L’HÉIUTAGE DE C II A H LE M AG N E
raille à son tour; ce lui de l’Ouest désormais que le Rhin entendit accourir le cri de guerre. 11 devint le fleuve frank, le fleuve de Charlemagne, qui vingt fois lui donna le spectacle de ses suhliines départs et de ses retours triomphants. Enfin et tout à coup, il se lit un profond silence : le grand empereur était mort î
Pour la première fois depuis bien longtemps, le Rhin connut le repos. Étonné de ne plus entendre le bruit des batailles, de ne plus s’enllammer au reflet des incendies, de ne plus rouler des cadavres, il se laissa aller à un demi-sommeil calme et grave; il prit cette physionomie mystérieuse et grandiose, que dix autres siècles de transformations et de tumultes n’ont pu lui enlever entièrement, et qu’admire encore aujourd’hui le voyageur, prêtant l’oreille à cette grande voix fluviale qui raconte tant d’épopées, de féeries et de légendes.
Ce fut le 17 juin 833, vers le soir, que le comte Efflam atteignit, sur la rive gauche du Rhin, l’endroit indiqué par le moine.
C’était exactement le jour, exactement l’heure du rendez-vous. Eue barque, aussitôt, se détacha de la rive droite, et parut se diriger vers les voyageurs, qui venaient de déboucher soudainement à l’étroite issue des grandes roches par lesquelles était alors mas(piée la roule de l’Ouest.
Dans celte barque, il y avait trois hommes : deux rameurs et un chevalier.
Les rameurs étaient des Africains au visage apathique et difforme, des esclaves.
Quant au maître, la belle nuance rousse de ses cheveux et de sa barbe, l’accentuation vigoureuse de ses traits, la couleur caractéristique de ses yeux, qui rappelait celle de la mer, tout en lui dénotait un chef de race saxonne. Force, beauté, bravoure, intelligence et jiouvoir, étaient évidemment le partage de cet homme; mais bien que jeune encore, il avait au front ces rides |)récoces que creusent les soucis, et dans lapAleur de son visage, dans 1 amertume de son sourire, on devinait une sorte de fatalité subie en silence, un secret et profond désespoir.
LES TREIZE ÉPEES DU MOINE
Assis à l’arrière de la barque, et magistralement drapé dans une ample chlamyde brune, il rêvait.
Quand le bateau fut au milieu du fleuve, il se redressa, prit sur le banc un armet de fer et s’en masqua le visage.
Pendant ce temps-là, Efflam et ses compagnons avaient mis pied à terre et contemplaient, avec une muette admiration, le magnifique panorama qui se déroulait à leurs regards'
En amont comme en aval, les deux rives escarpées se confondaient à l’horizon et faisaient ressembler le fleuve à un superbe lac encadré dans de hautes falaises de basalte noire, et dont la surface, çà et là déchirée par des roches de forme bizarre, s’empourprait splendidement aux derniers rayons du soleil. De distance en distance, s’entr’ouvraient de charmantes et profondes vallées; à perte de vue, "c’étaient de pittoresques montagnes, empanachées de hautes et sauvages futaies. Au milieu du fleuve, tout plein de fracas et d’écume, file de Nonnemverth allongeait gracieusement ses berges vertes et, derrière un rideau de peupliers, laissait entrevoir un monastère, dont la cloche tintait en ce moment la prière du soir. Ce bruit, au milieu de cette solitude, avait un ineffable charme; il se mêlait harmonieusement au murmure des eaux, à la grande plainte du vent dans les feuillées, et toutes ces voix ensemble, voix du couvent, voix de la forêt, voix du fleuve, formaient un sublime concert qui montait, montait doucement vers le ciel, à travers les miroitantes fantasmagories d’un crépuscule d’été.
La barque, cependant, accosta.
« France et Karle! fit une voix grave sous f armet de fer du chevalier.
— Karle et France! répondit Efflam en tirant à demi fépée du fourreau.
— Embarquez. »
Et déjà l’homme au manteau brun faisait signe aux deux nègres de reprendre leurs rames. Le comte rappela son attention sur le rivage, où les deux jumeaux, s’avançant à leur tour, disaient et montraient le mot d’ordre.
c( Mais ils sont deux, objectait déjà l’inconnu.
l/IIli:niTAGE DE CHARLEMAGNE.
Ce sont les lils du coinle Bayard, voulut expliiiuer Erilam,
et leur père en mourant...
Le comte Bayard! mort!... ses fds... Oh! qu’ils viennent!... »
s'écria successivement sous l’armet de fer une voix qui fit tressaillir le comte, comme s’il se rappelait déjà l’avoir entendue.
Également émus par un vague souvenir, Amaury et Bérenger prirent place dans le bateau.
