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CHAPITRE III

LA GUERliE DES QUENOUILLES. MAURICE DE SAXE

I. La succession (le Courlande. — Orijjinesde la candidature de Maurice de Saxe. — Projets de niaria|;e avec Anne Ivanovna et Elisabeth Pctrovna. — Maurice en Polopne. — Sessuccès auprès des dames deVai'sovie. — Aii{{usteII favorise son entreprise. — Opposition de la n<jblesse polonaise. — Revirement du Roi. Départ secret de Maurice pour Mittau. — Il séduit Anne Ivanovna et gajjne les suffrafjes des Courlandais. — Son élection. — II. Lutte des partis à Pétersbourg. — Les cotillons sont pour Maurice. — Candidature de Mencbikov. — Son ai rivée à Mittau. — Entrevue avec Maurice. — Fausses lé;;endes. Maurice reste maître de la place. — IIL Projet de traité en sa faveur entre Auguste II et la Russie. — ■ Avortement. — - La diète polonaise se prononce contre l'élu des Courlandais. — Proscription. — ÎNouvelles combinaisons matrimoniales et escapades amoureuses de Maui'ice. — Il s'aliène la Duchesse de Courlande. Double intervention de la Russie et delà Pologne. — Fuite de Maurice. — IV. Jl reprend les négociations. — Chances de succès au|)rè.s d'Elisabeth. — Déception finale. — V. Epilogue. — Dix années après. • — • Renouveau d'illusions. — Elisabeth couronnée à Moscou. — Maurice y est appelé. Réception pleine de promesses. — Le roman tourne court. — Les destinées de la Courlande et celles de la Russie.

Le duché de Courlande était un fief de la Pologne constitué au milieu du seizième siècle en principauté héréditaire,, sous le protectorat de la République, par le dernier grandmaître de l'ordre teutonique, Gotthard de Kettler. En 1698, un de ses descendants, Frédéric-Casimir, mourut, laissant une veuve, princesse de Prusse, et un fils âgé de six ans, Frédéric- Guillaume, qui eut pour tuteur son oncle, Ferdinand. En 170!) cet héritier prit le pouvoir avec l'assistance de Pierre le Grandet mourut l'année suivante, ainsi que j'en ai fait mention plus haut, peu après être devenu l'époux d'Anne Ivanovna. L'Iiéri-

LA G OU II LAN DE 4î)

ta[;e échut à Ferdinand; mais vieux, adonné à la dévotion, en querelle perpétuelle avec les États de Courlande ou avec la Polojjne, le duc demeura à Danzi^, abandonnant le palais de Mittau à Anne et le gouvernement à qui voulait ou pouvait le prendre.. Le roi de Pologne, la République, les États de Courlande et la Russie se le disputèrent avec acharnement. Cette dernière y eut la plus grande part, grâce à Bestoujev, placé auprès d'Anne Ivanovna par Pierre le Grand en qualité de maître de cour. Anne en fit son amant, en attendant Bidiren, et l'aida de son mieux à régenter les malheureux Courlandais. Quant aux Polonais, toujours disposés à lâcher la proie poui' l'ombre, ils escomptaient surtout l avenir, en rêvant une annexion, dont la mort de Ferdinand leur fournirait le prétexte(l).

Cette solution ne pouvait agréer ni à la Russie, ni à la Prusse, ni même au roi de Pologne, qui vaguement ambitionnait le duché pour un de ses fils. Le moyen le plus efficace pour le prévenir eut été de remarier Anne Ivanovna, et, comme elle ne demandait pas mieux, divers candidats lurent successivement mis en avant. En décembre 1717, Pierre signa même avec la cour de Saxe une convention qui assurait la main de la princesse et un héritage qui ne lui appartenait pas au duc Jean-Adolphe de Saxe-Weissenfels (2). Le projet avant avorté, Berlin proposa, en 1722, le prince Charles de Prusse. Puis ce lut le tour du prince Charles-Alexandre de Wurtemberg, qui deux années auparavant, avait déjà cherché à gagner le ministre de Russie à Vienne, en lui offrant une bague de grand prix. Ce ministre n était autre que lagoujinski, et le prétendant ne pouvait plus mal s'adresser. En rivalité perpétuelle avec Menchikov et évincé par lui, cet aventurier disait volontiers entre deux vins cpi'il en avait assez de la Russie; il songeait à s'établir en Pologne et se ménageait des amitiés à Varsovie et à Dresde (3). Il garda la bague et négligea l'affaire.

(1) SzujSKi. Histoire de Polo;/iie, 1866, IV, 279.

(2) CuuSE, Curland unter den llerzijcjen, 1833, p. 278. (3}\VEDEn, Moritz, Grafsmi Sac/isen, 1863, p. 91.

