‹ L'Héritage de Pierre Le GrandChapitre 23 sur 66 · MKNACES DE C A TA ST T. 0 P H E H · texte numérisé non relu

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nement oligarchique, le peuple avait les meilleures raisons du monde pour en apprécier les bienfaits. Il ne fournissait plus de recrues à l armée, qui, maintenue sur le pied de paix, pouvait s'en passer, et il payait moins d'impôts, la nouvelle administration ayant moins de besoins que celle de Pierre l", et conséquemment moins d'exigences. Telle est la thèse. En ce qui concerne le témoignage de Manstein, il a une base fragile. }^é en 1711, l'auteur des Mémoires n'a pu être, de 1727 à 1720, un spectateur bien clairvoyant. Au surplus, il ne se trouvait pas en Russie, où il n'est arrivé qu'en 17;îG. Que le gouvernement de Pierre II, tant qu'il y en a eu un, et surtout après qu'il eut cessé d'exister en fait, ait d'ailleurs rencontré des sympathies dans les milieux populaires, je n'y veux pas contredire. Le peuple est partout un enfant, et le moyen le plus sur, sinon le plus honnête, de contenter les enfants est de ne leur demander aucun effort, de ne leur imposer aucune contrainte, en les abandonnant à leur fantaisie et à leur paresse naturelle. Ils auront à s'en repentir plus tard, mais sur le moment se sentiront parfaitement heureux. C'est cet état de béatitude que les i hommes d en haut» réussissaient à créer au bénéfice de ceux d'en bas. Comme on ne faisait rien, on ne demandait rien à personne. En 1729, le Conseil Suprême s'avisa d'interdire la levée de la capitation pendant la durée des travaux d'agriculture (1). C'était parfait, en tant qu'on pouvait se passer d'argent. On s'en passa quelque temps, la machine qui ne fonctionnait plus ne réclamant pas d'aliment, l'oligaichie aboutissant ici à l'anarchie, au sens propre d'un mot, dont on a tant abusé ailleurs. Il n'est pas de régime moins dispendieux pour peu qu'il dure. Cette durée a des limites variables. Les organismes d'ordre inférieur supportent facilement la privation de certains éléments de vie et même de certains organes, dont l'absence, à un degré supérieur de l'éclielle des êtres, devient une cause de mort. Un mollusque se contente de peu et on ne le tue guère avec des amputations.

(1) Recueil Cornjdet des lois, 5451.

Ainsi se résolvait provisoirement le problème qui intrigua le corps diplomatique en Russie de 1727 à 1729 : la survie d'un État qui n'avait plus rien pour vivre, ni cœur, ni estomac. Mais cette solution ne pouvait être durable. Le pays, dans son ensemble, ne s'était pas assez assimilé les éléments d'existence policée que Pierre I"" venait de créer, pour qu'ils lui fussent immédiatement indispensables. Il ne pouvait cependant pas subsister à vide indéfiniment, et le retour aux formes patriarcales du passé se montrant irréalisable, l'asphyxie serait venue infailliblement, si cette catastrophe, que Lefort, Liria et Magnan prévoyaient d'un commun accord, n'avait été prévenue par une autre qu'ils ne prévoyaient pas.

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