Oiiant à Landrik, il reçut l’ordre d’attendre sur la rive gauche le retour de son maître, et de conduire bêles et gens derrière certain bouquet de sapins qu’on venait de lui indiquer comme abritant déjà, contre les regards indiscrets, une compagnie nombreuse.
ElTectivement, il y retrouva force écuyers, varlets, mules, chevaux, et plus loin, à l’écart, treize de ces gigantesques coursiers de bataille, dont la race est aujourd’hui disparue, et qui semblaient expressément créés pour servir de monture aux paladins tout vêtus de fer.
Au départ de la barque, et tant que de la rive il fut possible d’y reconnaître un visage, le silence régna parmi les passagers; mais lorsqu’on fut au milieu du fleuve, l’homme à la brune chlamyde souleva tout à coup la visière de son armet et s’écria du ton de quelqu’un qui vient de supporter une trop longue contrainte :
f(Oh! maintenant, mes amis, visage découvert et les mains dans les mains î
— Le Comte Bobert! ht aussitôt Efllam. Ah! sur mon àme, je t’avais déjà deviné ! »
Et les deux anciens compagnons d’armes s’étreignirent et s’embrassèrent à la façon franke.
fjuantaux deux jumeaux, ils s’inclinaient respectueusement devant ce grand nom qui venait aussi de s’échapper de leurs lèvres. Buis, à demi-voix et s’entre-regardant l’un l’autre, ils avaient ajouté :
a l.e Irère de Beneviève ! de notre amie d’enfance ! y>
Bres«pie aussitôt le comte Bobert se retourna vers eux, et a])rès le plus cordial accueil :
LES TREIZE ÉPÉES DU MOINE
((Enfants, dit-il, parlez-moi de votre père... dites-moi son dernier vœu, sa dernière pensée!
Aiuaury et Bérenger racontèrent avec des larmes dans la voix la victoire et l’agonie du comte Bayard.
Le comte Bobert, profondément touché de ce récit, tendit la main aux deux jumeaux et leur dit :
« Mes jeunes amis, en tout lieu comme à toute heure, disposez de moi... je suis tout à vous... Votre père m’a sauvé la vie; votre digne mère a élevé avec vous ma sœur et en a fait une sainte fdle ! ))
Également émus par un vague souvenir, Amaury et Bérenger prirent place dans le bateau.
Et comme la barque atterrissait, il sauta le premier sur la rive droite.
Ses trois compagnons l’y suivirent aussitôt.
Après avoir amarré le hatelet, les noirs rameurs disparurent en grimpant à la falaise ainsi que deux chats sauvages.
(( Vous êtes arrivés les derniers, reprit alors le comte Bobert. Mais je ne vous précédais moi-même que de très peu, et j’ai dii revenir sur mes pas au-devant de vous, comme chacun à son tour a fait pour les autres. Suivez-moi! ))
S’engageant le premier dans un val tortueux qui s’ouvrait non loin de là, il introduisit les trois voyageurs dans un bois tellement épais qu’on eût dit que jamais encore un pas humain n’en avait franchi la lisière.
L’ini:niTAGE dk charlcmagne.
Après un (juart d'heure environ de j)énil)le marche, on alleijznit une clairière étroite, sous le doine verdoyant de la(|uelle il Taisait déjà sombre nuit.
A l'approche des arrivants, deux grandes ombres se détachèrent lentement des deux chênes qui formaient rentrée de la clairière.
C’étaient deux chevaliers entièrement recouverts de la rusli(pie armure du temps, et dont le heaume à haut panache avait la visière baissée.
4 France et Karleî articulèrent gravement les deux mystérieuses sentinelles.
— Karle et France! » répondit le comte Robert en faisant successivement passer devant lui ses trois compagnons.
Une torche presque aussitôt s’alluma dans les ténèbres, et \int çà et là réveiller des reflets sur sept autres ai inures étincelantes.
Cette torche était tenue par un moine dont le capuchon rabattu masquait entièrement les traits, mais qu’Efllam reconnut aussitôt pour celui du château de Glay.
<r Les douze épées sont là! s’écria-t-il d’une voix faite pour commander. Honneur à vous, nobles leudes, qui vous êtes souvenus de votre serment, et qui, malgré les liens de la famille, malgré la distance, malgré les périls et les empêchements de toutes sortes, avez trouvé le moyen d’être exacts au rendez-vous. Mais il n’est |)lus besoin de mystère ici : vous devez avant tout vous connaître les nus les autres. Passez donc chacun à votre tour à ma droite, cl ce faisant, montrez vos visages et proclamez hauteimmt vos noms. Ce sont noms et visages d’hommes qui vont accomj)Iir cnscinhle de grandes choses. »
Il y eut un rnonienl de silence et d’hésitation ; puis un premier [>arini les assistants donna l'exemple.
