CHAPITRE IV
L EMPEREUR S AMUSE. l'IKIilil. JI
I. L'éducation du jeune souverain. — Débuts [)leins de promesses. Goûts studieux et instincts {{énéreux. — Un précepteur de choix. — Osternianu. — Installation dans la maison de Menchikov. — Politique hahiie du Favori. — II cherciip à se concilier les Dolgoiouki et éloigne la famille do Iloistein. — Triomplic complet — II. Maladie du Favori. — Mesures libérales du Conseil Suprême. Mise eu liberté d'Eudoxie. — Influences nouvelles. — La sœur et la tante.
— Nathalie et Elisabeth. — Un rival. • — Ivan Dolgorouki. — Sa familb; revient à ses anciens sentiments. — Pierre prend le goût de l'indépendance et de la vie dissipée. — Plaisiis de chasse et plaisirs d'amour. — Initiation à la débauche. — Marie Menchikov est oubliée. — Le Favori revenu à la santé essaye de réagir. — Conflits. — La fête d'Oranienbaum. — La disgrâce. — Exil de Menchikov à Oranienbourg. — Rujiture des fiançailles — III. Rivalités nouvelles. — Lutte d'Ostermann et de Nathalie Alexiéiévna contre les Dolgorouki. — Départ pour Moscou. — Espoir d'Ostermann ouEudoxit'. — La mèreet ie petit-fils. — Déception. — Triomphe des Dolgorouki. — Lec<juronnenient.
— Exil de Menchikov en Sibérie. — Hérézov. — Lamentaitle destinée de la famille.
— IV. Pierre II continue à s'amuser. — On essaie en vain do l'intéresser aux affaires. — Sa passion pour la chasse et son {;oût pour la débauchtî se développent. — Amours incestueux. — Une Egério translormée en Bacchante. — Existence nomade. — Nouvelle inclination. — Disgrâce d'Elisabeth. — Mort de Nathalie. — V. Catherine Dolgorouki. — Antécédents romanesques. — -Manège de coquetterie. — Existence nomade. — Il n'v a plus do gouvernement.
— A Gorenki. — Désenchantement et méfiance. — Pris au piège.
Le titre que j'ai donne à ce livre semble mal définir, à première vue, la nouvelle période de deux années que j'aborde ici, puisqu'elle a mis sur le Irône non plus une hnpératrice, mais un Empereur. On trouvera, à y regarder de plus près, qu'elle s'en accommode parfaitement. Les femmes y ont régné,
en effet, plus que jamais, et, si les Favoris n'y ont pas gouverné toujours, c'est que le gouvernement a été parfois absent.
Le successeur de Catherine II avait trois ans à la mort de sa mère, l'infortunée Charlotte de Wolfenbiittel. Deux femmes du peuple, incultes et grossières, veuve l'une d un tailleur l'autre d'un cabaretier, la remplacèrent auprès de lui. Un Allemand, maître de danse de son état, lui apprit à lire et à écrire, et, comme il avait servi quelque temps en qualité de matelot, prétendit lui donner aussi des leçons de navigation. En 1719, après la mort de son père, deux précepteurs plus sérieux, le Russe Mavrine et le Hongrois Zaïkine(l), furent donnés à lenfant; mais Pierre refusait de s'intéresser à ses progrès qui restèrent très insuffisants. Zaïkine demandant au Tsar d'assister à un examen de son élève, il le renvoyait avec colère.
Solidarisant ses intérêts et ses chances d'avenir avec celles du Tsarévitch, le parti rétrograde voyait avec plaisir cet abandon. A l'idée de rétablir en sa personne l'ordre naturel des successions se rattachait, de ce côté, l'espoir d'un retour possible aux traditions de la vie nationale, où on se passait d'écoles. La perspective d'une limitation, non moins souhaitée, du pouvoir autocratique, à laquelle un souverain ignorant se prêterait plus facilement, souriait aussi aux imaginations, et Pierre II sembla, à son avènement, fait de point en point pour justifier tous ces calculs.
Il était dans sa douzième année et promettait de ne ressembler en rien à son grand-père. Physiquement et moralement, il tenait plutôt de sa mère. L'âme tendre de Charlotte semblait avoir passé dans ses yeux largement ouverts et dans sa figure avenante, comme sa grâce dans l'élégante silhouette du jeune prince. Les diplomates étrangers vantaient à l'envi ses manières affables et le public se plaisait à lui prêter des traits de générosité, de bonté, d'indulgence, qui en eussent fait un souverain modèle. On citait une lettre qu'il aurait écrite à sa
(1 Je n'ai pu retrouver son véritable nom qui a du être russifié.