Un des princes de Hesse-Hombourg, que Pierre fît venir en 172;{ à Pétersbourg pour voir s'il ne conviendrait pas à une de ses nièces, et enfin un prince apanage d'Anhalt-Zerbst, Jean-Frédéric, figurèrent encore sur les rangs.

L'idée de la candidature de Maurice semble être née dans le cerveau fécond de l'agent saxon à Pétersbourg, Lefort. Elle vit le jour en 17 25 à la mort de Pierre 1", qui parut ouvrir un champ plus libre à toutes les intrigues. Le fils naturel d'Auguste II et de la belle Aurore de Koenigsmark avait à ce moment vingt-neuf ans et la réputation du plus brillant et du plus débauché des officiers. Menant à Paris une vie dissipée, jouant un jeu d enfer, il s'était cependant procuré les moyens d acquérir un régiment d'infanterie allemande au service de la France et laissait deviner le futur capitaine à la façon dont il le commandait. Anne Ivanovna se trouvant à Pétersbourg en septembre 1725, une de ses amies, stylée par Lefort, lui parla du beau cavalier, dont les aventures galantes défrayaient la chronique, de Paris à Varsovie. Elle n'eut pas de peine à enflammer une imagination en quête d'aliment. Maurice, averti, n'hésita pas un instant de son côté, et, s'arrachant des bras d'Adrienne Lecouvreur, se hâta d'accourir en Pologne. Il avait fait déjà un mariage d'argent avec Victoire von Lœben, et, endetté jusqu'au coup après un divorce retentissant, soupirait depuis longtemps après une autre héritière.

Il rencontra à Varsovie une députation de la noblesse courlandaise, qui semblait avoir pris déjà le mot d'ordre de la duchesse douairière et qui lui offrit incontinent la couronne Mais, à Pétersbourg, Lefort changeaitbrusquement d'avis. Dans l'entourage de Catherine on s'occupait précisément à cette heure de trouver un mari pour Elisabeth et l'idée de substituer la jolie fille de Pierre à la peu gracieuse fille d'Ivan s'empara de l'ingénieux diplomate. Il s'empressa d envoyer à Maurice son portrait en y ajoutant des commentaires alléchants :

« bien faite et d'une belle moyenne taille, un visage rond fort gracieux, des yeux remplis de jus de moineau {sic), le teint

beau et belle gorge » . Il lui jura que celle-ci, tout comme

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l'autre, était « folle » de lui et l'attendait « avec déniaiifreaison » , en même temps qu'il devançait sans doute Mme de Staël dans l'idée " qu'un désir de femme russe est suffisant pour faire sauter une ville " .

Ainsi placé entre deux partis également séduisants pour des raisons différentes, le jeune héros éprouva pour le coup quelque difficulté à faire son choix. Élisaheth avait plus de charmes, mais Anne était à Mittau. Il finit par trouver que le plus sur serait de s'v installer d abord avec son concours, sauf à se retourner ensuite. Son coup d œil de stratège lui indiqua aussi que la base de 1 opération à tenter se trouvait pour le moment h Varsovie plutôt qu'à Saint-Pétersbourg, et les débuts de la campagne furent pour lui donner raison.

En avril 1726, un conseil des ministres saxons décida qu'il convenait de le faire nommer coadjuteur du vieux duc de Courlande. Le fait, nié plus tard par le comte Flemming, premier ministre d'Auguste IL est constant. Le roi alla plus loin, en autorisant par décret la convocation d'une diète courlandaise, qui devait procéder à cette élection. Quant au consentement de la Russie, Maurice, sur les avis de Lefort, ne douta pas de l'obtenir en allant à Pétersbourg, sous un prétexte que sa mère se chargeait de lui fournir. Elle était depuis des années en instance, sur les bords de la Neva, au sujet de quelques domaines qu'elle prétendait recueillir, en Esthonie, dans la succession de son frère. Tout sembla d'abord marcher à souhait. Un des députés courlandais qui était en même temps commissaire dans l'armée polonaise deLithuanie, et qui, sur l'ordre du grand général, faisait la navette entre Varsovie et Mittau, donna les meilleures assurances sur les dispositions de ses compatriotes. Le grand-général deLithuanie lui-même, Pociey, gouverné par sa femme, se montra disposé à appuver la candidature avec tout le crédit dont il disposait. « Il s'est engagé dans cette affaire comme Adam dans le péché " , disait de lui Flemming. La femme du grand-maréchal do la couronne, Biélinski, une sœur naturelle de Maurice, fit preuve, comme de raison, d'un zèle tout aussi grand, ^t Elle a prêté au

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comte sa vaisselle et même la personne du comte d'Astel pour y prendre un peu garde » , écrivait le major de Glaséncamp, un des compagnons du futur duc(I). L'arjjent lui-même ne fit pas défaut à cet enfant gâté de la fortune. Madame deKœnigsmark, il est vrai, essaya en vain d'obtenir du Roi de Pologne qu'il dégageât trois grandes perles, pesant jusqu'à deux cents grains l'une et estimées douze mille écus, sur lesquelles elle en devait sept mille à un joaillier. Elle n'avait plus autre chose à offrir à son fils! Auguste, qui les avait déjà payées une fois, promit et manqua de parole (:2). Mais Adrienne Lecouvreur vendit une partie de ses bijoux et envoya quarante mille livres ; Madame Pociey puisa dans la cassette de son mari, et Maurice se trouva convenablement équipé.