C’»‘lail un homme d’un grand Age, mais qui paraissait avoir su conserver, en dépit des ans, toute son énergie et toute sa vigueur d’autrefois.
a\oicl, dit-il, l’épée (pie lu m’es venu remettre... à moi, Iloncric de Hélhune. d
LES TREIZE ÉPÉES DU MOINE. 30
Et il passa, tout en rentrant au fourreau la sainte lame qui venait de briller et de s’éteindre, ainsi qu’un éclair, à la lueur de la torche approchée par le moine.
Un second chevalier, répétant la meme manœuvre, déclara se nommer Guilhem Duplessis, et venir d’Aquitaine. Il alla serrer la main du vieil Iloneric, son ancien frère d’armes.
En troisième, parut un paladin, dans toute la Heur de la vaillance et delà beauté chevaleresque. C’était Hervé de la Tour,
Puis un premier parmi les assistants donna l’exemple.
descendant de Vercingétorix et dernier leude de l’héroïque nation des Arvernes.
Puis on entendit retentir le nom de Barthold le Frison, ce terrible chef des flottes carlovingiennes, si fameux dans les légendes de la mer, qui avait su si longtemps maintenir contre les Normands et les Sarrasins l’intégrité de l’empire.
Ap rès lui passa Wilha le Burgonde. A cet illustre preux, succédèrent Hugues et Drogo, les deux grands bâtards de Charlemagne, dont l’empereur Lodewig avait pris ombrage, et qui, renfermés tout d’abord dans un cloître, étaient alors.
L HÉniTAGE DE CHARLEMAGNE.
'lO
celui-ci évoque de Metz, celui-là abbé de Saint-Quentin en Verinandois.
« Au souvenir de notre promesse, dirent-ils, nous avons oublié un trop juste ressentiment, et nous voici tout prêts a redevenir Suidais, s’il le l'aut. y>
Le tour du comte Robert arriva, puis celui du comte Efflam, qui, tout aussitôt, racontant la lin du comte Bayard, présenta à rassemblée ses deux lils : Amaury et Bérenger.
« Enfants, dit le moine, soyez les bienvenus, mais vous n’avez à vous deux qu’une épée. Ileureiisement que nous pouvons vous en donner une seconde.
d Suivez-moi tous ! » commanda-t-il à ses onze compagnons.
A quelt[ues })as de là, sous les premières ramures de la forêt, s’élevait un amas de branches fraîchement coupées.
Sur un signe les deux jumeaux les écartèrent.
11 y avait dessous un cercueil.
Sur ce cercueil, dans une main de fer, une épée pareille aux autres épées.
Un peu plus haut, une tablette de marbre noir dans laquelle des caractères helléniques étaient gravés.
Le moine en approcha la torche, et s’adressant à l’abbé de Saint-Quentin :
d Hugues, dit-il, vous dont on a fait le savant des savants, lisez. j>
Voici quelle fut la traduction donnée à haute voix :
d Moi, descendant de Jules César, et que les Grecs ont surnommé Kuloumâ'os, c’est-à-dire bon parti, je veux, en me trouvant au rendez-vous, même après ma mort, rester fidèle à mon serment comme à ma devise. Je lègue cette dépouille mortelle à ceux dont je devais être le compagnon ; je lègue celte épée à celui (ju’ils jugeront le plus digne d’en hériter après moi. Glorieux succès aux vivants, et leurs prières pour le mort ! y>
Ions les genoux s’étaient mis en terre à l’enlour du cercueil; toutes les voix murmuraient déjà une prière.
Quand on se releva, le moine avait désarmé la main de fer, et se tournant vers les deux jumeaux :
Hugues, dit-il, vous dont on a fait le savant des savants, lisez.
LES TREIZE ÉPÉES DU MOINE
(( Enfants, dit-il, à vous cette seconde épée. Maintenant la phalange est complète, car moi, frères... je fais le douzième. »
Et la robe de bure tombant tout à coup, le moine se transforma en un chevalier, qui fut aussitôt reconnu, car presque toutes les voix s’écrièrent :
(( Ëginhard ! Éginhard ! »
C’était effectivement le secrétaire intime de Charlemagne, le confident de sa pensée, l’époux de sa fille.
Au commencement du règne de Lodewig, il s’était éloigné de la scène du monde; après la mort de la belle Imma, il s’était enseveli vivant dans un cloître; et s’il en ressortait aujourd’hui, s’il reparaissait tout à coup avec l’épée sacramentelle, ce ne pouvait être que pour quelque grande œuvre.
Déjà toutes les mains avaient cherché sa main, déjà toutes les voix le saluaient du titre de chef.
(( Peut-être? répondit-il. Mais peut-être sera-ce un plus digne. Et lorsque vous l’aurez revu, celui-là, si toutefois il nous est donné de le revoir, vous comprendrez qu’avec lui, nous serons invincibles !
— Son nom... son nom?
