CHAPITRE VI
TItAGEDIE IMPERIALE. CATHERINK 1) ( » Lf! 0 « OU Kl .
I. Fiançailles de Pierre II et de Gallierine Dolgorouki. — Au palais Lefort. — Présage funeste. — Remontre ino{3portune. — Le Comte Miliesimo. — Harangue de Vassili Doljjoronki. — La famille au pinacle. — Projets matriniaux d'Ivan Alexiéiévitch, — Refus d'Elisabeth. — Nathalie Chérémétiev. — Autres fiançailles. — IL Attitude éniguiatique de Pierre. — Entrevues secrètes avec Ostermann et Elisabeth. — Terreurs et querelles des Dolgorouki. — Leurs déprédations. — Maladie du Tsar. — En danger de mort. — Conseil de famille au palais Golovine. — Désaccord. — Rédaction d'un testament nommant Catherine Dolgorouki héritière. — Forgerie projetée. — Ivan Dolgorouki et « la main " du Tsar. — III. Obstacles. — Opposition du Conseil suprême. — Hostilité de la garde. — Combinaisons extravagantes. — La grossesse de Catherine. — Tentatives suprêmes. — Eudoxie se récuse. — Ostermann f.iit bonne garde. — Impuissance du Favori. — Mort de l'ierre II.
Les fiançailles de Pierre II et de Calherine Doljjorouki furent célébrées le 30 novembre. La famille était pressée. La cérémonie eut lieu au palais Lefort, où Pierre demeurait pendant ses rares apparitions à Moscou. Elisabeth y assista, ainsi que la Duchesse de Mecklenbourg et sa fille qui devait plus tard gouverner un instant la Russie sous le nom d'Anne Léopoldovna. Eudoxie elle-même consentit à sortir pour la circonstance de la retraite profonde où elle vivait. Elle paraissait satisfaite, heureuse de voir réalisé le vœu le plus cher qu'elle eût fait pour son petit-fils, et d'une manière aussi conforme aux traditions. On sait que le mariage des Tsars avec des filles de l'aristocratie et même de la petite noblesse du pays en faisait partie. Les membres du Conseil Suprême, la Génc'ralùc,
les ministres étrangers et toute la haute société moscovite figuraient aussi à la cérémonie. La fiancée, proclamée déjà Altesse Impériale, logeait au palais Golovine avec ses parents. Son frère Ivan y fut la chercher, en sa qualité de grand chambellan, et l'amena avec sa mère et ses sœurs dans un grand carrosse de gala, escorté par des gentilshommes de la chambre, des fourriers et des grenadiers à cheval. Des pages impériaux se tenaient sur le devant de la voiture ; des courriers et des heiduques à pied la précédaient; une longue suite d'équipages venait derrière, avec les membres de la famille Dolgorouki. Une escorte de 1,200 cavaliers encadrait tout le cortège: mesure de précaution peut-être superflue. Les Dolgorouki étaient à la vérité détestés au sein de la noblesse, où ils excitaient des jalousies et des rancunes féroces par leur élévation et leur morgue; mais le peuple voyait dans ce mariage une garantie que le Tsar resterait fidèle à « la petite mère Moscou aux murailles blanches, « et, comme Eudoxie, il était disposé à applaudir. A l'entrée dans la cour du palais, une couronne impériale surmontant le carosse de gala, ou, selon d'autres récits, une aigle ornant une porte triomphale fut arrachée accidentellement et tomba à terre avec fracas (1). Ceci fut regardé comme un mauvais présage; mais Catherine Dolgorouki ne parut pas y prendre garde. Donnant la main à son frère, elle pénétra, sereine et majestueuse déjà, dans l'auguste demeure qui allait devenir sienne.
Dans une des salles, sur un tapis de Perse, une table recouverte d'un drap d'or supportait une croix et deux plateaux en or avec les bagues. A gauche de la table on avait placé deux fauteuils pour Eudoxie et pour la fiancée et des chaises sur le même rang pour les princesses de Mecklenbourg et pour Elisabeth. On devine le regard donné par la fille de Pierre le Grand à ces chaises! Le fauteuil de l'Empereur était à droite. Féofane Prokopovitch présida aux rites usuels, deux généraux tenant au-dessus du couple un dais en drap d'argent brodé
(i) KARAnANov, Mémoires anecdotiques, Antiquilé russe, 1871, III, 689.