Il se disposait à partir, quand son père éprouva brusquement des scrupules et des craintes que 1 état des esprits à Varsovie justifiait assez. On pense bien que, Mesdames Pociey et Biélinska s'en mêlant, l entreprise n'avait pas tardé à y être ébruitée. Elle provoqua une vive émotion et un toile général. Ainsi, non content d introduire ses filles naturelles dans les plus illustres familles du pays, Auguste prétendait maintenant doter ses bâtards avec des lambeaux arrachés au patrimoine national ! On cria au voleur. Le grand chancelier Szembek, qui s'était refusé à apposer son sceau sur le décret de convocation de la diète, fit entendre des paroles sévères; les ministres saxons furent unanimes pour conseiller à leur maître d'abandonner la partie, et le 21 mai 1726, jour fixé pour le départ de Maurice, le comte de Manteuffel se présenta chez lui avec des paroles embarrassées, dont le sens était pourtant que le Roi désirait que son fils restât à Varsovie.

Botté, éperonné, le comte n'attendait plus qu'une lettre d'introduction que son père lui avait promise pour l'Impératrice de Russie.

— Est-ce un ordre ? demanda-t-il.

— Il me semble que oui.

(1) l"juin 1726. Aichivesde Dresde.

(2) Weber, /oc. c(f. j). 102.

ELECTION DE MAUHICE 53

— Je n'ni ^arde de désobéir au Roi ; mai.< si je ne pars, tout est perdu.

Manteuffel comprit que le jeune homme était décidé à passer outre et il courut en prévenir le Roi, qui, dc'jh au lit, ne put le recevoir. Les historiens russes inclinent à penser que ce jour-là Auguste avait, de |)ropos délibéré, avancé Theure de son coucher et pent-étre n'ont-ils pas tort. Maurice partit en effet dans la nuit, après avoir pris congé de (pielqnes dames, en les assurant que " bien vite serait celui (jui le ratrapperait» . Pociey lui donna une escorte de dragons lithuaniens.

A ce moment même Gampredon quittait la Russie et, en passant par Mittau, apprenait Tarrivéc du comte. On lui disait « qu'il s'était arrêté à une maison du baron Hehr, voisine de celle ou la duchesse de Courlande passait 1 été; qu'il avait déjà rendu deux visites à cette princesse et que son mariage comme son élection ne faisaient pas de doute » .

En effet, Maurice ne perdit pas de temps. Renonçantpour le moment à Pétersbourg, il prit le })arti de brusquer la situation en Courlande. Avec l'argent d'Adrienne Lecouvreur et de Mme Pociey il leva une milice; avec ses allures martiales il enthousiasma la noblesse du pavs, en même temps que ses façons cavalières et sa mine superbe faisaient tomber en pâmoison la grosse Anne. Le 1" juillet, avec ce mépris héroïque de l'ortographe qui fait partie de sa physionomie légendaire, il put écrire au comte de Friesen, fiancé jadis, lui aussi, de mademoiselle de Lœben et époux depuis, de la comtesse de Cosel, autre fdle naturelle d'Auguste : « .le vous aimme trop, mon cher comte, pour ne vous pas faire pars de ce qui viens de m'arriver. J'ay eter élus duc suxesseur de Courlande et l'on m'a defferes le gouvernement, j'uscasse le duc Ferdinand pusse aitre einvestis par le Roy « .

