‹ L'Héritage de Pierre Le GrandChapitre 17 sur 66 · LA FAMILLE DE HOLSTEIN · texte numérisé non relu

LA FAMILLE DE HOLSTEIN

précepteur en second à Ostermann. Le fils du prince, Ivan, compromis dans l'affaire Dévier et chassé de la garde, y retrouva son ancien grade et Menchikov le laissa entrer dans l'intimité du jeune souverain. Michel Vladimirovitch Dolgorouki eut un siège au Sénat et son frère Vassili en fut tellement touché qu en écrivant à Menchikov il l'appela « son hienfaiteur et son père(l) n .

Restait dans le camp hostile, la famille de Holstein, domptée, mais rongeant son frein avec impatience. Dès le lî) mai elle se trouva alfaiblie par la mort du fiancé d'Elisabeth, que la petite vérole emporta. Prenant prétexte du danger de la contagion, Menchikov mit le duc et sa femme en (juaranlaine et leur prodigua si bien les mauvais traitements de toute sorte que vers la fin de juillet le couple se décida à quitter la Russie. Le Favori ne demandait que cela et se montra très accommodant, à sa façon, dans le règlement de leurs intérêts politiques et pécuniaires que la fille de Pierre le Grand et son époux réclamèrent en partant. Jusqu'à ce que la question du Schleswig eût reçu une solution conforme aux traités conclus à ce sujet avec la Suède et avec l'Emjjereur ils auraient une pension de cent mille florins d'empire. Sur le million promis à la duchesse de Holstein, deux cent mille roubles devaient lui être pavés immédiatement et le reste en huit annuités. Mais le Favori préleva pour lui-même la commission de soixante mille roubles qu'il avait stipulée. Possesseur d'une fortune immense et constamment augmentée par ses dé|)rédations. il se montrait à la fois insatiable et prodigue. Il lira encore du duc une promesse par écrit de vingt mille roubles, dont il fit cadeau à Bassewitz, qui no devait jamais en toucher un liard. Le 25 juillet 1727, Anne Petrovna s'embarqua pour Kiel, où, l'année d'après, devait naître le futur époux de Catherine IL

Mis en repos de ce côté, Menchikov se débarrassa encore prestement de quelques adversaires de moindre inq)ortance,

(1) SoLOviov, XIX. 10:î.

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envoyant Chafirov à Arkliangel, lagoujinski en Ukraine et comblant les vides ainsi créés par des créatures à lui. Le Cabinet impérial dirijjé par Makarov lui portait ombrage, comme ayant acquis sous Catherine I" une indépendance excessive. Il le supprima comme inutile sous un empereur mineur, relégua Makarov à la présidence du collège des finances et se sentit en possession d'un pouvoir qui n'avait plus d'obstacles ni de bornes. Mais, à ce moment même, sa fortune subissait une épreuve accidentelle qui devait lui être fatale.

Dans les premiers jours de juillet la santé du Favori, jusqu'alors robuste, se trouva ébranlée. Il eut des crachements de sang et on le crut perdu. Lui-même se vit en danger et fit face à l'inévitable avec un courage et une hauteur d'âme qui ne devaient pas se démentir plus tard au milieu d'autres circonstances faites pour abattre les esprits les plus fortement trempés. Il rédigea, à l'adresse de son pupille, une sorte de testament d'un caractère très élevé et écrivit au Conseil Suprême en lui recommandant sa famille. Sa constitution vigoureuse triompha au bout de quelques semaines; mais, dans l'intervalle, et le Conseil Suprême et Pierre II lui-même avaient pris l'habitude de se passer de lui. Le Conseil^ abandonné à ses inspirations, s'était mis en quête de popularité en adoptant plusieurs mesures d'un caractère libéral, comme la suppression des colonnes en maçonnerie et des pieux sur lesquels, en plein Pétersbourg, pourrissaient encore les cadavres et les têtes des suppliciés, empoisonnant l'air et offrant aux étrangers un spectacle peu en rapport avec le cachet européen que Pierre avait voulu donner à sa capitale. C'était une préface de l'abolition du Prêohrajenski Prikase, bureau d'une police

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