— Je vous le dirai dans une heure... patience! Les muets ont disposé non loin d’ici la table ronde, allez m’attendre la coupe en main. Mais si par trois fois vous entendez retentir ce cor (Éginhard montrait le grand oliphant suspendu à sa ceinture), accourez! Celui que vous trouverez avec moi, ce sera notre maître à tous ! ))
Ceci dit, il se mit à gravir la montagne.
Au sommet, il aperçut devant une pauvre cabane un ermite en extase. Il s’avança sans bruit, le toucha à l’épaule et laissa enlin tomber de ses lèvres ce grand nom : « Roland ! »
Il est de ces noms après lesquels il ne faut rien ajouter, car à eux seuls ils disent tout.
Qui ne le connaît, qui ne le ressuscite aussitôt par la pensée, cet héroïque neveu de Charlemagne, ce merveilleux paladin que les poètes ont chanté comme une sorte de demi-dieu, ce Thésée chrétien, cet Achille de l’Occident !
4^, di: Charlemagne.
11 avait relevé la tête et regardait avec une émotion contenue celui (jiii venait de l’appeler ainsi.
« Holand! poursuivit Kginhard avec un étonnement douloureux, Holand ! ne me reconnais-tu pas?
Ceux (|ui n’appartiennent plus à ce monde, répondit enfin
rauacliorète, ne se souviennent ni de ce qu’ils ont été, ni meme des amis qui leur lurent les plus chers. Roland est mort à Roncevaux... .le ne suis pas Roland!
— Tu consentiras peut-être à le redevenir, s’écria Eginhard, lorsque tu m’auras entendu. Ecoute! c’est Charlemagne luimême qui t’ordonne de le faire. — Quelque temps avant de mourir, continua-t-il, le grand empereur pressentit que la main de son fils Lode^vig serait impuissante à continuer son œuvre et devint tout à coup inquiet de l’avenir. Un jour qu’il s’était endormi dans ses pensées, l’archange Gabriel, l’archange des Frauks, lui ap|)arut en songe, et montrant treize hommes, ou plutôt treize ombres, qui passèrent successivement avec une semblable éj)ée dans la main, il dit : « Par eux-memes et par leurs descendants, ceux-là sont prédestinés à être les sauveurs de la France. » Puis, la vision s’étant évanouie, l’empereur se réveilla, (’es treize hommes il savait leurs noms, il les eût lui-même choisis comme ceux en qui s’incarnait le jdus complètement la nationalité franke. Cette même épée, par treize fois llamboyant à scs yeux, il l’avait aussi reconnue : c’était la tienne, Roland; c’était cette invincible Purandal que tu n’avais pu briser contre les roches de Roncevaux, et qu’on disait tombée au pouvoir des Sarrasins. Comment la retrouver?... Charlemagne fit un mouvement, et sa main rencontra tout à coup le froid du fer. Miracle !... c’était Purandal elle-même (|ue l’archange avait apportée la ])endant le sommeil de l’empereur. 11 venait d’avoir, non j)oint un rêve, mais une révélation. Il envoya quérir aussitôt 1 armurier Munitican, (pii jadis avait forgé cette épée, et (jui seul au inoude pouvait en faire douze autres pareilles. Un mois plus tard elles étaient prêtes... Cdiarlemagne alors manda auprès de lui un a un ceux (jue lui avait désigués l’archange, et leur fit |>rêter un serment solennel... que je n’ai j)as besoin de te rap-
LES TREIZE ÉPÉES DU MOINE
peler, Roland, car en dernier lieu Charlemagne vint te trouver ici même, et je l’accompagnais.
— Je me souviens... interrompit l’ermite, dont la taille semblait se redresser au fur et à mesure que lui revenait la mémoire; je me souviens... Mais vingt ans se sont écoules depuis
Il s’avança sans bruit, le toucha à l’épaule.
ce grand jour ; mais l’age est venu blanchir mes cheveux, et maintenant...
— Maintenant, reprit Éginhard, l’empire se démembre et croide de toutes parts. Maintenant les trois fils de l’empereur Lodewig ont levé l’étendard de la révolte contre leur père; et, profitant de ces dissensions sacrilèges. Normands et Bretons, Saxons et Sarrasins, s’apprêtent h de sanglantes revanches. Maintenant enfin j’ai pensé que l’heure était venue de tenir notre
serment... Voici la dernière des treize épées qui me reste entre les mains... Voici celle qui a servi de modèle aux autres... Itoland, voici la tienne î »
Kginhard, en même temps, écarta son manteau, et présenta à l’ermite ce glaive merveilleux qu’avait rapporté l’archange, et qui lui semblait devoir être le saint palladium de l’œuvre carlovingienne.
€ Mon épée! Durandal! » s’écria Roland, qui, comme galvanisé par elle, sembla grandir encore en la portant a ses lèvres.
Kginliard prit aussitôt l’olipbant, et lit retentir une première fan lare.