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Il imaginait qu'à Pétersbourg comme à Varsovie on accepterait le fait accompli. Les événements qui s'y étaient produits dans Fintervallc n'offraient cependant rien de bien rassurant. Pressé par la clameur de la « szlachta » polonaise, Auguste, que son fils appelait irrévérencieusement « un roi en peinture " , avait du envoyer sur les pas de celui-ci le staroste de Ciechanow, Nakwaski, porteur d'un nouveau décret qui interdisait la convocation de la diète (I). Les Gourlandais, qui, affirmait Maurice, u ont la taite aussi près du bonet que les Français " , firent mine de jeter à la rivière l'envoyé du Roi, mais leur zèles'arrétaitauxdémonstrations. " Ils ouvraient leurs cœurs au souverain de leur choix, mais point leurs bourses » , a dit un historien allemand (2). En faisant plus tard appel à leur dévouement pour se donner une garde, Maurice n'arriva pas à réunir cent hommes. A Pétersbourg, les choses avaient tourné plus mal encore. Anne, très éprise, s'était bien hâtée d'écrire à Menchikovet h Ostermann pour qu'on lui permit dépouser le comte (3). Dans le petit monde féminin que Lefort avait su gagner à la cause de son protégé, il y eut une explosion de joie. (t Nos amis et surtout les femelles, écrivait l'agent saxon, n'en dorment pas... S'il (Maurice) ne vient pas l)ientôt, j'appréhende qu'elles ne lui courent au-devant. Autant de mille écus que notre héros va faire d'Actéons m'accommoderait fort " f4\ Mais dès le 1() mai 1726 le Conseil .Suprême se décida pour un autre parti, faisant choix de 1 évéque deLubeck, Charles-Auguste de Holstein, cousin germain de 1 époux d'Anne Petrovna, comme candidat éventuel à la succession de Courlande et Bestoujev

(1 SzujSKi, loc. fil. IV, 280

;^2 FbnsTER, Frivdricli-Aurjust II, 1839, I, 217. Comp, Weber, loc. cit. p. 1V2.

(3 Correspondance des Souverains russes. IV, 141-3.

(4) Weber, loc. cit. p. 108.

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(lut en conséquence protester à Tavance contre Télection de Maurice. Mencliikov, h la vérité, restait étranjycr et hostile a cette résolution ; mais le comte de Saxe n'avait pas à se louer des motifs qui inspiraient le Favori. Mis en échec à ce moment, ainsi que je Tai dit, par des hrigues puissante, Menchikov songeait h se ménager une retraite, et, sous main, avec le concours du général Ronne, Courlandais au service de la Russie, travaillait à se créer un parti dans le duché. Ses projets, auxquels il sut gagner l'approhation de Catherine, éclatèrent brusquement en juin, l'Impératrice paraissant au Conseil pour annoncer qu elle avait changé d'avis et entendait proposer aux électeurs courlandais Menchikov lui-même, qui recevait l'ordre de se rendre immédiatement à Mittau en compagnie deVassili Loukitch Dolgorouki, diplomate de l'école de Pierre, rompu aux missions difficiles. Si les Courlandais n'en voulaient pas, on leur donnerait à choisir entre l'évêque de Lubeck et un des princes de Hesse-Hombourg servant en Russie.

Ainsi, la diète s'ouvrant, la candidature de Menciiikov y avait été ouvertement posée par un des députés, qui s'était longuement étendu sur les ressources dont disposait ce candidat pour appuyer ses prétentions, comme aussi pour défendre ses intérêts et ceux de la Courlande contre tous les adversaires. Maurice l'avait emporté, mais du côté de Pétersbourg surtout 1 horizon restait menaçant. Bientôt des courriers se succédèrent à Mittau annonçant l'un l'arrivée prochaine du candidat évincé, l'autre l'irruption sur le territoire courlandais de douze mille Russes. Le 8 juillet Dolgorouki fut à Mittau et témoigna au maréchal de la diète le mécontentement de l'Impératrice. Elle n'acceptait pas le vote d'une diète irrégulièrement teiuie, sans l'agrément du Roi de Pologne, et réclamait une nouvelle convocation.

— Mais le Roi de Pologne ne l'agréera pas davantage !

— C est l'affaire de l'Impératrice.

Menchikov attendait à Riga le résultat de cette [)remière sommation. Anne y courut, plaida le cause de Maurice avec des larmes. Le Favori fut inébranlable. La Russie ne voulait

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pas de ce duc et une Tsarevnane pouvait épouser un liâtard. Le 10 juillet, il rejoignit Dolgorouki h Mittau et dans la nuit fit occuper la ville par un détachement de troupes russes. Le lendemain eut lieu la célèbre entrevue des deux rivaux, qui a prêté à des récits fantaisistes et dont les détails demeurent incertains. Très orageuse au début, elle semble avoir pris ensuite une tournure tout à fait pacifique. L'interpellation grossière de Menchikov : " Quels sont vos père et mère? » et la réplique du fils d'Aurore de Kœnigsmark : « Et les vôtres?» sont rapportés par le comte de Rabutin, qui se trouva à ce moment en correspondance suivie avec Maurice et qui eut en sa possession un journal détaillé des événements dont Mittau fut le théâtre en juin et juillet(l). Maurice, par contre, n'a jamais soufflé mot lui-même d une provocation qu'il aurait adressée à Menchikov, en lui proposant de vider la querelle séance tenante avec les armes de son choix. Comme le Favori parlait de prouver aux Courlandais à coups de bâton qu'il était le maître, le futur vainqueur de Fontenoy, " pour éviter personnellement cette démonstration ^ , s'avisa moins héroïquement, s'il faut l'en croire, et c'est le plus sur dans la circonstance, de proposer à ce terrible adversaire un cartel — de cent mille roubles. Celui des deux qui resterait duc de Courlande et arriverait à être reconnu en cette qualité parle Roi de Pologne payerait la somme à l'autre. Là-dessus la conversation était devenue immédiatement amicale, Menchikov acceptant l'expédient et demandant naïvement une lettre de recommandation pour le Roi. La requête parut si plaisante à Maurice (ju'il s'exécuta séance tenante. La copie de la lettre s'est conservée et Menchikov devait plus tard se prévaloir de l'original comme d'un acte de désistement. On y lit, en effet, cette j)hrase équivoque : u H (Menchikov) souhaite, sire, que je vous recommande ses intérêts, et comme je désirerais lui témoigner combien ils me touchent, je supplie V. M. d'y avoir une attention particulière ^ .

