éclair annonçaient l’approche de l’orage.
Bertrade étendit le bras vers le tertre sépulcral, et dit ;
(( Dors en paix, Ganelon ! les deux haines qui s’étaient associées à la tienne restent encore debout, et poursuivront l’œuvre commencée, l’œuvre de notre commune vengeance! »
Morgane ajouta :
(( Que ton esprit revienne encore nous conseiller dans la lutte afin d’en assurer le triomphe... et que ce jour-là tes ossements tressaillent de joie dans ta tombe ! »
Puis, éloignant d’un geste impérieux sa compagne, elle exécuta tout à l’entour du rocher les rites mystérieux de la religion
druidique. En ce moment, l’éclair flamboya coup sur coup dans le ciel noir, et le tonnerre, tombant non loin de là, abattit dans le fleuve écumeux le tronc fracassé d’un cbene.
Morgane revint s’asseoir sur le tertre funéraire, et rappelant auprès d’elle Bertrade :
«Masœur, dit-elle, je vous attends procbainement en Bretagne ! Venez me retrouver là-bas, sur la côte armoricaine, à l’endroit où je vous ai dit. .. et là, soyez-en certaine, je vous donnerai le moyen de ne plus être vaincue !
— Ce moyen... quel est-il?
— C’est celui qui frappa déjà Lodewig dans sa force et dans son intelligence... celui qu’avait malheureusement dédaigné Ganelon. C’est le poison de Morgane ! »
A ces derniers mots, quelque cruelle que fut Bertrade, elle ne put se défendre de frissonner.
Puis, après un moment de silence, se redressant :
c( Je me souviendrai du rendez-vous, dit-elle. Au revoir, Morgane!
— Bertrade, au revoir! »
Quelques minutes plus tard, les deux inflexibles vengeresses débarquaient sur l’autre rive, montaient à cheval, et, chacune suivie de quelques farouches satellites,disparaissaient dans la nuit.