« Que fais-tu? demanda l’ermite étonné.
— J’appelle à nous les autres élus du maître, j’appelle à loi le bataillon de Roland ! y>
Kt, pour la seconde fois, il sonna le cor.
L’ermite, cependant, avait eu comme une hésitation.
(( J’ai près de soixante ans... dit-il, et là, tout près de nous, il y a une femme... à laquelle j’ai fait aussi un serment.
— Tbéalda, fit Eginbard, cette pauvre femme qui s’est faite religieuse te croyant mort, celle pour laquelle tu t’es fait ermite, mais apprends donc que l’infàme rival qui a brisé votre vie à tous les deux, qui t’avait vendu aux Sarrasins, qui lui a apporté la fausse nouvelle de ta mort, apprends donc que ce traître est devenu l’àme damnée des fils rebelles, et que c’est lui surtout, lui d’abord que nous allons combattre.
— Ganelon! Ganelon! rugit avec une sourde colère le héros dont la blessure venait de se rouvrir tout à coup, Ganelon! mais je croyais ipi’il avait reçu le châtiment de ses crimes.
— Il a, comme toi, miraculeusement échappé à la mort... IMus tard, je te dirai tout; mais, sois-en certain, il existe, et ta vengeance...
— Tais-toi! interrompit sévèrement l’ermite. Le mot que tu viens de prononcer doit être effacé de mon cœur... R appartient à Lieu... et si je consens à ijuitter cet ermitage, à m’éloigner d’elle... si je renonce à la douce paix, au saint rêve de mes der-
LES TREIZE ÉPÉES DU MOINE
niers jours, je ne veux y être décidé que par le pur entraînement du devoir et de Thonneur !
— Tu consens donc? fit Ëginhard.
— Karle et France ! )) conclut majestueusement Termite.
Elles deux anciens compagnons d’armes tombèrent dans les
bras T un de T autre.
Puis, après un silence :
(ü Revêts-moi de mes armes, )> dit Roland, qui du geste indiquait la grotte.
Ëginhard aussitôt y courut.
Lorsque, pour la troisième fois, Toliphant réveilla les échos du Rhin, Termite s’était transformé en chevalier.
Lecomte Efflam et le comte Robert, les deux jumeaux Amaury et Rérenger, Rouerie de Réthume, Guilhem Duplessis, Hervé de la Tour, les deux bâtards Hugues et Drogo, Rarthold le Frison et Wilha le Rurgonde apparurent en même temps sur le plateau.
(( Voici notre chef, dit Ëginhard, reconnaissez en lui ce preux des preux, que Ton avait cru mort à Roncevaux, et que le Ciel veut bien nous rendre !
— Roland! » s’écrièrent toutes les voix avec un profond étonnement d’abord, puis avec un saint enthousiasme.
Parmi ses nouveaux compagnons d’aventures, ceux de son temps l’avaient reconnu, les jeunes gens le devinèrent.
Oh ! c’est que cen’était plus Termite courbé par les ans, l’extatique solitaire de tout à Theure. A Taspect de son épée, au contact de son armure, il semblait avoir recouvré toute son ardeur et toute sa force d’autrefois. Haute taille, haute mine, fière allure et regard étincelant, tout lui était en même temps revenu. vSauf la blancheur de sa barbe, il reparaissait tel qu’on l’avait vu tomber h Roncevaux. C'était une transfiguration, une résurrection !
« Où se trouve actuellement l’empereur Lodewig? demandat-il en étendant la toute-puissante Durandal au-dessus des douze autres épées qui venaient de sortir du fourreau pour le saluer chef et maître absolu.
— Au Champ-Rouge, près d’Argentaria, répondit Ëginhard.
1/ H I- lî 1 T A G E D !•: c: 1 1 A Tx L E M A G N E.
— Kii roule donc pour le Clianip-Rouge ! » commanda Roland.
Et les treize éj)ées, relîélant la lime, se redressèrent vers le ciel resplendissant d’étoiles.
Une heure plus tard, les j)àtres et les bûcherons, qui commençaient à s’éveiller dans la forêt ou sur la montagne, aperçurent treize ombres mystérieuses (pii traversaient le Rhin.
C’étaient les treize élus de Charlemagne.
Roland s’était embarqué le dernier, seul avec Eginhard qui ramait, et en passant auprès du couvent de Nonnemverth, qu’étoilait encore la lampe solitaire de l’abbesse, il avait dit à haute voix :
« Théalda... Théalda... je reviendrai bientôt! je reviendrai mourir près de toi ! »
Le Gliamp-Piouge, qui, ce jour-là même 24 juin, allait changer de nom, est une vaste plaine située non loin du mont Sigwald, èntre Bàle et Colmar, l’Argentaria d’alors.