^i) Archives de Dresde. Affaires de Cuurlande. Correspondance et documents.

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Quoi qu'on doive penser de ce dénouement singulier donné à un aussi grave débat, il est encore pour démentir les autres épisodes dramatiques, où on s'est plu à mettre aux prises les deux adversaires. Neel après d'Aîençon, de la Bare-Duparcq après le l)aron d'Espagnac ont raconté le siège soutenu par Maurice contre les dragons de Menchikov, avec 1 assistance de la garde particulière d'Anne Ivanovna. Herrmann lui-même ( I ) a reproduit cette fable, en y mêlant la fille d'un bourgeois de Mittau qui se serait trouvée à cette heure critique auprès de Maurice et l'aurait aidé à s'en tirer sain et saul. Confusion, larmes, déguisement sous les vêtements du bel officier, évasion par la fenêtre, joie des assaillants qui en s'emparant de la fugitive croient tenir le héros, colère, puis attendrissement du chef des assiégeants, qui garde la captive et l'épouse, tout est vraisemblablement de pure invention dans le récit d une aventure dont Maurice n'eut assurément pas manqué défaire part à ses amis, s'il y avait figuré. Or il s'est borné à leur apprendre qu'il avait cru être attaqué dans la nuit du 1 l au 12 juillet et s'était mis sur le qui-vive avec ses compagnons, en passant son temps a boire et à jouer aux cartes. Mais rien ne troubla cette veillée passablement joyeuse et dès le lendemain Menchikov quittait Mittau, a\ec tant o di na sa, écvh'it Maurice au comte de Friesen, en dessinant un pied de nez en marge de sa lettre. « Ma situation, ajoutait-il, devient de jour en jour plus gaillarde; mais je m'en f . . . "

Le Favori, à ce moment, n'avait sous la main que quelques centaines de dragons, force qu'il jugea sagement insuffisante pour engager bataille avec l'homme résolu que son rival paraissait être. Il se ratrappa avec les Courlandais, parlant d envoyer en Sibérie le maréchal de la diète, le chancelier, ainsi qu'une douzaine de députés et de revenir avec vingt mille hommes, s ils ne réunissaient la diète avant dix jonrsetne le faisaient élire par elle. Il prit au collet un secrétaire de Bestoujev, ordonna de mettre sous scellés tous les papiers d'Anne Ivanovna et fit foriet-

l'ij Gesciiicute (/. /i. s. IV, 485.

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1er quelques-uns tle ses domestiques. Mais, à bout de menaces et de brutalités, Maurice ne faisant pas mine de déguerpir, il prit le parti de regagner Pétersbourg, où la duchesse de Courlande le suivit portant ses doléances et ses supplications. Les Courlandais se plaignirent de leur côté; la Pologne protesta; le Conseil Suprême estima lui-même que Menchikov était allé trop loin ; et en août Bestoujev fut avisé que Tlmpératriceabandonnait l'idée de faire élire le Favori, mais qu'il avait à mettre en avant les autres candidats russes, et, si le Roi de Pologne ne les agréait pas, abandonner le choix aux Courlandais, à 1 exclusion de Maurice. Celui-ci n'en restait pas moins maître de la place, en attendant un nouvel orage qui, cette fois, devait venir de la Poloffne.

A Saint-Pétersbourg, vers la fin de Tannée, ses chances parurent s'améliorer. En dehors de Lefort, il y possédait maintenant un avocat moins remuant mais plus discrètement habile, le colonel français de Fontenay, qui préparait dans l'ombre une combinaison propre à concilier les intérêts de la plupart, sinon de tous les compétiteurs en présence. Elle peut sembler assez fantaisiste aujourdhui, mais en octobre 1726, Magnan,

I agent d'affaires français laissé à Saint-Pétersbourg par Campredon, la croyait près de réussir. Pierre avait reculé ici les limites du réel et du possible et ses successeurs s'y perdaient.

II ne s'agissait de rien moins que d'un partage de la Lithuanie entre Pociey, Menchikov et le comte de Saxe, qui arrondirait ainsi son domaine courlandais, Auguste appréciant l'accommodement en père et non en roi de Pologne et le jugeant trop avantageux pour ne pas y prêter les mains (1;. On sait que d'une manière générale les transactions mettant en cause l'intégrité du territoire de la République ne lui répugnaient pas.

(1) Dépêche de Majjiian du 18 mars 1727. Aff. Étr. Russie.

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Mais Lefort, de son côté, s Obstinait dans l'idée de snbstitucr Elisabeth à Anne et contrecarrait ainsi les démarches (h; lanioureuse duchesse. Il faisait tenir à la gouvernante de la jolie Tsarevna des rensei[;nements détaillant ^ toutes les qualités de « I élu des Courlandais, jusqu aux plus secrètes > . Et Catheiine ne sachant plus à qui entendre, Menchikov paraissant entrer dans les vues de Fontenay, Maurice lui-même se laissa persuader qu'on lui donnerait Elisabeth avec la Courlande. moyennant un traité en bonne et due forme entre Tlmpératrice et le Roi de Pologne, la République devant faire les frais de la combinaison. « Saitoit une affaire bâclée îî , écrivit-il plus tard, en expliquant comme il suit ravortement de ses espérances : «Le a courrier que j'ai ressu de Pétersbourg, je lenvois (l'envoyai) t; au Roi. qui le ressut à Biallastock (Bialystok) chez Branicki. « Sur saitte bonne nouvelle l'on but et le Roi, qui recommande « toujours aux autres de se taire eut la boute d'en faire confi- « dence à saitte grande haquenée de corongine (chorazyna, « femme du porte-étendard de la couronne), qui la dabor dit u à qui le voulus entendre. On luy a parler de confédérations, « la peur lui a pris. Vous savez le reste. »

Il est probable que, toujours prompt aux illusions, 1 impétueux héros s'exagérait les chances de succès (ju'il avait eues et que les choses n'étaient pas aussi avancées, à Saint-Pétersbourg tout au moins. Mais l'indiscrétion d'Auguste est vraisemblable et la mise au jour de 1 intrigue certaine à ce moment précis, ainsi que les conséquences auxquelles Maurice fait allusion. Ce fut, dès le 1 1 octobre l 726, la décision prise par les ministressaxons de ne plus soutenir une affaire qui menaçait de soulever la Pologne entière. Mme Pociey eut beau parler en français à Flemming pendant que son mari lui parlait en latin. Cédant aux instances de la diète polonaise réunie à Grodno en septembre 172(j, le roi signa en même temps un décret rappelant Maurice et le 9 novembre suivant, la diète, que l'envoyé de Russie, lagoujinski, avait vainement essayé de rompre (I), pro-

(i) SoLoviov, loc. cit. XIV, .'îS.

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clama la réunion de la Courlande à la Republique, après la mort de Ferdinand, annulant l'élection du comte de Saxe, le proscrivant comme ennemi du pays et nommant une commission pour y régler les affaires pendantes. Il fut question même d'envoyer une députalion à l'ambassadeur de France, pour obtenir qu'on enlevât au proscrit son régiment, comme à un homme <Ii'crélé d infamie.

Maurice n'en fut pas encore engagé à quitter Mittau. Sans argent, réduit au témoignage du comte Cronhielm, gentilhomme suédois placé auprès de lui par sa mère, à passer au lit la plus grande partie de la journée et à se faire lire Don Qui chotte, il attendit un retour de fortune. Il n'avait pas absolument tort. En éveillant les susceptibilités de la Russie et de la Prusse, les résolutions de la diète de Grodno créaient au comte de Saxe des chances nouvelles, A la fin de 17i6, Dévier fut envoyé de Pétersbourg h Mittau pour examiner la situation. Il vit Maurice et ne lui parla plus de casser son élection. Il manda à llmpératrice qu'à plusieurs reprises en entendant prononcer son nom le comte avait eu des larmes aux yeux, et Catherine, toujours aux prises avec la « guerre des quenouilles » , parut s'attendrir. De nouvelles instructions prescrivirent à Dévier de laisser les choses en l'état. En janvier, l'infatigable Lefort mit en avant une autre combinaison et un autre cotillon. Anne Ivanovna était brouillée avec Menchikov, Elisabeth compromise dans les dernières négociations avec Auguste; en demandant la main de Sophie Skavronskaïa, qui échangerait volon- •tiers un prince polonais contre un duc régnant, Maurice était sûr de toucher la Tsarine à l'endroit le plus sensible de son cœur et d'atteindre ainsi l'objet de ses ambitions.