Au moment où les premières lueurs de l’aube blanchirent l’horizon, un singulier spectacle frappa les yeux de ceux qui pouvaient regarder au loin.
Du côté de Bâle s’étendaient à perte de vue d’innombrables tentes, dont la moitié pour le moins achevait seulement de se dresser, à la lueur pâlissante des torches, au bruit des éclats de rire et des grossiers refrains d’une soldatesque luttant tout à la fois contre le sommeil et contre l’ivresse. Évidemment, dans ce camp-là, celui des fds révoltés, la nuit qui venait de finir n’avait été qu’une longue et générale orgie.
En regard de ce tableau, du côté de Colmar, sur le mamelon où la veille encore, au soleil couchant, campait toute une seconde armée, celle du père et du souverain méconnu, une seule tente s’élevait, monumentale et somptueuse, mais close encore et muette.
Au-dessus, flottait le gonfanon impérial.
l’héritage de CHARLEMAGNE.
1/ 1 1 li: H 1 T AG 1-: DE G 1 1 A R L E M A G N E.
r/étail la lente de Lodewig le Pieux, de Louis le Débonnaire.
Dieu ijiril fil à peine jour, il avait depuis longtemps déjà quitté sa coucbe, et seul, dans le conipai liment qu il s était iesei\e pour oratoire, il ju iait.
C’était abrrs un vieillard, un vieillard à l’aspect imposant, au \amie regard, au sourire plein de bonté, au pâle et mélancolique visage couronné de cheveux blancs, et sur lequel le chagrin, \)\us encore que les ans, avait imprimé de profondes rides, î^es traits rappelaient d’une manière frappante ceux de Charlemagne. son père; mais sa destinée, malheureusement, était
C'est d’abord, et durant trente-quatre années, un brillant roi d‘A(iuilaine. 11 débute glorieusement sous la couronne impériale. Puis, au lendemain môme de sa victoire sur le roi Morvan, au moment où il vient de |)orter à ses lèvres la coupe de soumission (pie lui jirésenlent les Prêtons agenouillés, il tombe frappé d’uu mal inconnu, mystéiicux; et quand on est parvenu à le rappeler à la vie, à là raison, on s’aperçoit avec épouvante que sou énergie, (pie son courage, que toutes ses nobles qualités se sont évanouis à jamais.
Du’a-t-il donc trouvé dans le fond de celte coupe, ou (pi'a-t-il vu passer à l’horizon? L’histoire ne se prononce pas
bien loin d’offrir avec celle du grand empereur une aussi glorieuse resseml)lance.
Avant d’aller plus loin, il nous semble indispensable d’en résumer en quelques mots riiistoire.
Il priait.
Dans la vie de Lode^vig le Pieux, comme plus tard dans celle de Charles VI, il y a un revirement instantané inexplicable.
LES TREIZE ÉPÉES DU MOINE. .ôi
plus à cet égard qu’à celui du fantôme de la foret du Mans.
Mais elle nous montre aussitôt Lodewig : « n’entr’ouvrant plus même les lèvres pour sourire, quand, à l’heure du repas, les mimes et les jongleurs font joyeusement pâmer ses convives )), et passant toutes ses heures à prier et à pleurer, le front sur le pavé des églises.,, a lui que jusqu’alors on avait renommé pour sa vigueur sans égale à tirer de l’arc et à darder de la lance ».
11 cherche avidement la solitude; il prend le pouvoir en iiorreur; et, sitôt que ses trois fils sont en âge, il leur taille des royaumes dans ses vastes États. Il associe même l’aîné, Lotlier, à la puissance impériale; un peu plus, il la lui abandonnait toute entière.
Mais Ilermengarde, sa femme, ne l’entendait point ainsi. Bien que mère passionnée, elle était ambitieuse avant tout et voulut rester impératrice.
Un fatal événement survint, d’ailleurs, qui détourna Lodewig de cette première velléité de retraite.
Son neveu Bernhard, roi d’Italie, s’estima lésé par ce partage. Petit-fils de Charlemagne, il se crut la mission de le faire renaître; il prit les armes.
Mais abandonné } ar la plupart des siens et vaincu dans une première rencontre, il se vit bientôt réduit à se confier aux trompeuses avances d’ Ilermengarde, qui depuis longtemps avait juré sa perte, et qui, après l’avoir amené à se rendre à discrétion, s’empressa de le faire jeter dans un cachot, puis condamner à mort par l’assemblée des Franks.
Assurément l’empereur eut fait grâce. La cruelle impératrice usa de ruse, et, comme commutation de peine, Bernhard eut les yeux crevés : supplice très fréquent alors, mais qu’on pratiqua cette fois de telle façon, qu’au bout de trois jours l’ex-roi d’Italie était mort.