Maurice repoussa la proposition avec dédain. Il aimait encore mieux la grosse N<tn, comme Lefort appelait familièrement la duchesse de Courlande. Mais le mois d'après il se laissait aller à compromettre aussi ses avantages de ce côté. Du moins l'aventure que ses biographes ont rapportée à cette date semble vraisemblable encore, eu égard aux circonstances et au caractère du héros. Anne lui avait donné un appartement dans son palais

MAUIUCE P. HOUILLE AVEC AN:SE DE CO E lU, A N 0 K (> 1

OÙ — il lui arrivait de recevoir la plus séduisante des dames d'honneur de la Duchesse. Une nuit, comme il reconduisait la helle, que sa conversation avait retenue jusqu à une heure tardive, en la portant dans ses bras, à cause de la neige épaisse qui tapissait la cour du palais, une vieille femme tenant une lanterne se trouva sur son passage. Elle crut voir un fantôme à deux têtes et poussa des cris de terreur. En voulant éteindre d'un coup de pied la lanterne qu elle avait laissé choir, Maurice glissa et tomba avec son fardeau sur la malencontreuse noctambule, qui n'en cria que plus fort, si bien que l'éveil fut donné et qu'Anne apj)rit, selon l'expression pittoresque de Garlvle, que son prétendant « n'aimait pas le jambon de Westphalie sous cette forme particulière i> , ou du moins entendait s'en délasser avec d'autres friandises (1) . Elle se hâta d'envoyer à Pétersbourg l'expression de sa colère et de son désenchantement, et bientôt Maurice apprit par Lefort que ses affaires y prenaient une tournure fâcheuse. En même temps, il est vrai (février 1727), la diète courlandaise confirmait son premier choix, Maurice se félicitant d'être venu à bout de ce monstre, « qui « a tende taite, plus de bouche, peu d'oreille et poin de bras» , et le baron Medem était chargé par ses compatriotes d'aller à Varsovie et d'y faire valoir leurs préférences. Mais les Polonais avaient leur siège fait et l'ambassadeur fut arrêté en route. En avril 1727, Maurice alla à Dresde avec deux domestiques seulement, puis à Paris, en quête d'appui et d'argent. Il négocia sans succès un emprunt en Angleterre, finit par traiter avec le juif parisien Lehmann qui lui avança 20,000 écns, revint en Saxe ou son père se refusa à lui parler de la Gourlande, et, quittant secrètement Dresde pour regagner Mittau à travers la Pologne, apprit en route la mort de Catherine, qui lui enlevait tout espoir (2).

Menchikov redevenait tout-puissant. A Mittau, Maurice se

(1) Garlyle, Story of Frédéric tite ffreat, II, 37. La ressemblance de la Princesse avec un jamlion de Westphalie avait frappé l'historien anglais. Coinp. Histoire de Maurice de Saxe, 1752, I, 199.

(2) Webkr, loc. cit. p. 142-3.

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trouva en présence du général Lacy, qui, commandant deux régiments d'infanterie russe et deux régiments de cavalerie, Tenpagea à vider la place, « s'il ne voulait risquer un voyage u en pays éloignés >' . Il se retrancha dans une île du lac d Usmaiten, qui porte aujourd'hui encore le nom de Moritz-Holm, et essava de parlementer. Mais il n'avait avec lui que trois cents hommes environ — des recrues pour la plupart amenées des Pays-Bas par mer, — Lacv ne voulut rien entendre et, le 19 août, le duc détrôné prit le parti de décamper, traversant le lac dans une barque de pécheur, puis gagnant le port le plus proche, tandis que sa petite armée se rendait avec armes et bagages. Les prisonniers furent bien traités par les Russes puis livrés aux Polonais, qui gardèrent les soldats pour leur armée et congédièrent les officiers. La garde-robe de Maurice lui fut rendue, movennant un présent offert au commissaire polonais, Krasinski. Son valet de chambre. Beauvais, sauva, dans une cassette, le documentd e 1 élection. Mais la vaisselle en argent de Mme Biélinska disparut dans le désastre.

Réfugié à Dantzig, Maurice ne donna pas encore partie gagnée. En même temps qu'il réclamait auprès de Lacy ses bagages, en affirmant qu'on lui en avait pris pour 7 i,960 écus il chargerait le général russe d'une note pour Menchikov luimême avec les conditions d'un accommodement : 40,000 écus en échange de la renonciation du Favori à ses prétentions sur la Courlande. Mais le message arriva à Pétersbourg au moment d'une catastrophe, qui ruinait définitivement, cette fois, la fortune du Favori (1) et, sur les pas de Lacy, les commissaires polonais paraissaient à leur tour avecl'évêque Gristophe Szembek entête et un millier de dragons de Lithuanie. Au milieu du désarroi créé à Pétersbourg par la mort de Catherine, le général russe, bien que disposant d'une force supérieure, n'osa pas tenir tête à cette commission, qui représentait le droit. Elle convoqua à nouveau la diète courlandaise, et, en décembre 1727, luifitratifierlesdécisions de la diète polonaisede Grodno.