.V cette nouvelle, le remords s’empara de Lodewig. Il avait fait couler le sang de Charlemagne; il se crut maudit de Dieu. La mort d’IIermengarde, qui arriva peu de temps après, lui parut un premier châtiment du Ciel. Durant toute une année, il
yy 1/ 1 II': lu T \ G E n I-: c 1 1 a n l e m a g \ i:.
erra comme en démence d’iine extrémité de l'empire à l’autre. Partout des omhres sanglantes le poursuivaient, partout il entendait des voix lui reprocher le meurtre de Bernliard. Le cloître seul lui parut un asile contre ses terreurs; il se déclara prêt à suivre l’exemple de son a'ieul Carloman; il voulut se l’aire moine.
L'ambition de ses conseillers ne le lui permit pas. Afin d’arracher leur maître h l’entraînement religieux, ils le pressèrent de se remarier ; ils firent venir à la cour toutes les filles des grands et des tendes, toutes les beautés en renom de l’empire, et, nouvel Assuérus, le triste Lodewig chercha dans leurs rangs une nouvelle Hlsther.
Le fut la lille d’un comte bavarois, ce fut la Saxonne Judith (pie Lodewig remanpia. Elle était si rayonnante de jeunesse et de beauté, qu’à sa vue l’empereur s’arrêta tout saisi d’admiration et de ravissement. 11 crut rencontrer en elle l’ange du pardon, et, comme disent les vieux manuscrits, il se la joignit par le mariage.
Tout d’abord, en effet, Lodewig semble avoir recouvré le calme, le bonheur. Un fds lui naît, qui reçoit au baptême le saint nom de Karle. Mais l’exaltation même de sa joie, sa reconnaissance envers le Ciel lui inspirent la fatale pensée de la pénitence jiublique d’Attigny. Devant tous, il se prosterne, il se dépouille de ses insignes, 'il confesse hautement le meurtre de Dernhard et ses autres crimes. C’est en vain que les évêques le relèvent et le déclarent plus digne encore après cet acte d’humilité chrétienne; jamais l’orgueil des Franks ne pardonnera cet abaissement de la grandeur impériale, que la jalousie des lils d’IIermengarde va tout aussitôt mettre à profit.
Un quatrième royaume vient d’être formé aux dépens des leurs; ils protestent insolemment contre ce nouveau partage, et trop faibles encore pour s’y opposer les armes à la main, ils sèment partout l’esprit de dénigrement et de révolte contre leur père, surtout contre l’impératrice Judith et contre son tils Karle, ces [)rincipaux objets de leur haine.
Le vieil empereur chérissait les trois fds de son premier lit, et
LES TREIZE EPEES DU MOINE
le leur avait toujours prouvé; mais pour le jeune Karle et sa mère, il venait de s’éprendre d’un de ces amours qui, naissants au déclin de la vie, sont à la fois les plus profonds et les plus irritables de tous. L’antagonisme qui se révéla tout à coup lui fut une cruelle épreuve. Vainement il essaya de ramener les ingrats par la prière, puis par la menace. La guerre civile était sur le point d’éclater, une guerre terrible, impie, et dans laquelle le bon droit infailliblement succomberait.
Mais il est temps de retourner vers la tente solitaire de l’empereur Lode\vig, que nous avons laissé les deux genoux en terre et les mains jointes.
Depuis quelques minutes, les draperies qui masquaient Tun des autres compartiments de la tente s’étaient écartées sans bruit. Une jeune femme avait paru, une femme de haute taille et d’une resplendissante beauté, qui semblait expressément faite pour porter la couronne.
C’était l’impératrice Judith.
Elle s’avança lentement, et, pleine de grâce dans ses moindres allures, elle parvint sans être entendue jusqu’auprès de Lodewig; elle vit sa tristesse et ses larmes.
Alors elle releva vers Dieu ses grands yeux humides; puis, désireuse d’écarter les sombres nuages du front impérial, elle se pencha pour y mettre un baiser.
Mais un nouveau personnage qui survint tout à coup l’empêcha d’exécuter son généreux dessein.
C’était un jeune garçon de quinze ans à peu près, grand déjà, mais frêle et pâle : un de ces enfants dont l’adolescence hâtive s’arrête soudainement, toute pleine de terreur pour le cœur des mères.
En quelques bonds, il eut traversé la tente, et jetant ses deux bras au cou de l’empereur.
(f Salut, père! )) dit-il.
y, l.’II KBIT AGI* DE CllABLEMAGNB.
Puis, cliangeaiil de ton aussitôt :
a Kli <|uoi ! ajouta-t-il, déjà tout tristement étonné, eli quoi! tu pleures? »
Le pauvre père s’efforça bien vite de sourire, et couvrant son lils de folles caresses :
« \ou, jamais, s’écria-t-il, jamais quand tu es auprès de moi, mou Karle bien-aimé, mon iini(|ue joie, ma seule consolation, mon seul bonheur!))