(Ij Baktvcu-Kamiénski, Relations Diplottuitiques, 1882; III, 25.

N 0 l' V 1-: L L E S TENTA T I V 1-: S ()3

Mais, de toute évidence, ce n'était qu'une solution provisoire et qui, telle quelle, laissait intacte la situation de la Russie. Avec Anne, toujours installée à Mittau et les régiments de Lacv toujours prêts à se prévaloir de Tavantajje du nombre et de la discipline, le gou\ernement de Saint-Pétersbourg gardait le moyen de parler en maître, et il ne pouvait marquer d'en faire usage un jour prochain. ^laurice seul n'en lut pas persuadé, montrant là jusqu'au bout cette ténacité, qui, sur d'autres champs de bataille, devait mieux le servir.

En novembre 17:28, un nouvel émissaire envové par lui à Pétersbourg, Bacon, le représenta comme seul capable d'empêcher l'annexion de la Courlande à la Pologne. Gouvernant le pays avec l'appui de la Russie, Maurice y serait son vassal, s'engagerait à lui paver un tribut de 40,000 roubles et à entretenir autant de troupes qu elle voudrait. On écouta Bacon d'une oreille distraite et on finit, en janvier 1728, par lui donner congé, La Pologne n'était pas seule hostile à ses ouvertures. L'Autriche s'en inquiétait, insinuant que Maurice était homme à ouvrir à l'Angleterre un des ports courlandais. Mais derrière Bacon qui s en allait, Lefort s'agita de plus belle, expédiant message sur message à Dresde avec l'assurance qu'on ne l'avait fait partir que pour qu il ramenât Maurice au plus vite. On revenait en haut lieu à l'idée de faire choix de ce mari pour Elisabeth, qui ne demandait qu à «voir si la marchandise lui plairait » . Et l'information n était pas absolument fausse. A ce moment, l'ambassadeur d'Espagne, duc de Liria, (jui suivait de près de les intrigues de cour, crut lui-même que Maurice était en passe de réussir. Le successeur de Catherine, Pierre II, témoignait pour sa tante une tendresse, qui, en remettant à l'ordre du jour les anciens projets d'Ostermann, inquiétait beaucoup de monde. Le parti oligarchique y aperce-

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vait une menace pour ses ambitions et son désir de tenir en tutelle le nouvel empereur. Le nouveau ministre d'Autriche, Wratislaw, prévoyait (jue la tille de Pierre le Grand, si elle venait à épouser son neveu, ferait retourner la Russie à son ancien état de barbarie et l'empêcherait de se mêler des affaires d'Europe, lisez d'envoyer trente mille liommes au secours de ses alliés. Les uns et les autres ne songeaient qu'à faire quitter le pays à la Tsarevna en la mariant, et Pétersbourg vit à ce moment un véritable concours de prétendants, le vieux duc Ferdinand lai-méme mettant sur les rangs sa peu séduisante personne. On lui conseilla de rechercher plutôt la grosse ISan, ce qu'il ne se fit pas dire deux fois. Mais la duchesse repoussa ses hommages, et, aucommencementde 1729, Elisabeth ne voulut plus de personne. Pierre 11 l'abandonnait et elle s'en consolait de façon à décourager les plus résolus des épouseurs. Lefort lui-même avouait que la conduite de la princesse enlevait aux amis du comte de Saxe la possibilité de souhaiter pour lui une pareille union (1).

Cette fois, Maurice lâcha pied, et s'en retourna en France, ou de si éclatantes revanches lattendaient. Il n'avait pourtant pas encore dit un adieu éternel ni à la Courlande ni à Elisabeth, et je veux rappeler ici de suite, pour en finir, l'épilogue romanesque de cette étrange aventure.

Dix années se sont écoulées. La Courlande a subi divers maîtres, après avoir vu monter sur le trône de Russie la grosse Nan si longtemps malchanceuse, et si peu destinée, en apparence, à pareille fortune. Un obscur aventurier a prisa Mittau la place si ardemment convoitée par Maurice. Tout semblait fermer définitivement les voies de ce côté à ses anciennes am-

(1) Lettre du 7 février 1729. Archives de Dresde. Voy. Saint-René Taillandier, Maurice de Saxe, 1865, p. 172. Comp. Dépêches de Liria, Dix-/iuitièmesiècte(éd\t. Barténiev), IIj3H18; Magiian, dépêche du 30 décemhre 1728. Aff. Étr.Russie,

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