A ces mots, Judith se montra tout à coup, et avec l’accent <run tendre reproche :
« Lodewig, dit-elle, vous êtes injuste envers votre dévouée compagne.
— Ihirdon ! fit le vieillard, tout au regret d’avoir été entendu ; pardon, Judith. Oh! oui, vous êtes bonne, bien bonne, autant <|ue belle, et je vous adore tous deux également!... d
l’uis, se levant avec toutes les mar({ues d’une admiration jiassionnée, il étreignit contre son sein la jeune femme.
Mais, s’arrêtant tout à coup et avec l’expression d’un poignant regret :
«^Ah! gémit-il douloureusement, pourquoi faut-il que mon amour ait fait votre malheur !
— Mon malheur! se récria vivement l’impératrice. Qu’avezvous dit là, Lode^^ig? Oh ! c’est cruel, et je ne vous en ai jamais donné le droit.
— Judith !
— Je ne me suis jamais plaint de ne pas être heureuse... Je suis heureuse, |>ar vous et par notre fils... Qu’avez-vous donc contre moi?... parlez... mais parlez donc! ))
Irop ému pour répondre, le vieillard avait attiré peu à peu sur son épaule la charmante tête de la jeune femme. Elle avait d admirables cheveux noirs; une de leurs boucles roula parmi les anneaux argentés de la longue chevelure de Lodewig. 11 remar(pia celte opjiosilion de couleur avec un triste sourire, il réunit entre deux de ses doigts la mèche lilanche à la spirale noii*e, et relevant la main jus(pfà la hauteui’ des yeux de l’inipératrice :
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((J’ai... dit-il... j’ai le double de votre âge!
— Lodewig ! »
Et, bien que le front rougissant, Judith sut trouver de si doux reproches, qu’elle parvint à triompher enfin de la sombre mélancolie de l’empereur.
D’un bras il enveloppa sa jeune compagne, de l’autre il serra contre son cœur le bien-aimé Karle, et ce fut avec un franc retour d’espérance qu’il s’écria :
((Oubliez... oubliez tous les deux mes larmes!... je suis un ingrat... vous avez raison, ma belle Judith...
je suis un insensé ! Et quand je vous ai là, près de moi, l’un et l’autre...
q U a n d j e vo U s r éu n i s t O U s les deux sur mon cœur, oh! je sens ([ue le Ciel me protège, et que l’avenir me garde encore de beaux jours!... »
Puis, après un silence :
(( Mais, reprit-il presque joyeusement, votre présence ici prouve que déjà le soleil monte à l’horizon... et je n’aperçois personne, et je n’entends aucun bruit. »
Judith se retourna vers l’issue par laquelle elle était entrée, et élevant la voix :
(( Amie ! amie ! » appela-t-elle avec un accent familier.
Le jeune Karle s’empressa de soulever la draperie, et cria à son tour :
(T Amie ! amie ! »
Parut enfin une jeune fille, dont l’adorable visage, la magnifique chevelure dorée, les grands yeux bleus rêveurs, la svelte
Oubliez tous les deux mes larmes!...
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taille, le gracieux sourire, avaient (juel(|ue chose de vraiment séraphi([ue.
Kvoquez en imagination les fées enchanteresses et pudi(iues de la vieille Allemagne, la Marguerite de Goethe, et toutes ses sœurs en poésie, jamais vous ne verrez passer dans vos rêves plus hue perle d’outre-Hhin, plus ravissante fleur vivante.
Assurément, ce n’était là ni une esclave, ni même une servante, car sauf le mince diadème orné de pierreries (|ui couronnait le front de l’impératrice, les deux jeunes femmes portaient identiquement le môme costume :
une longue et gracieuse robe de soierie bleue garnie d’hermine... et dans le regard (jue tout d’abord elles échangèrent, il n’y avait d’un côté que du dévouement, de l’autre que de la reconnaissance; chez toutes deux qu’une mutuelle et simple amitié.
(( Mignonne, fit Judith, prie donc mes femmes de mander ici les pages de l’empereur.
— J’arrive précisément de la chambre de vos femmes, dit la jeune fille, et pas une d’elles n’était là... Je ne sais ce (ju’elles sont devenues. Mais j’y vais moi-môme. »
Et elle se dirigea vers le compartiment des pages.
Eres(|ue aussitôt elle reparut, et la physionomie encore plus étonnée :
«Tous les pages sont absents, dit-elle; j’ai vainement appelé, pas une voix ne m’a répon Ju.
— Etrange ! » murmura Lodewig.
Tuis, se tournant vers son fils :
« Karle, ordonna-t-il, fais venir ici la sentinelle. »
Lejeune prince courut à la grande entrée de la tente; mais à peine eùt-il passé sa tète entre les rideaux, (ju’il jeta soudainement un cri de stupéfaction.
Jamais vous ne verrez passer dans vos rêves plus fine perle d’oulre-Rliin.